Retraite au Japon : démarches, fiscalité et budget
Prendre sa retraite au Japon est ouvert à tout Français qui obtient au préalable un visa long séjour adapté à sa situation, le pays ne disposant PAS d’un visa retraité dédié comme la Thaïlande ou la Malaisie. Quatre voies sont possibles : visa Long Stay (30 M ¥ d’épargne), visa Business Manager (capital ≥ 5 M ¥), visa famille (conjoint ou parents à charge), ou résidence permanente après 10 ans.
Le pays combine une convention fiscale du 3 mars 1995 modifiée par l’avenant du 11 janvier 2007 qui attribue à l’article 18 le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence, un système de santé universel via le National Health Insurance avec cotisation calculée sur le revenu mondial, un coût de la vie inférieur de 25 à 32 % à celui de la France selon Numbeo, et des droits de succession qui peuvent atteindre 55 % en tranche marginale.
L’article détaille les options de visa, la fiscalité de la convention 1995 et de son avenant 2007, le versement de la pension française, l’inscription au NHI, le coût de la vie ville par ville, et les pièges qui coûtent cher quand on les ignore (risque de change yen/euro, succession 55 %, plafond NHI Tokyo).
Ce qu’il faut retenir :
- Le Japon ne propose PAS de visa retraité dédié. Pour s’installer durablement, le retraité français doit emprunter une voie existante : visa Long Stay « Designated Activities » (30 M ¥ d’épargne, max 1 an), visa Business Manager (capital ≥ 5 M ¥, bureau physique), visa famille (conjoint ou parents à charge), ou résidence permanente après 10 ans de résidence continue.
- La convention fiscale franco-japonaise du 3 mars 1995, en vigueur depuis le 24 mars 1996, modifiée par l’avenant du 11 janvier 2007, attribue à l’article 18 le droit d’imposer les pensions privées exclusivement dans l’État de résidence. Article 19 : pensions publiques exclusivement imposables dans l’État payeur. BOFIP BOI-INT-CVB-JPN.
- L’affiliation au National Health Insurance (NHI) ou à l’Employee Health Insurance (EHI) est obligatoire au-delà de 3 mois de séjour. L’État prend en charge 70 % des frais, le patient assume 30 % à chaque acte. Plafond Tokyo environ 1,09 M ¥/an (≈6 300 €), plafonds villes secondaires 700-900 k ¥ (≈4 100-5 200 €).
- L’assurance dépendance Kaigo Hoken est obligatoire dès 40 ans. À 65 ans, évaluation municipale possible : si besoin reconnu, prise en charge 70 à 90 % des services à domicile ou en établissement.
- Le yen est convertible mais soumis à un risque de change réel vs l’euro. Variations 2020-2024 entre 130 et 170 ¥/€, soit 30 % d’écart. À intégrer dans la projection pluriannuelle.
- Les droits de succession japonais peuvent atteindre 55 % en tranche marginale. Pas de convention bilatérale France-Japon sur les successions. Risque de double imposition à anticiper.
- Le coût de la vie au Japon est inférieur de 25 à 32 % à celui de la France selon Numbeo, avec de fortes variations entre Tokyo et les villes secondaires (Fukuoka, Sapporo : -30 % vs Tokyo).
Sommaire
- Quelles sont les options de visa pour s’installer en retraite au Japon ?
- Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Japon ?
- Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Japon ?
- Quelle couverture santé prévoir entre Japon et France pour un retraité ?
- Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Japon ?
- Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Japon ?
- Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Japon ?
- FAQ
Quelles sont les options de visa pour s’installer en retraite au Japon ?
Le Japon ne propose pas de visa retraité dédié. Pour s’installer durablement, quatre voies : visa Long Stay « Designated Activities » (30 M ¥ d’épargne, max 1 an, pas de travail), visa Business Manager (capital ≥ 5 M ¥, bureau physique), visa famille (conjoint ou parents à charge), ou résidence permanente après 10 ans de résidence continue.
C’est le tout premier message à intégrer pour ne pas se lancer dans un projet impossible administrativement. Là où la Thaïlande propose le Non-Immigrant O-A, la Malaisie le MM2H, les Philippines le SRRV, le Japon n’a aucun équivalent. Pour pérenniser un séjour de retraite, il faut emprunter une voie qui n’a pas été pensée pour les retraités.
Le visa Long Stay : transition, pas solution durable
Le visa « Designated Activities for sightseeing and recreation » est le plus connu mais le plus contraignant. Durée 6 mois extensibles à 12 mois maximum, une seule prolongation possible. Conditions : ≥ 30 M ¥ d’épargne personnelle (≈175 k€ au taux 2025), ≥ 18 ans, couvre aussi le conjoint si résidence et déplacements communs. Certificate of Eligibility (CoE) requis avant l’arrivée.
Deux limites à intégrer sérieusement. Interdiction totale de toute activité rémunérée, même ponctuelle, même bénévole rémunérée. Au-delà de 12 mois, sortie obligatoire du pays pour redéposer un dossier, sans prolongation possible depuis l’intérieur. C’est un visa de transition pour tester le pays, pas une solution pour vivre 10 ou 20 ans au Japon.
Le visa Business Manager : la voie pérenne sans famille japonaise
Pour qui veut s’installer durablement sans conjoint japonais ni parents à charge, c’est la solution la plus fréquente. Durée initiale 1 an (parfois 4 mois au départ), renouvelable 1, 3 ou 5 ans selon résultats. Conditions : capital social ≥ 5 M ¥ (≈30 k€) ou embauche d’au moins 2 employés locaux, bureau physique au Japon (un « bureau virtuel » est refusé par l’immigration), plan d’affaires crédible.
Beaucoup de retraités français créent une petite structure de conseil, d’import-export, de gestion patrimoniale pour expatriés français, ou de tourisme spécialisé. C’est un effort réel, pas une formalité : il faut tenir la société dans le temps, déclarer fiscalement chaque année, et démontrer une activité économique réelle. Honoraires d’avocat 5 000 à 10 000 €, frais de société et bureau 5 000 à 10 000 €/an, comptable japonais (zeirishi) 3 000 à 5 000 €/an.
Le visa famille : la voie classique pour les conjoints
Durée 1 à 5 ans, renouvelable tant que les conditions perdurent. Trois sous-catégories. Conjoint d’un Japonais : sur preuve du mariage légal. Conjoint d’un résident permanent ou d’un titulaire d’un visa de travail : sur preuve du mariage et de la solvabilité du sponsor. Parent à charge : décision discrétionnaire, dossier souvent rejeté faute de revenus suffisants ou si d’autres proches peuvent subvenir aux besoins.
La voie « parent à charge » est en pratique très restrictive. Le service d’immigration vérifie que le parent ne peut être pris en charge dans son pays d’origine, que le sponsor japonais a les revenus suffisants, et que le besoin de résidence au Japon est documenté. Refus fréquents, à n’envisager qu’avec un dossier solide.
La résidence permanente : objectif à 10 ans
Indéfinie, mais carte à revalider tous les 7 ans. Conditions : 10 ans de résidence continue (5 ans si > 70 points « highly skilled » ou mariage avec Japonais), historique fiscal et social irréprochable, finances stables. Délais administratifs 6 à 12 mois pour le traitement du dossier. Absence prolongée (> 1 an) annule le droit, sauf re-entry permit multiple.
C’est le statut qui libère du renouvellement périodique de visa et qui ouvre l’accès au crédit immobilier japonais aux conditions standards. Pour beaucoup de retraités français installés durablement, c’est l’objectif à 10 ans après l’arrivée en Business Manager.
L’inscription consulaire et le permis de conduire
En parallèle, l’inscription au registre consulaire est vivement conseillée. Ambassade de France à Tokyo (4-11-44 Minami-Azabu, Minato-ku, Tokyo 106-8514, +81 3 57 98 60 00). Consulat général à Kyoto (8 Yoshida-Izumidono-chō, Sakyo-ku, +81 75 761 2988). Consulats honoraires à Fukuoka, Sapporo, Naha (Okinawa). Inscription dématérialisée sur service-public.fr.
Pour le permis de conduire, le permis français reste valable pendant 1 an avec traduction officielle JAF (Japan Automobile Federation). Au-delà, le retraité doit échanger le permis ou repasser l’examen local (théorie + pratique). Le test pratique japonais est réputé exigeant, avec un taux d’échec élevé pour les étrangers, donc anticiper l’échange JAF avant l’expiration des 12 mois est plus prudent. C’est plus prudent, c’est tout.
Animaux et médicaments : les démarches qui se préparent 6 mois avant
La procédure d’importation d’animaux est stricte. Identification par micropuce ISO, deux vaccinations antirabiques, test sérologique ≥ 180 jours avant l’arrivée, notification au bureau de quarantaine 40 jours avant l’atterrissage, contrôle vétérinaire à l’aéroport. Le non-respect entraîne une quarantaine prolongée, voire un refus d’entrée. À anticiper 6 à 8 mois avant le départ.
Pour les médicaments, autorisation Yakkan Shoumei jusqu’à 1 mois de traitement personnel. Au-delà, demande auprès du ministère de la Santé japonais avant l’arrivée. Certains principes actifs sont interdits au Japon (médicaments à base de pseudoéphédrine, certains antihistaminiques courants en France comme la Bromphéniramine), à vérifier ligne par ligne avec son médecin avant le départ.
| Statut / Visa | Durée initiale | Conditions clés | Renouvellement | Activité rémunérée |
|---|---|---|---|---|
| Long Stay | 6 mois extensibles à 12 mois | ≥ 30 M ¥ d’épargne, CoE requis | 1 prolongation max | Interdite |
| Business Manager | 1 an | Capital ≥ 5 M ¥ ou 2 employés, bureau physique | 1/3/5 ans selon résultats | Autorisée |
| Famille (époux) | 1 à 5 ans | Mariage légal, sponsor solvable | Renouvelable | Autorisée selon sous-catégorie |
| Résidence permanente | Indéfinie | 10 ans résidence continue, historique fiscal | Carte revalidée tous les 7 ans | Autorisée |
Un cas concret pour fixer le calendrier. Un couple de retraités français, 65 et 63 ans, deux pensions cumulées de 3 200 €/mois, qui veut s’installer à Fukuoka pour 10-15 ans. Pas de lien familial avec un Japonais. Solution opérationnelle : (1) premier séjour de 6 mois en visa Long Stay (épargne 175 k€ disponible), pour tester le pays et identifier le projet ; (2) création d’une petite société de conseil (capital 5 M ¥ ≈ 30 k€) avec bureau loué à Fukuoka et un plan d’affaires crédible (consultance, gestion patrimoniale pour expatriés français, etc.) ; (3) bascule sur visa Business Manager 1 an, puis renouvellement 3 ans puis 5 ans selon résultats ; (4) demande de résidence permanente après 10 ans de séjour continu sur visa Business Manager.
À retenir : il n’y a pas de visa retraité au Japon. Le projet se construit autour d’une voie existante (Business Manager le plus souvent), avec une vraie société à tenir dans le temps. C’est un effort administratif et financier sérieux, à intégrer dès la phase de simulation.
Source officielle : Ambassade de France à Tokyo ; Bureau de l’Immigration du Japon, ministère de la Justice.
Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Japon ?
La convention fiscale franco-japonaise du 3 mars 1995, modifiée par l’avenant du 11 janvier 2007, attribue à l’article 18 l’imposition exclusive des pensions privées à l’État de résidence. Le barème japonais est progressif (5 % à 45 %), avec une déduction spécifique pour les pensions de retraite (kōteki nenkin tō kōjo). Les pensions publiques restent imposables en France selon l’article 19.
Une précision utile en préambule. Beaucoup de guides en ligne, y compris Richelieu, citent « la convention de 1995 » sans mentionner l’avenant de 2007. C’est une erreur de référence. L’avenant a modifié plusieurs articles importants et a notamment résolu l’asymétrie fiscale issue de l’accord de sécurité sociale franco-japonais de 2005. Pour toute question fiscale, le texte de référence est la convention 1995 modifiée par l’avenant 2007, commentée au BOFIP sous l’identifiant BOI-INT-CVB-JPN.
Les textes de référence
Convention en vue d’éviter les doubles impositions et de prévenir l’évasion et la fraude fiscales en matière d’impôts sur le revenu, signée à Paris le 3 mars 1995. Approuvée par la loi n° 95-1404 du 30 décembre 1995, publiée par le décret n° 96-408 du 13 mai 1996, en vigueur le 24 mars 1996, applicable aux revenus à compter du 1er janvier 1997.
Avenant signé à Paris le 11 janvier 2007. Approuvé par la loi n° 2007-1484 du 18 octobre 2007, publié par le décret n° 2007-1675 du 23 novembre 2007, en vigueur le 1er décembre 2007, applicable aux revenus à compter du 1er janvier 2008.
Une convention en vue d’éviter les doubles impositions et de prévenir l’évasion et la fraude fiscales en matière d’impôts sur le revenu a été signée le 3 mars 1995 à Paris entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Japon.
La France et le Japon ont convenu de résoudre l’asymétrie fiscale issue de l’accord de sécurité sociale du 25 février 2005 en insérant à l’article 18 une clause inspirée des commentaires du modèle de convention fiscale de l’OCDE.
Les critères de résidence fiscale
L’article 4 de la convention pose la séquence à appliquer quand une personne pourrait être considérée comme résidente des deux États. Foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, lieu de séjour habituel, nationalité. Pour le Japon, la résidence fiscale est acquise si le retraité passe plus de 183 jours sur 12 mois au Japon ET y établit le centre de ses intérêts économiques ou familiaux.
Article 18 et article 19 : la distinction qui change tout
L’article 18 traite les pensions privées et les pensions de sécurité sociale. Exclusivement imposables dans l’État de résidence. Pour un retraité français résident fiscal japonais, sa pension Carsat, sa complémentaire Agirc-Arrco, ses pensions de sécurité sociale française basculent sous l’imposition japonaise.
L’article 19 traite les rémunérations et pensions publiques. Exclusivement imposables dans l’État payeur. Pension de fonctionnaire d’État, militaire, magistrat, agent territorial, agent hospitalier, restent imposables en France. Pas d’option japonaise possible.
Une exception à connaître pour les binationaux : selon l’article 19 § 2, si le bénéficiaire est ressortissant ET résident de l’autre État sans posséder en même temps la nationalité de l’État payeur, la pension publique bascule dans l’État de résidence. Cas marginal en pratique pour les retraités français.
Le barème japonais et la déduction spécifique pension
Le barème japonais de l’impôt national sur le revenu (shotokuzei) en vigueur en 2025 : 5 % jusqu’à 1,95 M ¥, 10 % de 1,95 à 3,3 M ¥, 20 % de 3,3 à 6,95 M ¥, 23 % de 6,95 à 9 M ¥, 33 % de 9 à 18 M ¥, 40 % de 18 à 40 M ¥, 45 % au-delà. À cela s’ajoute la taxe locale d’habitation (jūminzei) d’environ 10 % sur le revenu imposable, et une « special reconstruction surtax » de 2,1 % sur l’impôt national.
La déduction spécifique pension, kōteki nenkin tō kōjo, atténue significativement la base imposable. Pour un retraité ≥ 65 ans, déduction forfaitaire 1,1 M ¥ si pension annuelle ≤ 3,3 M ¥. Pour pension entre 3,3 et 4,1 M ¥, déduction = pension × 25 % + 275 k ¥. Entre 4,1 et 7,7 M ¥, déduction = pension × 15 % + 685 k ¥. Entre 7,7 et 10 M ¥, déduction = pension × 5 % + 1,455 M ¥. Plafond au-delà.
Le calcul effectif sur cas chiffrés
Voici ce que donne le système japonais sur trois niveaux de pension (au taux 158 ¥/€), comparé au scénario France au barème standard.
| Pension brute annuelle | Imposition Japon (national + local + surtax) | Taux effectif Japon | IR français équivalent (célibataire) | Taux effectif France |
|---|---|---|---|---|
| 24 000 € | environ 2 660 € | 11 % | environ 2 000 € | 8 % |
| 50 000 € | environ 8 850 € | 17,7 % | environ 11 000 € | 22 % |
| 80 000 € | environ 19 000 € | 24 % | environ 22 000 € | 27,5 % |
La conclusion est nuancée. À pension moyenne (24 000 €), le Japon est légèrement plus lourd que la France (+30 %). À pension haute (50 000 € ou plus), le Japon devient légèrement plus léger. Pas d’avantage fiscal massif comme en Grèce avec le régime 7 % ou au Maroc avec sa réduction 80 %. Le bénéfice fiscal seul ne justifie donc pas le transfert de résidence : la décision se prend sur l’ensemble du projet (qualité de vie, famille, projet entrepreneurial, etc.).
Successions : 55 % en tranche marginale et pas de convention bilatérale
C’est le point le plus lourd à intégrer. Taux marginal 55 % en tranche supérieure pour les non-résidents qui possèdent des biens au Japon. Abattement de base 30 M ¥ + 6 M ¥ par héritier légal. Pas de convention bilatérale France-Japon sur les successions. Pour un retraité ayant des biens dans les deux pays, risque de double imposition. Les biens en France sont imposés selon le droit français, les biens au Japon selon le droit japonais.
Pour un retraité qui a acheté un mansion à Tokyo ou Kyoto et qui décède en résidant au Japon, ses héritiers en France peuvent se trouver face à une facture fiscale japonaise lourde, en plus des droits de succession français. À anticiper avec un notaire international AVANT toute acquisition immobilière au Japon.
L’obligation déclarative française du compte japonais
Côté français, le retraité qui conserve un statut de résident fiscal français pendant la phase de transition doit déclarer chaque année son compte japonais à l’administration fiscale française. Article 1649 A du Code général des impôts, formulaire n° 3916, joint à la déclaration annuelle de revenus. Amende de 1 500 € par compte non déclaré.
Source officielle : commentaire BOFIP de la convention ; décret n° 96-408 du 13 mai 1996 sur Légifrance ; rapport du Sénat sur l’avenant 2007.
Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Japon ?
La pension de retraite française est versée au Japon sans condition de résidence, via la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger à Nantes. Le retraité signale son changement d’adresse à ses caisses, retourne annuellement le certificat de vie, et accepte que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées. Le risque de change yen/euro impose de conserver un compte français.
Signaler son départ aux caisses
Le retraité doit informer chaque caisse à laquelle il est rattaché : Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires du privé, Service des Retraites de l’État pour la fonction publique d’État, CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière, MSA pour les agriculteurs, régimes spéciaux le cas échéant.
La bascule du paiement vers la DSFIPE de Nantes (BP 54007, 44040 Nantes Cedex 1) s’opère ensuite automatiquement. Le retraité ne change pas de caisse de retraite, il change de payeur pour le versement à l’étranger.
Le choix du compte de versement
La pension peut être versée sur un compte français ou directement sur un compte en yens au Japon. Compte tenu du risque de change yen/euro (variations 130-170 ¥/€ entre 2020 et 2024), la majorité des retraités français au Japon préfèrent conserver leur compte français et virer ponctuellement les sommes nécessaires en yens. Cela permet de jouer les conversions au taux le plus favorable.
Côté banque japonaise, l’ouverture sur place se fait auprès de Mitsubishi UFJ, Mizuho, Sumitomo Mitsui, ou Japan Post Bank. Pièces : passeport, carte de résident (zairyū kādo), justificatif de domicile (jūminhyō). Procédure parfois longue pour les non-japonophones, le service en anglais est limité hors banques internationales. Japan Post Bank et Shinsei Bank sont réputés les plus accessibles aux étrangers.
Le certificat de vie
Formulaire unique pour tous les régimes français depuis 2019. Au Japon, le certificat peut être visé par l’ambassade de France à Tokyo, le consulat général de Kyoto, ou par les consulats honoraires de Fukuoka, Sapporo, Naha (Okinawa). Une autorité japonaise compétente (notaire kōshō nin, mairie shi-yakusho) peut aussi viser le formulaire, avec traduction si nécessaire.
La conséquence d’un retard est immédiate. La caisse suspend le versement après une relance laissée à sa main. Les versements reprennent dès réception du certificat valide, avec rattrapage des mois suspendus, mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée. C’est un piège classique chez les retraités à l’étranger.
L’ASPA, l’ASI, et les prélèvements sociaux
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Condition de résidence en France au moins 9 mois par an, soit 270 jours.
Si la résidence fiscale n’est plus en France, le retraité est exonéré de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et de la contribution de solidarité pour l’autonomie sur sa pension. La caisse a besoin d’un certificat de résidence fiscale étrangère (délivré en japonais par l’administration fiscale japonaise, à faire traduire) pour stopper le prélèvement à la source.
Une cotisation maladie spécifique reste prélevée sur la pension dans le cadre du dispositif applicable aux retraités installés hors UE/EEE/Suisse. Selon Cleiss : 3,2 % sur la pension du régime de base et 4,2 % sur la pension complémentaire, pour les anciens salariés. Pour les retraites d’un régime de travailleur indépendant, le taux monte à 7,1 %. Cette cotisation finance la couverture maladie en France lors des séjours temporaires.
L’accord de sécurité sociale franco-japonais et le formulaire SE 217-06
L’accord de sécurité sociale franco-japonais a été signé le 25 février 2005, en vigueur depuis le 1er juin 2007. Il évite la double cotisation pour les actifs détachés et permet la totalisation des périodes d’assurance pour le calcul des pensions.
Le formulaire SE 217-06 / F-J6 est le document bilingue franco-japonais utilisé pour cette totalisation. À demander à la caisse française avant le départ, à présenter aux organismes japonais si le retraité a aussi cotisé au régime japonais (Kokumin Nenkin pour les indépendants ou Kōsei Nenkin pour les salariés) pendant une période de séjour ou d’activité au Japon. C’est l’équivalent du SE 350-07 marocain ou du SE 352-08 algérien.
Le risque de change yen/euro : réel et persistant
Le yen a fluctué entre 130 et 170 ¥/€ entre 2020 et 2024, soit 30 % d’écart. Pour un retraité percevant 2 500 €/mois, l’équivalent en yens est passé de 325 000 ¥ (à 130 ¥/€) à 425 000 ¥ (à 170 ¥/€), soit +30 % de pouvoir d’achat local en 4 ans.
Le retournement n’est pas exclu. Un yen plus fort vs l’euro éroderait mécaniquement le pouvoir d’achat. Solution prudente : conserver un compte français pour la pension, virer en yens uniquement les sommes nécessaires aux dépenses courantes du mois, lisser les conversions sur l’année plutôt que de tout convertir en une fois. Pour les projections pluriannuelles, intégrer un yen à 150 ¥/€ comme hypothèse moyenne, et tester un scénario à 130 ¥/€ pour s’assurer que le budget tient en cas de retournement.
Un cas concret pour fixer la chronologie. Un retraité du régime général s’installe à Fukuoka en mars 2026. Il signale son départ à la Carsat et à l’Agirc-Arrco en février, demande le formulaire SE 217-06 / F-J6 si applicable, fait basculer le paiement vers la DSFIPE de Nantes. Il conserve son compte français pour la pension et fait des virements ponctuels (3 000 à 6 000 €) vers un compte ouvert à Japan Post Bank Fukuoka. Il reçoit son certificat de vie en septembre, le fait viser au consulat honoraire de Fukuoka. Cotisation maladie sur sa pension : 3,2 % + 4,2 % prélevés à la source par la Carsat (≈100 €/mois cumulés sur pension de 2 000 €/mois).
Source officielle : Cleiss, fiche Japon ; L’Assurance retraite, démarches quand on vit à l’étranger.
Quelle couverture santé prévoir entre Japon et France pour un retraité ?
Au Japon, l’affiliation au National Health Insurance (NHI) ou à l’Employee Health Insurance (EHI) est obligatoire au-delà de 3 mois de séjour. Cotisation calculée sur le revenu mondial, plafond Tokyo environ 1,09 M ¥/an. L’État prend en charge 70 % des frais, le patient assume 30 %. Une assurance privée internationale en complément reste recommandée.
Le système universel japonais et l’affiliation obligatoire
Le Japon a instauré la couverture santé universelle en 1961. Aujourd’hui, deux régimes principaux. Le NHI (kokumin kenkō hoken) pour les indépendants, étudiants, retraités, non-salariés. L’EHI (kenkō hoken) pour les salariés d’une entreprise japonaise. Pour les retraités français installés durablement, c’est le NHI qui s’applique.
L’inscription se fait à la mairie (shi-yakusho) du lieu de résidence, avec passeport, carte de résident, justificatif de domicile. Affiliation obligatoire au-delà de 3 mois de séjour pour tout résident étranger.
Le copaiement 30 % et le plafond mensuel
L’État prend en charge 70 % des frais médicaux, le patient assume 30 % à chaque consultation, hospitalisation ou acte de soin. Pas de tiers-payant systématique : le patient paie les 30 % sur place, à chaque acte. Pour un Français habitué à la Carte Vitale c’est un changement notable.
Pour les dépenses lourdes, un plafond de reste à charge mensuel s’applique (kōgaku iryō hi seido), variable selon le revenu, qui plafonne le reste à charge à environ 80 000 ¥/mois pour un revenu moyen (≈500 €). Au-delà, prise en charge intégrale par le NHI. C’est ce mécanisme qui rend le système japonais réellement protecteur en cas d’hospitalisation longue ou de pathologie chronique.
Le coût NHI selon la ville
La cotisation NHI est calculée sur le revenu fiscal mondial déclaré localement. Le retraité résident fiscal japonais déclare ses pensions françaises, et la cotisation est calculée sur cette base. Les plafonds varient fortement selon la municipalité.
À Tokyo : plafond environ 1,09 M ¥/an pour un foyer (≈6 300 €). Cotisation effective pour un couple avec pension cumulée de 50 k€/an : 4 500 à 6 000 €/an. À Fukuoka, Sapporo, Okinawa : plafonds 700 à 900 k ¥/an (≈4 100-5 200 €). Cotisation effective pour un couple avec pension cumulée de 50 k€/an : 3 500 à 4 500 €/an.
L’écart Tokyo / villes secondaires sur ce poste atteint 1 500 à 2 000 €/an, soit 22 500 à 30 000 € sur 15 ans. C’est un argument financier réel en faveur de Fukuoka, Sapporo ou Okinawa pour les retraités à pension élevée.
L’assurance dépendance Kaigo Hoken
La Kaigo Hoken est l’assurance dépendance obligatoire au Japon dès 40 ans, prélevée sur les cotisations NHI/EHI. À 65 ans, évaluation municipale possible : si besoin reconnu, prise en charge 70 à 90 % des services à domicile (aide-ménagère, infirmière) ou en établissement (résidence médicalisée).
C’est un système robuste, calibré pour faire face au vieillissement de la population japonaise (plus de 29 % des Japonais ont 65 ans ou plus en 2024). Pour un retraité français installé durablement, c’est un filet de sécurité non négligeable, à comparer à l’absence d’équivalent en Grèce ou au Sénégal.
Les hôpitaux et la barrière linguistique
Hôpitaux publics réputés à Tokyo : Tokyo University Hospital, St. Luke’s International Hospital (anglophone), International University of Health and Welfare Mita Hospital. Hôpitaux universitaires à Kyoto, Université Kyūshū à Fukuoka, Université de Hokkaidō à Sapporo. Cliniques privées disponibles en complément.
Praticiens anglophones : disponibles à Tokyo et Yokohama (St. Luke’s, Tokyo Station International Clinic), à Fukuoka (établissements affiliés à l’Université Kyūshū), à Okinawa (héritage de la base militaire américaine). Plus rares à Kyoto et Sapporo. Les praticiens francophones sont très rares, à part quelques exceptions à Tokyo. Le japonais médical reste un défi pour la plupart des retraités français. Un diagnostic mal compris peut avoir des conséquences graves, donc le choix de la ville pèse lourd sur ce point.
CNAREFE, CFE et assurance privée internationale
Le CNAREFE pour les soins reçus en France lors de séjours temporaires reste pertinent. Centre National des Retraités de France à l’Étranger, géré par la CPAM de Seine-et-Marne, créé le 1er janvier 2014. Conditions cumulatives : pension du régime général ou régime spécial intégré, résidence hors UE/EEE/Suisse (le Japon remplit ce critère), 15 ans de cotisation minimum en application de l’article 52 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, non-adhésion à la CFE.
La CFE (Caisse des Français de l’Étranger) couvre les soins en France et au Japon selon les barèmes français. Cotisation forfaitaire 250-350 €/mois individuel, 450-600 €/mois couple 65-75 ans. Non cumulable avec le CNAREFE.
L’assurance privée internationale est l’autre option, en complément possible du CNAREFE. April International, Allianz Care, Cigna Global, MSH International, Henner. Pour un couple 65-70 ans au Japon, 250 à 600 €/mois selon couverture.
L’évacuation sanitaire vers la France est un point critique : 12-13 heures de vol depuis Tokyo. Coût d’un rapatriement médicalisé Tokyo-Paris : 50 000 à 100 000 €. NON couvert par le NHI. À couvrir impérativement par une assurance internationale incluant le rapatriement, ligne à vérifier explicitement dans le contrat.
| Solution | Soins remboursés en France | Soins remboursés au Japon | Coût pour le retraité | Cumul possible |
|---|---|---|---|---|
| NHI (obligatoire) | Non | Oui (70 %) | 4 100 à 6 300 €/an selon ville | Oui avec assurance privée |
| CNAREFE | Oui en séjour temporaire | Non | Néant (sous conditions, dont 15 ans cotisation) | Pas avec CFE |
| CFE | Oui | Oui (selon prestation) | 450 à 600 € (couple 65-75 ans) | Pas avec CNAREFE |
| Assurance privée internationale | Oui (selon contrat) | Oui (selon contrat) | 250 à 600 € | Possible avec NHI et CFE/CNAREFE |
Un cas concret pour fixer la configuration optimale. Un couple de retraités du privé, 68 et 66 ans, s’installe à Fukuoka. Choix : NHI obligatoire (cotisation prélevée localement, ≈4 500 €/an pour le couple sur la base d’un revenu cumulé déclaré au Japon) + CNAREFE pour les soins en France lors des retours (gratuit, sous conditions de 15 ans de cotisation française) + assurance privée internationale à 350 €/mois pour le couple (4 200 €/an), pour le confort linguistique, le libre choix d’établissement et le rapatriement sanitaire. Total santé : 8 700 €/an pour une couverture totale.
À retenir : le NHI est obligatoire et coûte plus que ce que la vitrine « système universel » laisse entendre. Pour un retraité à pension élevée, le choix Tokyo / villes secondaires fait varier la cotisation de 1 500 à 2 000 €/an. La complémentaire internationale pour le rapatriement est non négociable.
Source officielle : Cleiss, fiche Japon ; Ameli, retraite à l’étranger.
Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Japon ?
Un retraité célibataire vit au Japon avec 1 800 à 2 600 € par mois en mode adapté, 3 000 à 4 200 € en standing européen. Un couple prévoit 2 500 à 3 600 € en mode adapté, 4 000 à 5 800 € en standing européen. L’écart de coût avec la France est de 25 à 32 % selon Numbeo, avec de fortes variations entre Tokyo et les villes secondaires.
Les chiffres Numbeo 2025 sont stables. Logement T1 centre-ville 506 € Japon vs 762 € France (-34 %). Restauration repas simple -61 %, dîner couple -52 %. Courses -16 % global mais riz et pommes japonais 60-70 % plus chers, viande/œufs/fromage 40-52 % moins chers. Transports abonnement -24 %, essence -43 %. Pouvoir d’achat local japonais Numbeo +3,6 % vs France pour un revenu local, ce qui reste favorable pour un retraité à pension française.
Le poste logement, à arbitrer ville par ville
À Tokyo, l’écart entre quartiers est très marqué. Meguro, Akasaka, Minato, Roppongi (premium) : 1 200-2 500 €/mois pour un appartement 2-3 pièces. Shibuya, Shinjuku, Setagaya : 800-1 500 €/mois. Quartiers résidentiels classiques (Nakano, Suginami, Bunkyō) : 600-1 000 €/mois. Périphérie Yokohama Minato Mirai : 800-1 400 €/mois.
À Kyoto, le marché est plus accessible. 700-1 200 €/mois pour un appartement de standing à Sakyo, Nishijin, Fushimi. Quartiers classiques : 500-800 €/mois.
À Fukuoka, -40 % vs Tokyo. 500-900 €/mois pour un appartement de standing à Momochihama, Daimyō, Ohori Park. Quartiers résidentiels : 350-600 €/mois. Fukuoka offre le meilleur compromis qualité-prix-services médicaux pour les retraités.
À Sapporo, marché accessible. 500-800 €/mois pour un appartement de standing à Maruyama, Kita 24-Jo. Quartiers classiques : 300-500 €/mois. Charges de chauffage élevées en hiver (Hokkaidō).
À Okinawa, 600-1 000 €/mois pour un appartement de standing à Chatan ou Sunabe. Surcoût importés +15-25 %, saison typhons août-septembre à anticiper dans le calendrier de vie.
Les autres postes du budget
L’alimentation est variable selon les choix. Sur les marchés et supérettes (Lawson, Family Mart, 7-Eleven) et supermarchés (Aeon, Ito-Yokado, Seiyu), un couple dépense 350-500 €/mois en mix. Les produits importés européens (vins français, fromages européens, charcuterie) sont 40 à 70 % plus chers qu’en France et restent occasionnels pour la majorité des retraités français installés.
Les transports en commun sont d’une qualité exceptionnelle. Abonnement mensuel à Tokyo (métro + JR + bus) 47 €/mois. Tickets unitaires 150-300 ¥. Taxis chers (500 ¥ de prise en charge + ≈400 ¥/km), à utiliser ponctuellement. Voiture personnelle : essence 1,80 €/litre, péages autoroute élevés (Tokyo-Osaka 80 € l’AR), parking Tokyo 200-500 €/mois. Le réseau ferroviaire (Shinkansen + JR) est si dense que beaucoup de retraités urbains se passent de voiture.
L’énergie tourne autour de 100 à 250 €/mois selon usage, électricité TEPCO ou KEPCO 25-35 ¥/kWh. La climatisation est très consommatrice en été à Tokyo, le chauffage en hiver à Sapporo. À intégrer dans les calculs saisonniers.
Le poste santé est détaillé en H2 4 : NHI obligatoire 4 100-6 300 €/an selon ville, assurance privée internationale 250-600 €/mois pour un couple.
Le poste loisirs et communications est confortable. Forfait téléphonie NTT Docomo, SoftBank, au 8-15 €/mois pour un forfait basique, 25-40 €/mois pour un forfait illimité. Internet fibre 30-60 €/mois. Restaurant local (yakitori, ramen, izakaya) 8-20 € par couvert. Restaurant gastronomique (kaiseki, sushi haut de gamme) 80-300 € par couvert.
| Poste de dépense | Célibataire vie adaptée | Célibataire standing européen | Couple vie adaptée | Couple standing européen |
|---|---|---|---|---|
| Logement (selon ville) | 500 – 800 € | 900 – 1 600 € | 700 – 1 100 € | 1 200 – 2 200 € |
| Alimentation | 200 – 280 € | 350 – 500 € | 350 – 500 € | 600 – 800 € |
| Transports | 70 – 110 € | 150 – 250 € | 110 – 180 € | 250 – 400 € |
| Énergie | 80 – 130 € | 150 – 250 € | 120 – 200 € | 250 – 400 € |
| Santé (NHI + complémentaire) | 350 – 550 € | 600 – 900 € | 600 – 900 € | 1 000 – 1 400 € |
| Loisirs et restaurants | 130 – 200 € | 350 – 600 € | 220 – 380 € | 600 – 1 000 € |
| Communications | 30 – 50 € | 60 – 90 € | 50 – 80 € | 80 – 120 € |
| Impôts (selon pension) | 200 – 300 € | 600 – 900 € | 300 – 500 € | 1 000 – 1 500 € |
| Divers et imprévus | 200 – 300 € | 500 – 800 € | 350 – 550 € | 800 – 1 200 € |
| TOTAL | 1 800 – 2 600 € | 3 000 – 4 200 € | 2 500 – 3 600 € | 4 000 – 5 800 € |
Un cas concret pour donner la mesure. Un couple de retraités du privé, 67 et 65 ans, deux pensions cumulées de 4 200 € nets mensuels. Installation à Fukuoka dans un appartement à Momochihama à 750 €/mois, alimentation 450 €/mois en mix Aeon et marché local, voiture d’occasion 5 000 € à l’achat puis 100 €/mois en essence, NHI obligatoire ≈400 €/mois pour le couple + assurance privée internationale 350 €/mois, restaurants 280 €/mois, divers 400 €/mois. Total dépenses 2 730 €/mois, marge mensuelle de 1 470 € pour les voyages et imprévus.
Source : Numbeo, coût de la vie au Japon.
Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Japon ?
Le Japon combine un niveau de sécurité parmi les plus élevés au monde, un système de santé universel performant, des transports exemplaires, et un coût de la vie inférieur de 25 à 32 % à celui de la France. En contrepartie, l’absence de visa retraité, le risque de change yen/euro, les droits de succession à 55 % et la barrière linguistique restent des défis sérieux.
Le tableau ci-dessous résume dimension par dimension. Le Japon est singulier : aucune autre destination retraite ne combine son niveau de qualité technique (transports, santé, infrastructures) avec son coût de la vie modéré. Mais les contraintes administratives et juridiques sont parmi les plus lourdes des destinations retraite francophones.
| Dimension | Atout côté Japon | Réserve à connaître |
|---|---|---|
| Coût de la vie global | -25 à -32 % vs France selon Numbeo | Tokyo reste cher, écart fort entre Tokyo et villes secondaires |
| Fiscalité retraités | Convention 1995 + avenant 2007, sécurité juridique | Pas de régime fiscal préférentiel comme la Grèce ou le Maroc |
| Couverture santé | NHI universel, hôpitaux performants | Cotisation NHI pouvant atteindre 6 300 €/an à Tokyo, copaiement 30 % |
| Distance et liaison | Vols quotidiens Paris-Tokyo | 12-13 heures de vol, AR famille très onéreux |
| Langue | Anglais en zones touristiques et hôpitaux internationaux Tokyo | Japonais difficile, alphabets multiples (hiragana, katakana, kanji) |
| Climat | Quatre saisons marquées, sites à climat doux (Fukuoka, Okinawa) | Étés chauds humides, hivers rigoureux Hokkaidō, typhons Okinawa |
| Sécurité | Indice 77,1/100, top 10 mondial | Risque sismique, plans d’évacuation à connaître |
| Logement | Marché accessible hors Tokyo, qualité de construction | Baux exigeant garant ou société de garantie, frais d’agence 8-10 % |
| Statut juridique | Résidence permanente possible après 10 ans | Pas de visa retraité, voies indirectes obligatoires |
| Devise | Yen convertible, transferts internationaux fluides | Risque de change yen/euro réel, 30 % d’écart 2020-2024 |
| Communauté française | Réseau structuré à Tokyo (UFE, Institut français) | Communauté restreinte hors Tokyo, isolement possible en province |
| Successions | Aucun avantage particulier | Taux marginal 55 % pour non-résidents, pas de convention bilatérale |
Le décalage horaire est important : GMT+9, soit 7 heures d’avance sur la France en hiver, 8 heures en été. À intégrer pour les appels famille (vidéoconférence le matin Japon = soir France), et pour les démarches administratives France (Carsat, banques) qui se traitent l’après-midi/soir au Japon.
Côté liaisons aériennes, 12 à 13 heures de vol direct entre Paris et Tokyo (Air France, JAL, ANA). AR Paris-Tokyo 800 à 2 500 € selon période et anticipation. Pour Fukuoka, vol Tokyo-Fukuoka 1h30 (12 vols/jour). Pour Sapporo, vol Tokyo-Sapporo 1h30 (15 vols/jour). Pour Okinawa, vol Tokyo-Naha 2h45 (10 vols/jour). Le réseau intérieur compense largement la distance vers les villes secondaires.
Un couple de retraités français, 65 et 63 ans, deux pensions cumulées de 4 200 €/mois, qui veut s’installer à Fukuoka pour 10-15 ans. Côté Japon : visa Business Manager via création d’une petite société de conseil, NHI obligatoire (4 500 €/an pour le couple) + CFE (550 €/mois) + assurance privée internationale (300 €/mois pour le couple), coût de la vie absorbé à 2 700 €/mois en standing intermédiaire, marge mensuelle de 1 500 € après impôts japonais. Côté pratique, AR Paris-Fukuoka avec correspondance Tokyo à 1 500-2 000 €, certificat de vie à viser au consulat honoraire de Fukuoka, déclaration française résiduelle pour les biens immobiliers conservés en France. C’est ce niveau de granularité qu’il faut établir avant de signer un bail à Fukuoka.
Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Japon ?
Six erreurs reviennent régulièrement chez les retraités français qui s’installent au Japon : croire qu’il existe un visa retraité, sous-estimer le risque de change yen/euro, oublier les droits de succession 55 %, sous-estimer le coût NHI, négliger la barrière linguistique pour la santé, et ne pas anticiper la rigidité du marché locatif japonais.
Croire qu’il existe un visa retraité au Japon. C’est la première confusion à lever. Contrairement à la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie ou les Philippines, le Japon n’a aucun visa « retraité » dédié. Pour s’installer durablement, il faut emprunter une voie existante : Long Stay (max 1 an, transition), Business Manager (création de société, capital 5 M ¥), famille (conjoint ou parents à charge), ou résidence permanente (10 ans). Erreur fréquente : commencer un projet en pensant qu’on s’installera « comme en Thaïlande », découvrir trop tard la complexité administrative et financière.
Sous-estimer le risque de change yen/euro. Le yen a fluctué entre 130 et 170 ¥/€ entre 2020 et 2024, soit 30 % d’écart. Pour un retraité percevant 2 500 €/mois, l’équivalent en yens est passé de 325 000 ¥ (à 130 ¥/€) à 425 000 ¥ (à 170 ¥/€). Inverse possible. Solution : conserver un compte français pour la pension, virer en yens uniquement les sommes nécessaires, lisser les conversions sur l’année. Surtout, anticiper qu’un retournement durable du yen pourrait éroder le pouvoir d’achat local de 20-30 %, et tester un budget sous hypothèse 130 ¥/€ avant de signer un bail à long terme.
Oublier les droits de succession 55 %. J’y reviens parce que c’est le piège patrimonial le plus lourd. Les droits de succession au Japon peuvent atteindre 55 % en tranche marginale pour les non-résidents qui possèdent des biens au Japon. Pas de convention bilatérale France-Japon sur les successions. Pour un retraité qui a acheté un mansion à Tokyo ou Kyoto et qui décède en résidant au Japon, ses héritiers en France peuvent se trouver face à une facture fiscale japonaise majeure, en plus des droits de succession français. Solution : consulter un notaire international AVANT de structurer son patrimoine, et avant TOUTE acquisition immobilière au Japon. Pour les biens importants, les structurations en société (KK, GK) peuvent atténuer l’impact, mais avec leur propre complexité.
Sous-estimer le coût NHI. La cotisation NHI peut atteindre 6 300 €/an à Tokyo (plafond 2025 environ 1,09 M ¥), 4 100-5 200 €/an dans les villes secondaires. C’est un poste budgétaire qu’on n’attend pas à ce niveau dans un système « universel ». Erreur fréquente : croire que l’inscription au NHI est gratuite ou symbolique, et découvrir la note la deuxième année quand la cotisation est calculée sur la pension déclarée. Solution : intégrer la cotisation NHI dans le budget prévisionnel dès le départ, et envisager Fukuoka, Sapporo ou Okinawa pour des plafonds plus bas. L’écart Tokyo / villes secondaires sur 15 ans atteint 22 500 à 30 000 €.
Négliger la barrière linguistique pour la santé. Le japonais médical est un défi à part entière. Hors Tokyo et hôpitaux internationaux, peu de praticiens parlent anglais, et les francophones sont quasi-inexistants. Pour un retraité, c’est sérieux : un diagnostic mal compris peut avoir des conséquences graves, surtout sur des pathologies chroniques où les nuances de traitement comptent. Solution : prioriser les villes avec hôpitaux internationaux (Tokyo, Yokohama, Fukuoka, Okinawa), assurance privée internationale incluant le service de traduction médicale, et apprentissage du vocabulaire médical de base avant le départ.
Ne pas anticiper la rigidité du marché locatif japonais. Les baux locatifs exigent souvent un garant japonais (hoshōnin) ou une société de garantie payante (50-80 % du loyer mensuel à payer en frais initial). Frais d’entrée : reikin (cadeau au propriétaire, 1-2 mois de loyer, non remboursable), shikikin (caution, 1-2 mois), frais d’agence (1 mois). Au total, 4-6 mois de loyer à payer à la signature. Pour un appartement Tokyo Meguro à 1 800 €/mois, c’est 7 200-10 800 € de frais initiaux. Solution : prévoir cette trésorerie dans le budget de départ, et envisager les locations meublées pour expatriés (Sakura House, Oakwood, plus chères mais avec moins de frais initiaux).
Activer un visa Long Stay sans plan B au-delà de 12 mois. Le Long Stay est limité à 12 mois maximum. Au-delà, sortie obligatoire du pays pour redéposer un dossier. Pour un projet de plus longue durée, il faut basculer vers le Business Manager ou le visa famille. Erreur fréquente : commencer en Long Stay sans préparer la bascule, et se retrouver à devoir quitter le Japon en urgence après 12 mois. La préparation du plan B se fait dès l’arrivée, pas au mois 11.
Ne pas déclarer le compte japonais à l’administration française. Article 1649 A du Code général des impôts, formulaire n° 3916, joint à la déclaration annuelle de revenus française tant que le retraité conserve un statut de résident fiscal français. Amende de 1 500 € par compte non déclaré. La détection se fait par échange automatique d’informations CRS de l’OCDE.
Un cas concret pour mesurer l’enjeu cumulé sur la succession. Un retraité du privé, 70 ans, pension cumulée 5 000 €/mois, achète un mansion à Tokyo Meguro pour 100 M ¥ (≈630 000 €) en 2025. Il décède en 2030 en résidant au Japon. Ses deux enfants héritiers résident en France. Calcul successoral japonais : abattement 30 M ¥ + 6 M ¥ × 2 = 42 M ¥. Base imposable 100 – 42 = 58 M ¥, partagée entre 2 héritiers (29 M ¥ chacun). Tranche japonaise applicable : 30 % puis 40 % puis 45 % selon la fraction. Calcul moyen ≈ 35 % effectif, soit ≈10 M ¥ par héritier ≈ 63 000 € chacun, soit 126 000 € de droits japonais au total. À cela s’ajoutent les droits français selon le barème en ligne directe. Total successoral 2030 estimé : 200 000-250 000 € pour les deux enfants, sur un mansion de 630 000 €. Préjudice évitable avec une structuration anticipée.
À retenir : les pièges japonais ne sont pas des chausse-trappes administratives mineures. La succession 55 %, le coût NHI réel, la rigidité locative et l’absence de visa retraité composent un dossier qui se prépare 18 à 24 mois avant le départ, avec un notaire international et un avocat spécialisé.
FAQ
Existe-t-il un visa retraité au Japon ?
Non. Contrairement à la Thaïlande, la Malaisie ou les Philippines, le Japon ne propose aucun visa retraité dédié. Pour s’installer durablement, quatre voies : visa Long Stay « Designated Activities » (30 M ¥ d’épargne, max 1 an, pas de travail), visa Business Manager (capital ≥ 5 M ¥, bureau physique), visa famille (conjoint japonais, conjoint déjà résident, ou parents à charge), ou résidence permanente après 10 ans de résidence continue.
La convention fiscale franco-japonaise est-elle toujours celle de 1995 ?
La convention de base est celle du 3 mars 1995, en vigueur depuis le 24 mars 1996, applicable aux revenus à compter du 1er janvier 1997. Elle a été modifiée par l’avenant du 11 janvier 2007, en vigueur depuis le 1er décembre 2007, applicable depuis le 1er janvier 2008. C’est cette convention modifiée qui est en vigueur. Référence BOFIP : BOI-INT-CVB-JPN.
Comment fonctionne la couverture maladie au Japon pour un retraité français ?
Affiliation obligatoire au National Health Insurance (NHI) au-delà de 3 mois de séjour. L’État prend en charge 70 % des frais, le patient assume 30 % à chaque acte, avec un plafond mensuel pour les dépenses lourdes (kōgaku iryō hi seido, environ 80 000 ¥/mois pour un revenu moyen). Cotisation calculée sur le revenu mondial : plafond Tokyo environ 1,09 M ¥/an, plafonds villes secondaires 700-900 k ¥. Une assurance privée internationale en complément reste recommandée.
Quel est le taux des droits de succession au Japon ?
Le taux marginal des droits de succession peut atteindre 55 % en tranche supérieure pour les non-résidents qui possèdent des biens au Japon. Abattement de base 30 M ¥ + 6 M ¥ par héritier légal. Pas de convention bilatérale France-Japon sur les successions. Risque de double imposition à anticiper avec un notaire international, surtout si le retraité possède un bien immobilier au Japon.
Y a-t-il un risque de change pour un retraité percevant sa pension en euros ?
Oui. Le yen a fluctué entre 130 et 170 ¥/€ entre 2020 et 2024, soit 30 % d’écart. Pour un retraité à pension en euros, c’est globalement favorable lorsque le yen est faible (yen faible = pouvoir d’achat plus élevé localement), mais l’inverse est vrai en cas de remontée du yen. Solution : conserver un compte français pour la pension et virer en yens uniquement les sommes nécessaires.
L’ASPA et l’ASI sont-elles versées si on s’installe au Japon ?
Non. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Un déménagement au Japon entraîne la suspension du paiement.
Peut-on emmener son chien ou son chat au Japon ?
Oui, mais la procédure est stricte. Identification par micropuce ISO, deux vaccinations antirabiques, test sérologique ≥ 180 jours avant l’arrivée, notification au bureau de quarantaine 40 jours avant l’atterrissage, contrôle vétérinaire à l’aéroport. Le non-respect entraîne une quarantaine prolongée, voire un refus d’entrée. À anticiper 6 à 8 mois avant le départ.