Retraite en Algérie : guide complet
Prendre sa retraite en Algérie est ouvert à tout Français qui obtient au préalable un visa long séjour auprès du consulat algérien compétent en France, puis sollicite, après son entrée, une autorisation provisoire de séjour valable un an renouvelable, et enfin, après trois années de résidence régulière, une carte de résident valable dix ans. Le pays combine une convention fiscale du 17 octobre 1999 qui attribue le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence, une convention de sécurité sociale du 1er octobre 1980 qui ouvre la couverture maladie via la CNAS au titre de la retraite française sous condition de formulaire SE 352-08, et un coût de la vie inférieur de 50 à 60 % à celui de la France selon Numbeo.
L’article détaille les démarches consulaires, la fiscalité de la convention de 1999, le versement de la pension française via la DSFIPE de Nantes, l’inscription à la CNAS, le risque de change lié au dinar algérien inconvertible, le coût de la vie poste par poste, et les pièges qui coûtent cher quand on les ignore.
Ce qu’il faut retenir :
- Contrairement au Maroc et au Sénégal, les Français ont besoin d’un visa préalable pour entrer en Algérie. Le visa long séjour (visa D) doit être demandé au consulat algérien compétent en France, sur rendez-vous, avec un délai d’instruction de 4 à 12 semaines.
- Après l’entrée en Algérie, déclaration obligatoire au commissariat dans les 8 jours, puis demande d’autorisation provisoire de séjour valable 1 an renouvelable. Après 3 années de résidence régulière, possibilité de demander une carte de résident valable 10 ans.
- La convention fiscale franco-algérienne du 17 octobre 1999, en vigueur depuis le 1er décembre 2002, attribue à l’article 18 le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire. Les pensions publiques restent imposables dans l’État payeur (article 19).
- La convention de sécurité sociale du 1er octobre 1980 ouvre aux retraités français résidant en Algérie le droit à la couverture maladie via la CNAS au titre de la retraite française, sur inscription avec le formulaire SE 352-08 (et non E 121/S1 qui est un formulaire UE inadapté).
- Le dinar algérien est une monnaie inconvertible. Le retraité ne peut pas rapatrier facilement des dinars vers la France. La pratique recommandée est de conserver un compte français et de virer les sommes nécessaires en dinars via le marché bancaire officiel.
- L’ASPA et l’ASI ne sont pas versées hors de France, leur paiement étant subordonné à une résidence en France (article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale).
- Le coût de la vie en Algérie pour un retraité français se situe entre 700 et 1 800 € par mois selon la ville d’installation, le standing recherché et le mode de consommation, soit 50 à 60 % de moins qu’en France.
Sommaire
- Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite en Algérie ?
- Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident en Algérie ?
- Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe en Algérie ?
- Quelle couverture santé prévoir entre Algérie et France pour un retraité ?
- Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite en Algérie ?
- Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite en Algérie ?
- Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite en Algérie ?
- FAQ
Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite en Algérie ?
Pour s’installer en Algérie en tant que retraité français, un visa long séjour de type D, à demander au consulat algérien compétent en France doit d’abord être obtenu. Après l’entrée, déclaration au commissariat dans les 8 jours, puis demande d’autorisation provisoire de séjour valable 1 an renouvelable. Après 3 années de résidence régulière, une carte de résident de 10 ans peut être demandée.
La grande différence avec le Maroc et le Sénégal mérite d’être posée d’emblée. Là où ces deux pays dispensent les Français de visa pour les courts séjours et permettent de basculer ensuite sur un titre de résident, l’Algérie demande un visa préalable pour TOUT séjour, y compris touristique. Le projet d’installation se prépare donc en France, avec un dossier de visa long séjour qui doit être déposé bien avant la date de départ envisagée.
La demande de visa long séjour
Le visa D se demande au consulat algérien compétent selon le département de résidence en France. Les consulats sont implantés à Paris, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Bordeaux, Saint-Étienne, Vitry-sur-Seine et Nanterre. La prise de rendez-vous se fait en ligne, et la demande s’effectue en personne. Le retraité ne peut pas se faire représenter sauf cas particulier de tutelle.
Les pièces à constituer comprennent un passeport en cours de validité avec au moins six mois de validité après la date prévue de retour, un formulaire de demande complété, des photos d’identité récentes aux normes algériennes, des justificatifs financiers (avis d’imposition, attestations de pension), des justificatifs d’hébergement en Algérie (acte de propriété, bail, attestation d’hébergement notariée, ou réservation hôtelière pour les premières semaines), un certificat médical, parfois une lettre d’invitation pour les binationaux, et les frais consulaires. Le dossier doit être propre et complet du premier coup, les compléments demandés rallongent les délais.
Le délai d’instruction est de 4 à 12 semaines en moyenne, parfois plus selon la période et le consulat. La règle prudente : déposer la demande 3 à 4 mois avant la date de départ envisagée. Compresser le calendrier expose à un report d’emménagement ou de bail.
L’arrivée et la déclaration au commissariat
L’entrée en Algérie se fait sous couvert du visa, par l’aéroport Houari Boumédiène d’Alger ou un autre point d’entrée. Une fois arrivé, le retraité doit se déclarer au commissariat de police du lieu de résidence dans les 8 jours suivant l’arrivée. Cette déclaration est la base de toutes les démarches suivantes. Sans elle, l’autorisation provisoire de séjour ne sera pas instruite.
L’autorisation provisoire de séjour, puis la carte de résident
L’autorisation provisoire de séjour se demande auprès des services de la wilaya (préfecture algérienne) ou du commissariat selon les pratiques locales. Validité un an renouvelable. Pièces à présenter : passeport, justificatif de domicile, justificatifs de moyens de subsistance, photos. C’est le titre qui couvre les trois premières années de résidence.
Au bout de trois années consécutives de résidence régulière, le retraité peut demander la carte de résident valable dix ans, renouvelable. La procédure est plus lourde, le dossier se constitue à la wilaya. C’est le statut le plus stable accessible aux étrangers en Algérie. Beaucoup de retraités opèrent cette bascule dès que possible, pour ne plus avoir à renouveler chaque année. Une démarche en moins, c’est toujours bon à prendre.
L’inscription consulaire et le permis de conduire
En parallèle, l’inscription au registre consulaire du consulat général de France à Alger, Oran ou Annaba est vivement conseillée. Elle est gratuite, dématérialisée sur service-public.fr, et donne accès à la carte consulaire, à la protection consulaire et au visa des certificats de vie.
Pour le permis de conduire, l’Algérie ne dispose pas d’accord d’échange réciproque avec la France. Le permis français reste utilisable pendant la durée du visa, puis un permis algérien doit être obtenu, examen compris. Pour les retraités qui veulent conduire à long terme, c’est une démarche à anticiper.
Le cas spécifique des binationaux franco-algériens
La majorité des retraités français en Algérie sont binationaux franco-algériens, souvent rentrés au pays après une vie professionnelle en France. Ils n’ont pas besoin de visa et entrent librement avec leur passeport algérien. Les démarches d’inscription en wilaya sont simplifiées. Mais la résidence fiscale et la couverture maladie suivent les mêmes règles que pour les Français non binationaux : convention fiscale de 1999, convention de sécurité sociale de 1980, formulaire SE 352-08.
| Étape | Pièce ou action | Coût ou délai |
|---|---|---|
| Préparation en France | Passeport valide 6 mois minimum, justificatifs de pension, hébergement | À rassembler avant rendez-vous consulaire |
| Demande de visa long séjour | Consulat algérien compétent, sur rendez-vous | Délai d’instruction 4 à 12 semaines |
| Entrée en Algérie | Passage par les services d’immigration sous couvert du visa | Aéroport Houari Boumédiène d’Alger ou autre point d’entrée |
| Déclaration au commissariat | Commissariat de police du lieu de résidence | Dans les 8 jours suivant l’arrivée |
| Autorisation provisoire de séjour | Demande auprès de la wilaya | Validité 1 an renouvelable |
| Inscription consulaire | Consulat de France (Alger, Oran, Annaba) | Gratuite, dématérialisée |
| Renouvellement annuel | 3 années consécutives en autorisation provisoire | Chaque année à la même date |
| Carte de résident 10 ans | Demande à la wilaya après 3 ans | Validité 10 ans renouvelable |
Un cas concret pour fixer le calendrier. Un retraité français de 65 ans dépose sa demande de visa long séjour au consulat algérien à Marseille en janvier. Délai d’instruction sept semaines, visa délivré début mars. Il arrive à Alger le 15 mars, se déclare au commissariat de Bab El Oued le 22 mars, dépose son dossier d’autorisation provisoire à la wilaya d’Alger en avril, reçoit son titre six semaines plus tard. Il s’inscrit en parallèle au consulat de France à Alger. Au bout de trois années de séjour régulier, il pourra demander sa carte de résident dix ans.
À retenir : l’Algérie est le seul pays du Maghreb à exiger un visa préalable pour les Français. Le calendrier de départ se cale sur le délai consulaire, pas sur la disponibilité du logement en Algérie.
Source officielle : Consulat général de France à Alger ; Cleiss, fiche Algérie.
Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident en Algérie ?
La convention fiscale franco-algérienne du 17 octobre 1999, en vigueur depuis le 1er décembre 2002, attribue à l’article 18 le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire. Pour un retraité français résident fiscal algérien, sa pension Carsat et sa complémentaire Agirc-Arrco sont imposables uniquement en Algérie. Les pensions publiques restent imposables en France (article 19).
Une précision préalable importante : la convention fiscale en vigueur est celle de 1999, qui a REMPLACÉ la convention du 17 mai 1982. Plusieurs guides en ligne continuent à citer la convention de 1982 ou ses articles, ce qui est incorrect. Pour toute question fiscale, le texte de référence est la convention de 1999 et son commentaire BOFIP sous l’identifiant BOI-INT-CVB-DZA.
Les textes de référence
La convention a été signée à Alger le 17 octobre 1999, approuvée par la loi n° 2002-1036 du 6 août 2002, publiée par le décret n° 2002-1501 du 20 décembre 2002. Elle est entrée en vigueur le 1er décembre 2002. Son champ couvre l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune et les successions. C’est le cadre juridique de toutes les questions fiscales bilatérales France-Algérie.
Les critères de résidence fiscale
L’article 4 de la convention pose la séquence à appliquer quand une personne pourrait être considérée comme résidente des deux États. Foyer d’habitation permanent en premier. Centre des intérêts vitaux ensuite, c’est-à-dire l’endroit où se trouvent la famille, le patrimoine et les liens économiques principaux. À défaut, lieu de séjour habituel. À défaut encore, nationalité.
Pour beaucoup de retraités franco-algériens binationaux, la résidence fiscale se discute. Un binational qui passe sept mois en Algérie, conserve un appartement à Paris où il revient cinq mois par an, a ses enfants en France et son médecin à Alger, ne tranche pas sa résidence fiscale en lisant un article de blog. Il la documente, factures à l’appui, ou il la fait trancher par les administrations.
Article 18 et article 19 : la distinction qui change tout
L’article 18 traite les pensions privées et complémentaires. Le BOFIP en donne la lecture autorisée.
Les pensions servies à un résident d’Algérie au titre d’un emploi antérieur exercé en France, au titre du régime de base de la sécurité sociale et des régimes complémentaires obligatoires, ne peuvent être soumises à la retenue à la source.
Pour un retraité français résident fiscal algérien au sens de l’article 4, la pension Carsat, la pension Agirc-Arrco et plus généralement toutes les pensions versées par les régimes de retraite français autres que ceux de la fonction publique sont imposables uniquement en Algérie. Elles cessent d’être soumises à la retenue à la source de l’article 182 A du Code général des impôts français.
L’article 19 vise les rémunérations et pensions publiques. Elles sont imposables uniquement dans l’État payeur, sauf si le bénéficiaire est ressortissant ET résident de l’autre État sans posséder en même temps la nationalité de l’État payeur. Pour un fonctionnaire français retraité résident en Algérie qui conserve la nationalité française, sa pension publique reste imposable en France. Pour un binational qui aurait renoncé à la nationalité française (cas marginal), elle pourrait basculer en Algérie.
L’imposition algérienne des pensions étrangères
Une fois le droit d’imposer attribué à l’Algérie par l’article 18, c’est le droit interne algérien qui prend le relais. Le code général des impôts algérien soumet les pensions de retraite à l’Impôt sur le Revenu Global (IRG), avec un barème progressif. Pour les pensions de source étrangère versées à un résident fiscal algérien, le retraité doit déposer chaque année une déclaration auprès de la Direction des Impôts de la wilaya de résidence, joindre les justificatifs de pension, et s’acquitter de l’IRG selon le barème.
Les tranches actuelles sont les suivantes : 0 % jusqu’à 240 000 DZD/an (environ 1 600 € au taux officiel), 23 % de 240 001 à 480 000 DZD, 27 % de 480 001 à 960 000 DZD, 30 % de 960 001 à 1 920 000 DZD, et 35 % au-delà de 1 920 000 DZD. Le seuil de non-imposition correspond à une pension mensuelle d’environ 130-140 €. Au-dessus, l’IRG est dû.
Le calcul effectif sur cas chiffrés
Voici ce que donne le barème algérien sur trois niveaux de pension, à comparer avec ce qu’aurait donné l’IR français.
| Pension brute annuelle | IRG algérien | Taux effectif Algérie | IR français équivalent (célibataire) | Taux effectif France |
|---|---|---|---|---|
| 18 000 € | environ 4 200 € | 23 % | environ 1 100 € | 6 % |
| 24 000 € | environ 7 000 € | 29 % | environ 2 000 € | 8 % |
| 36 000 € | environ 11 500 € | 32 % | environ 4 500 € | 12 % |
La conclusion est sans détour. Pour la plupart des retraités français à pension moyenne, l’IRG algérien est plus lourd que l’IR français. À l’inverse du Maroc où le mécanisme abattement + réduction 80 % aboutit à un taux effectif de 1-2 %, et du Sénégal où l’abattement 80 % du Code général des impôts aboutit à 4-5 %, l’Algérie n’offre pas de régime fiscal spécifique aux pensions étrangères. Le barème de droit commun s’applique, sans abattement large à 10 % comme en France.
Pour cette raison, beaucoup de retraités français qui s’installent en Algérie choisissent de conserver leur résidence fiscale française et de ne pas basculer en Algérie. Le gain sur le coût de la vie reste réel, mais le gain fiscal disparaît au profit d’une perte fiscale possible. La simulation chiffrée est obligatoire avant tout transfert de résidence.
Les autres règles à connaître
Successions : la convention de 1999 inclut les successions. Pour les biens immobiliers situés en Algérie, imposition en Algérie selon le droit algérien. Pour les biens en France, imposition en France selon le droit français. Pas de double imposition grâce au mécanisme du crédit d’impôt prévu à l’article 24 de la convention.
Côté français, le retraité qui conserve un statut de résident fiscal français (cas le plus fréquent en pratique) doit déclarer chaque année son compte algérien à l’administration fiscale française. Article 1649 A du Code général des impôts, formulaire n° 3916, joint à la déclaration annuelle de revenus. Amende de 1 500 € par compte non déclaré.
Source officielle : commentaire BOFIP de la convention ; BOFIP BOI-INT-CVB-DZA-40 sur les pensions ; décret n° 2002-1501 du 20 décembre 2002 sur Légifrance.
Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe en Algérie ?
La pension de retraite française est versée en Algérie sans condition de résidence, via la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger, Centre de gestion des retraités à Nantes, qui devient l’interlocuteur unique. Le retraité signale son changement d’adresse à ses caisses, retourne annuellement le certificat de vie visé par l’autorité algérienne compétente, et accepte que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées.
Signaler son départ aux caisses
Le retraité doit informer chaque caisse à laquelle il est rattaché : Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires du privé, Service des Retraites de l’État pour la fonction publique d’État, CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière, MSA pour les agriculteurs, régimes spéciaux le cas échéant. Le signalement comprend la nouvelle adresse, les nouvelles coordonnées bancaires, et la date prévisionnelle de départ.
La bascule du paiement vers la DSFIPE de Nantes s’opère ensuite automatiquement. Le retraité ne change pas de caisse de retraite, il change de payeur pour le versement à l’étranger.
Le choix du compte de versement
La pension peut continuer à être versée sur un compte français, ou être virée sur un compte en dinars algériens en Algérie. Compte tenu de l’inconvertibilité du dinar (j’y reviens plus bas), la majorité des retraités français en Algérie conservent leur compte français et virent ponctuellement les sommes nécessaires en dinars. C’est la solution la plus prudente patrimonialement.
Le certificat de vie
Le certificat de vie est un document que le pensionné français résidant à l’étranger doit retourner annuellement à sa caisse de retraite pour justifier de son existence et maintenir le versement de sa pension. Depuis 2019, le formulaire est unique pour tous les régimes français.
En Algérie, plusieurs autorités peuvent le compléter. Le consulat de France à Alger, Oran ou Annaba, ou une autorité algérienne compétente : la mairie (Assemblée Populaire Communale, APC), un notaire public, ou un service consulaire algérien à l’étranger. La page dédiée du consulat de France à Alger précise les documents à présenter et la procédure.
La conséquence d’un retard est immédiate. La caisse suspend le versement après une relance laissée à sa main. Les versements reprennent dès réception du certificat valide, avec rattrapage des mois suspendus. Mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée, c’est le piège qui fait le plus de dégâts en pratique.
L’ASPA, l’ASI, et les prélèvements sociaux
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Condition de résidence en France au moins 9 mois par an, soit 270 jours.
Si la résidence fiscale n’est plus en France, le retraité est exonéré de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et de la contribution de solidarité pour l’autonomie sur sa pension. La caisse a besoin d’un certificat de résidence fiscale étrangère pour stopper le prélèvement à la source.
Une cotisation d’assurance maladie spécifique reste prélevée sur la pension dans le cadre de la convention bilatérale de sécurité sociale du 1er octobre 1980. Selon Cleiss : 3,2 % sur la pension du régime de base et 4,2 % sur la pension complémentaire, pour les anciens salariés. Pour les retraites d’un régime de travailleur indépendant, le taux monte à 7,1 %. Cette cotisation finance la couverture maladie via la CNAS algérienne et la prise en charge en France lors des séjours temporaires.
Le dinar algérien : une monnaie inconvertible
Le dinar algérien est une monnaie nationale inconvertible, dont la sortie de devises est strictement contrôlée et qui ne peut donc pas être facilement rapatriée vers la France ou l’étranger. C’est une différence radicale avec le franc CFA (parité fixe à 655,957) ou le dirham marocain (convertible sous conditions).
Conséquence pour le retraité : éviter de placer une épargne en dinars (perte de valeur réelle si retour en France ou besoin urgent), conserver un compte français pour la pension, virer les sommes nécessaires en dinars selon les besoins du mois. C’est ce qui explique que la majorité des retraités français en Algérie ne basculent pas leur pension sur un compte algérien et préfèrent retirer en dinars aux distributeurs ou virer ponctuellement.
Marché bancaire officiel et marché parallèle
Le taux officiel du dinar tourne autour de 145-150 DZD pour 1 EUR (à actualiser au moment de la lecture, le taux fluctue). Le marché parallèle, surnommé le « square Port Saïd » en référence au lieu historique de change informel à Alger, cote autour de 235-260 DZD pour 1 EUR. L’écart est structurel et significatif.
Le marché parallèle est ILLÉGAL en Algérie. Les contrôles existent et les sanctions pénales sont sérieuses pour les changes importants. Pour de la gestion patrimoniale ou des montants conséquents, c’est à proscrire. Pour des dépenses courantes ou des achats locaux ponctuels c’est une réalité que les Algériens utilisent au quotidien, mais à n’employer qu’avec discernement et à petits montants.
L’inflation algérienne tourne autour de 4 à 6 % par an depuis 2023 selon les données de la Banque d’Algérie. À intégrer dans la projection de pouvoir d’achat sur la durée, surtout pour les retraités qui calent leur projet à long terme.
Source officielle : Cleiss, fiche Algérie ; Consulat de France à Alger, certificat de vie ; L’Assurance retraite, démarches quand on vit à l’étranger.
Quelle couverture santé prévoir entre Algérie et France pour un retraité ?
La convention de sécurité sociale franco-algérienne du 1er octobre 1980 ouvre aux retraités français résidant en Algérie le droit à la couverture maladie via la CNAS au titre de la retraite française, sur inscription avec le formulaire SE 352-08 (et non E 121/S1 qui est un formulaire UE inadapté). Une assurance privée internationale en complément reste recommandée.
C’est le point sur lequel la production éditoriale française fait le plus d’erreurs. Plusieurs guides en ligne mentionnent à tort le formulaire E 121 ou S1, qui sont des formulaires de coordination UE/EEE/Suisse. L’Algérie n’est pas dans l’EEE. Le formulaire applicable est exclusivement le SE 352-08, en trois versions, avec une procédure spécifique qui s’initie en Algérie et non en France.
La procédure d’inscription via le SE 352-08
La procédure se déroule en quatre étapes. Première étape, le retraité s’adresse, une fois en Algérie, à l’agence CNAS, Caisse Nationale des Assurances Sociales des travailleurs salariés algériens de son lieu de résidence. Deuxième étape, la CNAS vérifie qu’il n’est pas susceptible de bénéficier d’une couverture au titre de la législation algérienne, et adresse à la caisse française débitrice le formulaire SE 352-08 I, demande d’attestation du droit aux soins de santé.
Troisième étape, la caisse française établit soit le formulaire SE 352-08 II (attestation du droit aux soins de santé), soit le formulaire SE 352-08 III (notification de rejet). Quatrième étape, avec le SE 352-08 II, le retraité est inscrit à la CNAS et bénéficie des prestations en nature de l’assurance maladie, dans les mêmes conditions qu’un titulaire d’une pension algérienne.
La caisse algérienne adressera, ensuite, le formulaire SE 352-08 I à l’institution française débitrice de la retraite de base qui établira soit le formulaire SE 352-08 II, soit le formulaire SE 352-08 III.
Aucune attestation de droit aux soins n’est délivrée AVANT le départ. La démarche s’initie en Algérie, depuis la CNAS du lieu de résidence. Un retraité qui demande à sa Carsat un formulaire E 121 ou S1 avant son départ se verra opposer un refus poli mais ferme : ce formulaire n’existe pas pour l’Algérie.
La couverture en France lors des séjours temporaires
Un retraité inscrit à la CNAS via le SE 352-08 II conserve aussi le droit à la prise en charge de ses soins en France lors de séjours temporaires. Le fondement est l’article L. 160-3 du Code de la sécurité sociale, complété par l’article R. 160-23 et l’instruction n° DSS/DACI/2019/173 du 1er juillet 2019. Pour l’hospitalisation de plus d’un mois, une reconnaissance préalable de nécessité de poursuite des soins est exigée par la CPAM.
Le système de santé algérien en pratique
Le système public algérien repose sur la CNAS et un réseau hospitalier public dominé par les CHU : CHU Mustapha Pacha à Alger, CHU d’Oran, CHU de Constantine, CHU d’Annaba. La couverture via le SE 352-08 II ouvre l’accès gratuit à ces structures, mais les délais et les conditions matérielles peuvent décevoir. Le système souffre de saturation et d’un équipement parfois daté hors des grands CHU.
Le secteur privé s’est développé rapidement depuis les années 2010, surtout à Alger (Clinique El Azhar, Clinique Bouznika, Clinique des Glycines), Oran et Constantine. Les praticiens sont souvent formés en France ou en Belgique. Tarifs courants : consultation généraliste 2 500 à 4 000 DZD (15-25 €), consultation spécialiste 4 000 à 7 000 DZD (25-45 €), journée d’hospitalisation privée 15 000 à 30 000 DZD (95-185 €). Bien moins élevés qu’en France, mais à payer en cash sans remboursement intégral par la CNAS.
Les compléments à organiser depuis la France
Le CNAREFE pour les soins reçus en France lors de séjours temporaires reste pertinent. Centre National des Retraités de France à l’Étranger, géré par la CPAM de Seine-et-Marne, créé le 1er janvier 2014. Conditions cumulatives : pension du régime général ou régime spécial intégré, résidence hors UE/EEE/Suisse (l’Algérie remplit ce critère), 15 ans de cotisation minimum en application de l’article 52 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, non-adhésion à la CFE.
La CFE (Caisse des Français de l’Étranger) couvre les soins en France et en Algérie selon les barèmes français de remboursement. Cotisation forfaitaire 250-350 €/mois individuel, 450-600 €/mois couple 65-75 ans. Non cumulable avec le CNAREFE. Beaucoup de retraités français en Algérie la retiennent quand ils veulent un standard français de remboursement plutôt que la prise en charge selon les barèmes locaux algériens.
L’assurance privée internationale est l’autre option, en complément possible du CNAREFE. April International, Allianz Care, Cigna Global, MSH International, Henner. Pour un couple 65-70 ans, 200 à 600 €/mois selon couverture. Le rapatriement sanitaire vers la France reste l’option de référence pour les pathologies lourdes, à 2 heures de vol depuis Alger. Coût d’un rapatriement médicalisé Alger-Paris : 15 000 à 35 000 €. À couvrir impérativement par l’assurance.
| Solution | Soins remboursés en France | Soins remboursés en Algérie | Coût pour le retraité | Cumul possible |
|---|---|---|---|---|
| CNAS via convention 1980 (SE 352-08 II) | Oui en séjour temporaire | Oui (selon barèmes algériens) | Cotisation prélevée sur pension : 3,2 % base + 4,2 % complémentaire | Oui avec assurance privée |
| CNAREFE | Oui en séjour temporaire | Non | Néant (sous conditions) | Pas avec CFE |
| CFE | Oui | Oui (selon prestation) | 450 à 600 € (couple 65-75 ans) | Pas avec CNAREFE |
| Assurance privée internationale | Oui (selon contrat) | Oui (selon contrat) | 200 à 600 € | Possible avec CNAS et CNAREFE |
Un cas concret pour fixer la configuration optimale. Un couple de retraités du privé, 68 et 66 ans, s’installe à Alger. Choix : inscription à la CNAS via le SE 352-08 II (cotisation prélevée à la source, environ 100 €/mois cumulés) + CNAREFE pour les soins en France lors des retours + assurance privée internationale à 350 €/mois pour le couple, en complément des soins privés non couverts par la CNAS. Total santé hors prélèvement à la source : 350 €/mois pour une couverture totale.
À retenir : le bon formulaire est le SE 352-08, pas le E 121 ni le S1. La démarche s’initie en Algérie auprès de la CNAS, pas en France auprès de la caisse de retraite.
Source officielle : Cleiss, fiche Algérie ; texte intégral de la convention de 1980.
Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite en Algérie ?
Un retraité célibataire vit en Algérie avec 700 à 1 100 € par mois en mode adapté, 1 200 à 1 700 € en standing européen. Un couple prévoit 1 100 à 1 600 € en mode adapté, 1 700 à 2 300 € en standing européen. L’écart de coût avec la France atteint 50 à 60 % à mode de vie comparable selon Numbeo.
L’Algérie offre, à modes de vie comparables, le coût de la vie le plus bas des destinations retraite francophones. La contrepartie est l’inconvertibilité du dinar et le risque de change implicite quand on change ses euros au taux officiel.
Le poste logement, à arbitrer ville par ville
À Alger, l’écart entre quartiers est très marqué. Un appartement de standing à Hydra, El Biar, Ben Aknoun, Dély Brahim ou Bouzaréah coûte 60 000 à 120 000 DZD par mois, soit 380 à 770 €. Les quartiers résidentiels classiques (Bir Mourad Raïs, Kouba, Bab El Oued) tombent à 30 000-60 000 DZD/mois (190-380 €). En banlieue, on descend à 15 000-30 000 DZD/mois (95-190 €), mais la vigilance s’impose pour un retraité primo-arrivant qui ne connaît pas la ville.
À Oran, le marché est plus accessible. 30 000-70 000 DZD/mois (190-450 €) pour un appartement de standing au centre-ville, sur le Front de Mer ou à Hai El Yasmine. Ailleurs, 15 000-35 000 DZD/mois (95-225 €) pour des biens corrects.
À Constantine, Annaba, Tlemcen, Béjaïa, le marché est nettement plus accessible : 12 000-30 000 DZD/mois (75-190 €) pour des biens corrects. Les villes secondaires offrent un rapport qualité-prix imbattable, contrepartie d’une offre de services médicaux et administratifs plus restreinte.
Les autres postes du budget
L’alimentation est très accessible côté local. Sur les marchés, un couple dépense 15 000 à 25 000 DZD/mois (95-160 €) pour les fruits, légumes, viande et poisson. Les supermarchés (Carrefour Alger, Numidis, Ardis) ajoutent 20 000 à 40 000 DZD/mois (130-260 €) selon les habitudes. Les fruits, légumes et viandes locaux sont peu chers ; les produits importés européens sont 50 à 100 % plus chers qu’en France.
Les transports urbains sont largement subventionnés. Taxi à compteur ou négocié 100 à 300 DZD par course (0,60-1,90 €), métro d’Alger ticket à 50 DZD (0,30 €), bus urbain ETUSA 40 DZD (0,25 €). Pour un véhicule personnel, l’essence coûte environ 45 DZD le litre, soit 0,30 €/litre. Très bas grâce aux subventions hydrocarbures. L’assurance auto annuelle se situe entre 30 000 et 100 000 DZD (190-640 €).
L’énergie est subventionnée. Électricité Sonelgaz environ 4 à 7 DZD/kWh, gaz naturel et bouteilles à très bas coût. Compter 30 à 80 €/mois selon usage. La climatisation pèse en été, surtout à Oran et Annaba où la chaleur est tenace.
Le poste loisirs et communications est très abordable. Forfait téléphonie Mobilis ou Djezzy 800 à 2 000 DZD/mois (5-13 €), internet ADSL Algérie Télécom 2 500 à 5 000 DZD/mois (16-32 €), restaurant local 500 à 1 500 DZD par couvert (3-10 €), restaurant international à Alger 2 000 à 5 000 DZD (13-32 €).
| Poste de dépense | Célibataire vie adaptée | Célibataire standing européen | Couple vie adaptée | Couple standing européen |
|---|---|---|---|---|
| Logement | 200 – 350 € | 400 – 700 € | 250 – 450 € | 500 – 900 € |
| Alimentation | 80 – 130 € | 180 – 280 € | 130 – 220 € | 280 – 400 € |
| Transports | 20 – 40 € | 70 – 150 € | 30 – 60 € | 100 – 200 € |
| Énergie (Sonelgaz, eau) | 25 – 50 € | 60 – 120 € | 40 – 80 € | 100 – 180 € |
| Santé (en complément CNAS) | 100 – 150 € | 200 – 350 € | 180 – 300 € | 350 – 550 € |
| Loisirs et restaurants | 40 – 80 € | 100 – 200 € | 80 – 150 € | 200 – 350 € |
| Communications | 15 – 30 € | 30 – 50 € | 15 – 30 € | 30 – 50 € |
| Divers et imprévus | 70 – 120 € | 120 – 200 € | 130 – 200 € | 200 – 350 € |
| TOTAL | 700 – 1 100 € | 1 200 – 1 700 € | 1 100 – 1 600 € | 1 700 – 2 300 € |
Un cas concret pour donner la mesure. Un couple de retraités du privé, 67 et 65 ans, deux pensions cumulées de 1 800 € nets mensuels. Installation à Oran dans un appartement front de mer à 350 €/mois charges incluses, alimentation 200 €/mois en mix marché et supermarché, voiture d’occasion locale 4 000 € à l’achat puis 100 €/mois en essence et entretien, CNAS via SE 352-08 II (cotisation 75 €/mois prélevée sur la pension), CFE en complément 480 €/mois pour le couple, restaurants 100 €/mois, divers 120 €/mois. Total dépenses 1 350 €/mois, marge mensuelle de 450 € pour les voyages et imprévus.
Le cas particulier des binationaux
Une nuance qui pèse sur les chiffres ci-dessus. La majorité des retraités français installés en Algérie sont binationaux franco-algériens, souvent rentrés au pays après une vie professionnelle en France. Ils bénéficient d’un réseau familial qui réduit nettement les postes logement (logement familial transmis ou occupé sans loyer marché) et alimentation (réseaux d’approvisionnement informels). Pour les Français non binationaux, le budget est plus tendu sur ces postes, et les fourchettes hautes du tableau s’appliquent davantage.
Source : Numbeo, coût de la vie en Algérie.
Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite en Algérie ?
L’Algérie combine un coût de la vie inférieur de 50 à 60 % à celui de la France, une couverture maladie ouverte par convention bilatérale via la CNAS, et la proximité géographique avec la métropole. En contrepartie, le visa long séjour est obligatoire, le dinar est inconvertible, et l’IRG algérien sur les pensions est plus lourd qu’au Maroc ou au Sénégal.
Le tableau ci-dessous résume dimension par dimension ce que l’Algérie offre et ce qu’elle impose. La spécificité du pays sort à la lecture : la combinaison « convention sécu sociale + proximité de la France » est forte (équivalente à celle du Maroc), mais l’inconvertibilité de la monnaie et le barème IRG composent une faiblesse propre à l’Algérie.
| Dimension | Atout côté Algérie | Réserve à connaître |
|---|---|---|
| Coût de la vie global | -50 % à -60 % vs France selon Numbeo | Produits importés européens 50 à 100 % plus chers qu’en France |
| Fiscalité retraités | Convention 1999 attribuant le droit d’imposer à l’Algérie pour pensions privées | Barème IRG plus lourd qu’au Maroc et au Sénégal, taux effectif 25-30 % sur pensions moyennes |
| Couverture santé | Convention sécu sociale 1980, CNAS via SE 352-08 II | Système algérien inégal, complément privé recommandé |
| Distance et liaison | 2 h de vol depuis la France, plusieurs vols quotidiens | Pas de département français à proximité, AR famille à budgéter |
| Langue | Français très largement compris et parlé | Arabe et amazighe officiels, certaines démarches en arabe |
| Climat | Hiver doux, ensoleillement annuel élevé | Été chaud à très chaud selon les régions |
| Logement | Prix très bas hors centres d’Alger et Oran | Marché juridiquement complexe, restrictions pour non-binationaux |
| Statut juridique | Carte de résident 10 ans après 3 ans | Visa long séjour obligatoire, délai 4 à 12 semaines |
| Devise | Coût de la vie absorbé par taux officiel favorable au pouvoir d’achat | Dinar inconvertible, sortie de devises strictement contrôlée |
| Communauté française | Forte concentration à Alger, Oran, Annaba | Majoritairement binationaux, communauté retraités français pure plus restreinte |
Le décalage horaire reste favorable : GMT+1 toute l’année, soit aucun décalage avec la France en été et une heure d’avance en hiver. Confort équivalent à celui du Maroc. Pour appeler la Carsat ou la famille en France, c’est aussi simple qu’un appel intérieur.
Un couple de retraités du privé, 65 et 63 ans, deux pensions cumulées de 2 200 € nets par mois, dont l’un est binational franco-algérien, illustre un cas typique. Côté Algérie, accès facilité au logement familial à Oran, coût de la vie absorbé à 1 350 €/mois en standing intermédiaire, couverture maladie via la CNAS gratuite par convention bilatérale, marge mensuelle de 850 €. Côté fiscal, choix de conserver la résidence fiscale française pour éviter l’IRG algérien plus lourd. Côté pratique, AR famille en France à budgéter et certificat de vie à viser annuellement. C’est ce niveau de granularité qu’il faut établir avant de signer un bail à Oran ou Alger.
Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite en Algérie ?
Cinq erreurs reviennent régulièrement chez les retraités français qui s’installent en Algérie : confondre le formulaire SE 352-08 avec le E 121/S1, sous-estimer les délais de visa long séjour, vouloir convertir une grosse épargne en dinars, basculer la résidence fiscale sans simulation préalable, et oublier le certificat de vie. Chacune se prépare avant le départ, pas après.
Confondre le formulaire SE 352-08 avec le E 121 ou S1. Plusieurs guides en ligne mentionnent à tort le E 121 ou S1, qui sont des formulaires de coordination UE/EEE/Suisse, inapplicables à l’Algérie. Le formulaire correct est exclusivement le SE 352-08, en trois versions. La démarche s’initie en Algérie auprès de la CNAS, pas en France auprès de la caisse de retraite. Demander un E 121 à sa caisse française est un parcours qui mène à un refus poli mais ferme.
Sous-estimer les délais de visa long séjour. 4 à 12 semaines en moyenne, parfois plus selon la période et le consulat. Compresser le calendrier de départ peut faire rater une saison ou un emménagement programmé. La règle prudente : déposer la demande 3 à 4 mois avant la date de départ envisagée. C’est aussi une bonne manière d’éviter le stress.
Vouloir convertir une grosse épargne en dinars. Le dinar est inconvertible, ne se rapatrie pas vers la France. Un retraité qui placerait 50 000 € en dinars sur un compte d’épargne algérien se retrouve avec un capital qu’il ne peut pas exporter en cas de retour en France ou de besoin urgent. Pratique recommandée : conserver l’essentiel de l’épargne en euros sur un compte français, virer en dinars uniquement les sommes nécessaires pour les dépenses courantes du mois.
Utiliser le marché parallèle pour des montants importants. Le change parallèle (« square Port Saïd » à Alger) offre un taux beaucoup plus favorable que le marché bancaire officiel (235-260 DZD/EUR vs 145-150 DZD/EUR), mais il est ILLÉGAL en Algérie. Les contrôles existent et les sanctions pénales sont sérieuses pour les changes importants. À réserver, dans les usages locaux, à des montants modestes pour des dépenses ponctuelles, jamais à de la gestion patrimoniale.
Basculer la résidence fiscale en Algérie sans simulation préalable. Le barème IRG algérien (jusqu’à 35 % de taux marginal) combiné à l’absence d’abattement large à 10 % comme en France peut produire un impôt algérien plus lourd que l’impôt français à pension équivalente. Pour une pension annuelle de 24 000 €, le taux effectif algérien tourne autour de 25-30 %, contre 8-12 % en France après abattement. La simulation chiffrée est obligatoire avant le transfert de résidence fiscale. La règle prudente pour beaucoup de retraités : conserver la résidence fiscale française.
Ne pas déclarer le compte algérien à l’administration française. L’article 1649 A du Code général des impôts impose à tout résident fiscal français de déclarer chaque année les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger, via le formulaire n° 3916 joint à la déclaration annuelle de revenus. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré. La détection se fait par échange automatique d’informations bancaires entre l’Algérie et la France via les conventions OCDE.
Oublier le certificat de vie. J’y reviens parce que c’est le piège qui fait le plus de dégâts financiers en pratique. La pension est suspendue si le formulaire n’arrive pas à temps. La régularisation est possible, le rattrapage est intégral, mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée. Le certificat doit être visé par le consulat de France ou par une autorité algérienne compétente (mairie, notaire), retourné à la caisse française dans les trois mois.
Sous-estimer la couverture santé en pensant que le système public CNAS suffit. Le CNAS rembourse selon les barèmes algériens, qui ne couvrent qu’une partie des soins privés. Pour les soins lourds, les délais et la qualité du système public peuvent décevoir. Une assurance privée internationale ou une CFE en complément reste recommandée, surtout pour les retraités qui veulent accéder confortablement aux cliniques privées.
Acheter immobilier comme premier réflexe pour les non-binationaux. Le cadre juridique est plus complexe qu’au Maroc, avec des restrictions sur certaines zones et la nécessité d’autorisations préalables. La règle prudente : louer pendant 12 à 24 mois minimum avant tout achat, le temps de connaître les quartiers et les démarches. Pour un projet d’acquisition, l’accompagnement d’un notaire algérien et d’un avocat est indispensable.
Un cas concret pour mesurer l’enjeu cumulé. Un retraité du privé, 68 ans, pension cumulée 2 800 €/mois, s’installe à Alger en 2025. Il demande à sa caisse française un formulaire E 121 sur la base d’un guide en ligne erroné, reçoit un refus. Il bascule sa résidence fiscale en Algérie sans simulation préalable, en pensant gagner sur l’impôt comme il l’a lu pour le Maroc. Au bout d’un an, il découvre que son IRG algérien atteint 8 000 € (taux effectif 24 %) alors que son IR français aurait été d’environ 2 000 €. Préjudice fiscal annuel de 6 000 €, qu’il aurait évité en conservant sa résidence fiscale française et en s’inscrivant correctement à la CNAS via le SE 352-08.
À retenir : les pièges ci-dessus se préparent avant le départ. La phase de préparation à mener avant le déménagement dure entre douze et dix-huit mois. Y compresser les démarches finit toujours par coûter plus que d’y consacrer un peu de temps.
FAQ
Faut-il un visa pour s’installer en retraite en Algérie ?
Oui, contrairement au Maroc et au Sénégal qui dispensent les Français de visa pour les courts séjours. Pour s’installer en Algérie, un visa long séjour (visa D) est obligatoire, à demander au consulat algérien compétent en France. Délai d’instruction 4 à 12 semaines. Après l’arrivée, déclaration au commissariat dans les 8 jours, puis demande d’autorisation provisoire de séjour valable 1 an renouvelable. Après 3 années consécutives, possibilité de demander une carte de résident de 10 ans.
Quel formulaire faut-il pour la couverture maladie en Algérie au titre de la retraite française ?
Le formulaire SE 352-08, en trois versions (I = demande, II = attestation du droit aux soins, III = notification de rejet). La démarche s’initie EN ALGÉRIE auprès de la CNAS du lieu de résidence, qui transmet la demande à la caisse française débitrice. Le formulaire E 121 ou S1 mentionné par certains guides est ERRONÉ : ce sont des formulaires de coordination UE inapplicables à l’Algérie.
La pension de retraite française est-elle versée sans interruption en Algérie ?
Oui, via la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger (DSFIPE) à Nantes, qui devient l’interlocuteur unique. Le retraité doit signaler son changement d’adresse à toutes ses caisses (Carsat, Agirc-Arrco, SRE, CNRACL, MSA), retourner annuellement le certificat de vie visé par le consulat de France ou par une autorité algérienne compétente, et accepter que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées.
Le dinar algérien est-il une bonne monnaie pour placer une épargne ?
Non. Le dinar est une monnaie inconvertible. Le retraité ne peut pas rapatrier facilement des dinars vers la France ou l’étranger. Placer une épargne en dinars expose à un risque de blocage en cas de retour en France ou de besoin urgent. Pratique recommandée : conserver l’essentiel de l’épargne en euros sur un compte français, virer ponctuellement les sommes nécessaires en dinars via le marché bancaire officiel.
Vaut-il mieux basculer sa résidence fiscale en Algérie ou la conserver en France ?
Cela dépend du montant de la pension. Le barème IRG algérien (jusqu’à 35 % de taux marginal) sans abattement large à 10 % comme en France peut produire un impôt algérien plus lourd que l’impôt français à pension équivalente. Pour une pension annuelle de 24 000 €, le taux effectif algérien tourne autour de 25-30 %, contre 8-12 % en France après abattement. Pour la plupart des retraités à pension moyenne, conserver la résidence fiscale française est plus favorable. Pour les pensions très modestes, l’arbitrage peut s’inverser. Une simulation chiffrée est obligatoire avant le transfert.
Peut-on continuer à toucher l’ASPA ou l’ASI en Algérie ?
Non. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Un déménagement en Algérie entraîne la suspension du paiement, sans dégradation des autres droits à pension.
La convention fiscale en vigueur est-elle celle de 1982 ou de 1999 ?
Celle du 17 octobre 1999, entrée en vigueur le 1er décembre 2002. Elle a remplacé la convention fiscale du 17 mai 1982. Plusieurs guides en ligne continuent à citer la convention de 1982 ou ses articles, ce qui est incorrect. Pour toute question fiscale, se référer à la convention de 1999 et à son commentaire BOFIP BOI-INT-CVB-DZA.