Retraite au Sénégal : démarches, visa et fiscalité
Prendre sa retraite au Sénégal est ouvert à tout Français qui sollicite, dans les 90 jours suivant son arrivée, une carte d’identité d’étranger valable cinq ans, renouvelable indéfiniment auprès de la Direction de la Police des Étrangers à Dakar. Le pays combine une parité fixe franc CFA-euro depuis 1999, un abattement de 80 % du Code général des impôts sénégalais sur les pensions étrangères sous conditions, et un coût de la vie inférieur de 22 à 33 % à celui de la France.
L’article détaille les démarches, la fiscalité de la convention franco-sénégalaise du 29 mars 1974, le versement de la pension française à l’étranger, la couverture santé entre Sénégal et France, le budget mensuel poste par poste, et les pièges qui coûtent cher quand on les ignore.
Ce qu’il faut retenir :
- Pour un séjour de moins de 90 jours, les Français n’ont pas besoin de visa. Au-delà, la carte d’identité d’étranger est obligatoire, valable 5 ans, renouvelable indéfiniment, et délivrée par la Direction de la Police des Étrangers et des Titres de Voyage à Dakar.
- La convention fiscale franco-sénégalaise du 29 mars 1974, modifiée par les avenants de 1984 et 1991 puis par la Convention multilatérale BEPS, attribue le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire. Les pensions publiques restent imposables dans l’État qui les paie.
- L’abattement de 80 % sur les pensions étrangères est une disposition du Code général des impôts sénégalais, accordée sous deux conditions cumulatives : résidence fiscale sénégalaise effective et virement de la pension sur un compte libellé en francs CFA ouvert au Sénégal.
- Le franc CFA est en parité fixe avec l’euro depuis le 1er janvier 1999, à 655,957 FCFA pour 1 euro, garantie par le Trésor français. Le retraité ne supporte aucun risque de change sur sa pension transférée.
- L’ASPA et l’ASI ne sont pas versées hors de France, leur paiement étant subordonné à une résidence en France (article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale).
- La convention de sécurité sociale franco-sénégalaise ne prévoit pas le remboursement des soins reçus au Sénégal au titre de la retraite française. Une adhésion à la Caisse des Français de l’Étranger ou une assurance privée internationale est nécessaire.
- Le coût de la vie pour un retraité français se situe entre 1 200 et 2 500 € par mois selon le standing recherché, la ville d’installation et le mode de consommation.
Sommaire
- Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite au Sénégal ?
- Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Sénégal ?
- Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Sénégal ?
- Quelle couverture santé prévoir entre Sénégal et France pour un retraité ?
- Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Sénégal ?
- Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Sénégal ?
- Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Sénégal ?
- FAQ
Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite au Sénégal ?
Pour un séjour de moins de 3 mois, les Français entrent au Sénégal sans visa. Au-delà, la carte d’identité d’étranger devient obligatoire, valable 5 ans et renouvelable indéfiniment. Elle est délivrée par la Direction de la Police des Étrangers et des Titres de Voyage à Dakar. Le dossier doit être déposé avant le 90e jour suivant l’arrivée.
Le Sénégal ne dispose pas de statut de résident permanent comme on l’entend ailleurs. Le renouvellement quinquennal de la CIE remplit ce rôle, sans plafond de renouvellements. Concrètement, un retraité qui s’installe à 65 ans peut conserver son statut sans rupture jusqu’à la fin de sa vie, à condition de représenter son dossier tous les cinq ans.
L’entrée au Sénégal et le compteur des 90 jours
Le tampon d’entrée à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar sert de point de départ pour le compteur. Pas de visa, pas de formalité préalable, juste un passeport en cours de validité. Pour un projet d’installation, mieux vaut prévoir un premier séjour de 4 à 6 semaines de reconnaissance avant le déménagement, le temps de visiter les quartiers, négocier un bail, et anticiper le dossier administratif.
Les pièces du dossier de carte d’identité d’étranger
Le dossier se monte par étapes, certaines en France, d’autres au Sénégal. Côté France, à préparer avant le départ : un extrait d’acte de naissance de moins de 6 mois et un extrait de casier judiciaire de moins de 3 mois. Ces deux pièces se commandent à distance (service-public.fr pour l’acte de naissance, casier-judiciaire.justice.gouv.fr pour le casier).
Côté Sénégal, à constituer une fois sur place : une demande manuscrite d’autorisation d’établissement adressée au Ministre de l’Intérieur, une photocopie certifiée conforme du passeport (toutes les pages utiles), un certificat médical délivré par un médecin établi au Sénégal (compter 30 à 50 € chez un généraliste à Dakar ou Saly), trois photos d’identité, un certificat de résidence délivré d’abord par le chef de quartier puis validé par la Mairie, et des justificatifs de moyens de subsistance (avis d’imposition, relevés bancaires, attestation de pension).
Le certificat de résidence est la pièce qui surprend le plus les primo-arrivants. Il faut se présenter au domicile du chef de quartier avec passeport, contrat de location et facture d’eau ou d’électricité au nom du demandeur, payer 200 à 500 FCFA, puis se rendre à la Mairie la plus proche pour obtenir le certificat tamponné, contre 200 FCFA supplémentaires. Le rituel est court mais demande une demi-journée la première fois.
Coûts et caution de rapatriement
Deux postes financiers ouvrent le dossier. Un timbre fiscal de 15 000 FCFA (environ 23 €) acquis au Trésor public sénégalais, et une caution de rapatriement de 75 000 FCFA pour les Français (environ 115 €), versée à la Caisse de Dépôts et Consignations située sur la VDN. La caution est intégralement récupérable au moment du départ définitif du Sénégal, sur présentation du reçu original. Conserver précieusement ce reçu : sans lui, pas de remboursement.
Les délais réels
Sur le papier, c’est rapide. En pratique, beaucoup moins. Le récépissé de dépôt de dossier est remis soit immédiatement, soit dans un délai de 15 à 30 jours. Il est valable 6 mois et prolongeable autant de fois que nécessaire. La carte physique, elle, prend actuellement entre 12 et 18 mois à être produite, en raison de goulets d’étranglement administratifs documentés à la DPETV. Pendant cette période, le récépissé tient lieu de titre de séjour valide pour toutes les démarches courantes (banque, location, assurance santé, factures).
| Étape | Pièce ou action | Coût ou délai |
|---|---|---|
| Préparation en France | Extrait de naissance moins de 6 mois, casier judiciaire moins de 3 mois | Gratuit, délai postal 1 à 2 semaines |
| Entrée au Sénégal | Passeport en cours de validité | Sans visa, séjour 90 jours |
| Logement et résidence | Bail signé, certificat de résidence chef de quartier puis Mairie | 400 à 700 FCFA, demi-journée |
| Certificat médical | Consultation chez médecin établi au Sénégal | 30 à 50 € |
| Caution et timbre | Caution de rapatriement à la Caisse de Dépôts, timbre fiscal au Trésor | 75 000 FCFA + 15 000 FCFA |
| Dépôt à la DPETV | Dossier complet à Dakar, Allée Sérigne Ababacar Sy à Dieuppeul | Avant le 90e jour suivant l’arrivée |
| Récépissé | Document de séjour temporaire | Valable 6 mois, prolongeable |
| Carte physique | Carte d’identité d’étranger 5 ans | Délai de production 12 à 18 mois |
En parallèle de la procédure sénégalaise, l’inscription au registre consulaire du Consulat général de France à Dakar est vivement conseillée. Elle est gratuite, dématérialisée sur service-public.fr, et donne accès à la carte consulaire, aux services de protection consulaire en cas de problème, et au visa consulaire pour les pièces à transmettre aux administrations françaises.
Le permis de conduire et l’animal de compagnie
Un accord d’échange réciproque entre la France et le Sénégal permet aux Français résidents d’échanger leur permis français contre un permis sénégalais sans passer d’examen. La démarche se fait à la Direction des Transports Terrestres à Dakar, sur présentation du permis original, du passeport, de la CIE ou du récépissé, et d’un certificat médical d’aptitude à la conduite.
L’importation d’un chien, chat ou furet est soumise à identification électronique, vaccination antirabique de moins de six mois, certificat sanitaire établi par un vétérinaire moins de 72 heures avant le départ, et validation des documents par un vétérinaire officiel moins de 2 jours avant le décollage. Le retraité qui veut emmener son animal anticipe la procédure deux mois avant le départ.
À retenir : la procédure CIE est rodée mais lente. Compter une fenêtre de 90 jours pour le dépôt et 12 à 18 mois pour la carte physique, durant lesquels le récépissé reste pleinement valide.
Source officielle : Consulat général de France à Dakar, Carte d’identité d’étranger au Sénégal.
Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Sénégal ?
La convention fiscale franco-sénégalaise du 29 mars 1974, modifiée par les avenants du 16 juillet 1984 et du 10 janvier 1991 puis par la Convention multilatérale BEPS attribue le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire. Le Code général des impôts sénégalais accorde ensuite un abattement de 80 % sur l’assiette, sous deux conditions cumulatives : résidence fiscale sénégalaise effective et virement de la pension sur un compte en francs CFA local.
La distinction entre les deux niveaux de règles compte. Beaucoup de sites présentent l’abattement comme une faveur de la convention. C’est inexact. La convention internationale dit qui a le droit d’imposer ; le droit interne de chaque pays dit comment il impose. Au Sénégal, le droit d’imposer attribué par la convention est exercé via le Code général des impôts, qui prévoit l’abattement. Si le Sénégal modifiait demain son CGI par loi de finances, l’abattement pourrait disparaître sans que la France ait son mot à dire.
Les textes de référence
La convention fiscale a été signée à Paris le 29 mars 1974, approuvée par la loi n° 75-1181 du 19 décembre 1975, publiée par le décret n° 76-1072 du 17 novembre 1976, entrée en vigueur le 24 avril 1976. Elle a connu deux avenants. Le premier, signé à Dakar le 16 juillet 1984, approuvé par la loi n° 85-639 du 27 juin 1985, publié par le décret n° 86-239 du 19 février 1986, entré en vigueur le 1er janvier 1986. Le second, signé à Dakar le 10 janvier 1991, approuvé par la loi n° 91-1393 du 31 décembre 1991, publié par le décret n° 93-253 du 23 février 1993.
La Convention multilatérale BEPS pour la mise en œuvre des mesures relatives aux conventions fiscales pour prévenir l’érosion de la base d’imposition a été signée par la France et par le Sénégal le 7 juin 2017. Les modifications qu’elle apporte à la convention bilatérale sont effectives côté Sénégal après les notifications déposées en mai 2022.
Les critères de résidence fiscale
L’article 2 de la convention fixe les critères qui s’appliquent quand une personne pourrait être considérée comme résidente des deux pays. La règle est en cascade. Foyer d’habitation permanent en premier. Centre des intérêts vitaux ensuite, c’est-à-dire l’endroit où se trouvent la famille, le patrimoine et les liens économiques principaux. À défaut, lieu de séjour habituel. À défaut encore, nationalité. Et si toutes les étapes échouent, accord amiable entre les deux administrations fiscales.
Ces critères paraissent simples sur le papier. Dans les dossiers concrets, ce sont des semaines de négociation. Un retraité qui garde un appartement à Bordeaux et une villa à Saly, qui passe sept mois au Sénégal et cinq en France, qui a ses enfants en France et son médecin à Dakar, ne tranche pas sa résidence fiscale en lisant un article de blog. Il la documente, factures à l’appui, ou il se la fait imposer en cas de contrôle.
Trois pensions, deux régimes fiscaux
L’article 16 de la convention traite des pensions et rémunérations similaires. Il pose le principe central.
Les pensions et rémunérations similaires versées à un résident d’un État contractant ne sont imposables que dans cet État.
Pour un retraité français devenu résident fiscal sénégalais, la pension du régime général Carsat et la pension complémentaire Agirc-Arrco basculent toutes les deux sous l’imposition sénégalaise. La distinction entre pension de sécurité sociale et pension privée, qui existe dans la convention franco-mauricienne, n’est pas reprise telle quelle dans la convention franco-sénégalaise. C’est un point de différenciation important entre les deux destinations.
L’article 17 vise les rémunérations et pensions publiques. Elles restent imposables dans l’État qui les paie. Une pension de fonctionnaire d’État, de militaire, de magistrat, d’enseignant du public ou d’agent civil de collectivité territoriale française reste donc imposée en France, même si le retraité vit au Sénégal. La règle est la même que dans la plupart des conventions fiscales OCDE.
Le mécanisme interne sénégalais et l’abattement de 80 %
Une fois le droit d’imposer attribué au Sénégal, le Code général des impôts sénégalais entre en jeu. Il prévoit que les pensions de retraite versées de l’étranger à un résident fiscal sénégalais bénéficient d’un abattement de 80 % sur leur assiette imposable. Sur 100 € de pension brute, seuls 20 € constituent la base soumise à l’impôt.
Deux conditions cumulatives doivent être remplies. La première, être résident fiscal sénégalais au sens du droit interne, c’est-à-dire disposer d’un foyer permanent au Sénégal ou y séjourner plus de 183 jours par année civile. La seconde, faire virer la pension sur un compte bancaire libellé en francs CFA ouvert au Sénégal en qualité de résident fiscal sénégalais. Un compte EUR ouvert à Dakar ne suffit pas. Un compte FCFA conservé pendant un séjour antérieur sans statut de résident ne suffit pas non plus.
Le retraité doit joindre chaque année à sa déclaration d’impôts sénégalaise une attestation de versement et de conversion en francs CFA délivrée par sa banque sénégalaise. Ce document atteste que la pension a été créditée sur le compte FCFA local au cours de l’année fiscale, soit du 1er janvier au 31 décembre. La déclaration est à déposer auprès de la Direction Générale des Impôts et Domaines, administration fiscale sénégalaise avant le 1er mars de chaque année.
Le barème IRPP sénégalais
L’abattement réduit la base imposable. Le barème progressif réduit ensuite le taux moyen, mais peut aussi le faire grimper rapidement pour les pensions élevées. Les tranches actuelles sont les suivantes : 0 % jusqu’à 630 000 FCFA annuels (environ 960 €), 20 % jusqu’à 1 500 000 FCFA (2 287 €), 30 % jusqu’à 4 000 000 FCFA (6 098 €), 35 % jusqu’à 8 000 000 FCFA (12 196 €), 37 % jusqu’à 13 500 000 FCFA (20 581 €), 40 % au-delà.
| Pension brute annuelle | Base imposable après abattement | IRPP sénégalais dû | Taux effectif sur pension brute |
|---|---|---|---|
| 18 000 € | 3 600 € | environ 660 € | 3,7 % |
| 24 000 € | 4 800 € | environ 1 020 € | 4,3 % |
| 36 000 € | 7 200 € | environ 1 860 € | 5,2 % |
| 60 000 € | 12 000 € | environ 3 935 € | 6,6 % |
| 96 000 € | 19 200 € | environ 6 905 € | 7,2 % |
Le calcul reste favorable jusqu’à des pensions confortables. Un ancien cadre du privé qui s’installe au Sénégal et y devient résident fiscal au sens de l’article 2, avec une pension Carsat de 1 500 €/mois et une complémentaire Agirc-Arrco de 800 €/mois, déclare 27 600 € par an. Sa base imposable après abattement tombe à 5 520 €. L’IRPP sénégalais dû tourne autour de 1 200 €/an, soit un taux effectif de 4,3 % sur la pension brute. Côté français, l’impôt sur le même montant, avant abattement de 10 % et au premier euro imposable, aurait représenté 2 500 à 3 000 €/an pour un célibataire.
Le piège des pensions élevées
Au-delà de 6 000 à 7 000 € de pension mensuelle, le calcul change de sens. Le barème IRPP à taux marginal 37-40 % combiné à un abattement qui ne couvre que 80 % de l’assiette aboutit à un impôt sénégalais qui se rapproche, voire dépasse, l’impôt français. Une question parlementaire publiée au JO Sénat du 16 février 2006 par le sénateur représentant les Français de l’étranger évoquait des cas de retraités français résidant au Sénégal qui payaient « trois fois plus d’impôts qu’en France ».
La donnée est ancienne mais le mécanisme reste valide. Pour un dossier à forte pension, la simulation est obligatoire avant tout transfert de résidence fiscale, idéalement avec un avocat fiscaliste qui maîtrise la convention de 1974 et le Code général des impôts sénégalais. Un conseiller en gestion de patrimoine généraliste fera un Plan d’Épargne Retraite. Ce n’est pas le même métier.
La fiscalité interne à connaître côté sénégalais
Le Sénégal n’applique pas d’impôt sur la fortune immobilière. Il n’a pas non plus l’équivalent d’un impôt français sur les dividendes ou plus-values des résidents fiscaux étrangers, au-delà des règles conventionnelles. Les successions et donations sont régies par la convention fiscale dans son chapitre dédié, avec exonération réciproque pour les legs entre les deux États.
Côté français, le retraité qui conserve une résidence fiscale française doit déclarer chaque année son compte bancaire sénégalais à l’administration fiscale française. Article 1649 A du Code général des impôts, formulaire n° 3916, joint à la déclaration annuelle de revenus. L’amende pour défaut de déclaration est de 1 500 € par compte non déclaré. Une fois résident fiscal sénégalais, l’obligation française cesse, mais elle est remplacée par la déclaration sénégalaise auprès de la DGID.
Source officielle : commentaire de la convention sur le BOFIP ; décret n° 93-253 du 23 février 1993 sur Légifrance ; question parlementaire JO Sénat du 16 février 2006.
Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Sénégal ?
La pension de retraite française est versée dans plus de 180 pays, dont le Sénégal, sans condition de résidence. Le retraité doit signaler son changement d’adresse à sa caisse, retourner annuellement le certificat de vie demandé par sa caisse, et accepter que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées tant qu’il vit hors de France.
La règle générale tient en deux idées. D’une part, la qualité de pensionné français ouvre un droit qui ne tombe pas avec le déménagement. D’autre part, certaines prestations dites de solidarité sont strictement liées à une résidence en France et ne suivent pas le retraité à l’étranger.
Signaler son départ aux caisses
Le retraité doit informer chaque caisse à laquelle il est rattaché : Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires du privé, Service des Retraites de l’État pour la fonction publique d’État, CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière, MSA pour les agriculteurs, régimes spéciaux le cas échéant. Le signalement comprend la nouvelle adresse, les nouvelles coordonnées bancaires (compte sénégalais en FCFA ou compte français conservé), et la date prévisionnelle de départ.
L’Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal, qui gère le régime national d’assurance vieillesse sénégalais et sert d’intermédiaire pour transmettre à la France les demandes de retraite des Français résidents au Sénégal, peut aussi être contactée comme guichet de proximité. Adresse : 22 avenue Léopold Sédar Senghor, BP 161-1824 Dakar. Cette voie n’est pas obligatoire, le retraité peut s’adresser directement à sa Carsat depuis le Sénégal via son espace personnel sur info-retraite.fr.
Le certificat de vie
Le certificat de vie est un document que le pensionné français résidant à l’étranger doit retourner annuellement à sa caisse de retraite pour justifier de son existence et maintenir le versement de sa pension. Depuis 2019, le formulaire est unique pour tous les régimes français. Il s’envoie une fois par an, accessible via l’espace personnel sur info-retraite.fr ou par voie postale. Il doit être complété par le Consulat général de France à Dakar ou par un consul honoraire.
La conséquence d’un retard est immédiate. La caisse suspend le versement de la pension, après une relance laissée à sa main. Les versements reprennent dès réception du certificat valide, avec rattrapage des mois suspendus. C’est le piège qui fait le plus de dégâts dans la trésorerie d’un retraité expatrié. Pour un couple dont la pension couvre l’intégralité des charges courantes, deux ou trois mois sans rentrée sont sportifs à passer.
L’ASPA, l’ASI, et les prélèvements sociaux
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Un déménagement au Sénégal entraîne la suspension du paiement, sans dégradation des autres droits. Pour les retraités dont l’ASPA représente une part importante des revenus, le projet d’expatriation doit être recalibré avant le départ.
En revanche, si la résidence fiscale n’est plus en France, le retraité est exonéré de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et de la contribution de solidarité pour l’autonomie sur sa pension. La caisse a besoin d’un certificat de résidence fiscale étrangère pour stopper le prélèvement à la source. Une cotisation d’assurance maladie peut, selon le régime et la situation, continuer d’être prélevée sur la pension. La règle est appréciée caisse par caisse.
Le compte bancaire sénégalais et les transferts d’argent
L’ouverture d’un compte sénégalais se fait à l’arrivée, après obtention du récépissé CIE. Les banques de référence : SGBS (Société Générale Sénégal), CBAO (Compagnie Bancaire de l’Afrique Occidentale, groupe Attijariwafa Bank), Ecobank, BHS (Banque de l’Habitat du Sénégal), BIS (Banque Islamique du Sénégal). Possibilité de comptes en FCFA, EUR, parfois USD. Le compte FCFA est obligatoire pour bénéficier de l’abattement de 80 %.
Le franc CFA UEMOA est en parité fixe avec l’euro à 1 EUR = 655,957 FCFA depuis le 1er janvier 1999, parité garantie par le Trésor français dans le cadre de l’accord de coopération monétaire UEMOA-France révisé en décembre 2019. La conséquence est nette : le retraité ne supporte aucun risque de change sur sa pension transférée. C’est un atout qu’on mesure mieux après quelques années passées dans un pays à monnaie flottante, où la dévaluation lente grignote 10 à 20 % de pouvoir d’achat sur une décennie.
| Solution | Frais sur 1 800 € | Délai | Avantage principal |
|---|---|---|---|
| Wise (fintech) | 9 à 36 € | 1 à 24 h | Frais les plus bas |
| Remitly | 18 à 36 € | Instantané à 24 h | Application mobile fluide |
| Virement SEPA international | 20 à 40 € fixes | 2 à 5 jours | Sécurité bancaire historique |
| Western Union agence | 72 à 126 € | Immédiat | Espèces accessibles |
| Carte bancaire française au DAB sénégalais | 2 à 4 % + frais retrait | Immédiat | Dépannage urgence uniquement |
Sur dix ans de transferts mensuels de 1 800 €, le différentiel entre Wise et Western Union dépasse les 10 000 €. C’est le poste sur lequel l’écart entre les retraités préparés et les autres se voit le plus nettement.
Source officielle : L’Assurance retraite, démarches quand on vit à l’étranger ; Direction Générale du Trésor, principes de fonctionnement de la zone franc.
Quelle couverture santé prévoir entre Sénégal et France pour un retraité ?
La convention de sécurité sociale franco-sénégalaise ne prévoit aucun remboursement des soins reçus au Sénégal au titre de la retraite française. Une adhésion à la Caisse des Français de l’Étranger ou une assurance privée internationale est nécessaire. Le CNAREFE peut compléter le dispositif pour les soins reçus en France lors de séjours temporaires.
Cette absence de couverture est posée explicitement par l’Ambassade de France au Sénégal sur sa page consacrée à la retraite et à la couverture maladie.
La Convention de sécurité sociale entre la France et le Sénégal ne prévoit pas de disposition vous permettant de bénéficier du remboursement des soins reçus au Sénégal au titre de votre retraite française.
La convention bilatérale existe pourtant, et elle est utile pour les actifs : totalisation des périodes d’assurance pour le calcul des droits à pension, prestations d’assurance maladie pour les salariés détachés, prestations familiales pour les enfants restés en France de salariés au Sénégal. Mais pour un retraité installé sur place, le tableau est simple : tout soin reçu au Sénégal est intégralement à sa charge, sauf à être couvert par une assurance dédiée.
Le système de santé sénégalais
L’écart entre public et privé est marqué. Le système public est sous-doté, surtout hors de Dakar, avec des files d’attente longues et un équipement parfois daté. Le système privé est plus rassurant à Dakar et sur la Petite Côte, avec des cliniques modernes et des praticiens souvent formés en France ou en Belgique. À Dakar, les références incluent l’Hôpital Principal de Dakar (mixte civilo-militaire), la Clinique du Cap, la Clinique de la Madeleine, l’Hôpital Aristide Le Dantec, l’Hôpital Fann.
Les tarifs du privé donnent une idée du budget santé hors couverture. Une consultation chez un généraliste : 15 000 à 25 000 FCFA, soit 23 à 38 €. Une consultation chez un spécialiste : 25 000 à 50 000 FCFA, soit 38 à 76 €. Une journée d’hospitalisation : 50 000 à 150 000 FCFA, soit 76 à 230 €. Pour un retraité de 70 ans, sans couverture, le poste santé peut absorber 2 000 à 5 000 € par an en consommation médicale courante, hors imprévu.
Le CNAREFE pour les soins reçus en France
Le CNAREFE, Centre National des Retraités de France à l’Étranger, service de l’Assurance maladie créé le 1er janvier 2014 et géré par la CPAM de Seine-et-Marne, rembourse les soins reçus en France lors de séjours temporaires. Le fondement du droit est l’article L. 160-3 du Code de la sécurité sociale.
La qualité de pensionné français ouvre un droit permanent à l’assurance maladie en France, sans condition de résidence.
Le périmètre est strict. Soins reçus en France uniquement, lors d’un séjour temporaire. Aucune prise en charge d’un acte médical reçu sur le sol sénégalais. Les conditions d’accès sont cumulatives. Il faut être titulaire d’une rente ou d’une pension de retraite du régime général ou d’un régime spécial intégré au régime général. Il faut résider hors de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse, ce qui est le cas du Sénégal. Il faut avoir cotisé au moins quinze ans à un ou plusieurs régimes de base de la sécurité sociale française, depuis le 1er juillet 2019, en application de l’article 52 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019. Et il ne faut pas être adhérent à la Caisse des Français de l’Étranger.
L’inscription est dématérialisée sur ameli-rfe.fr. Une carte Vitale est délivrée. Les remboursements sont versés sur le compte bancaire en France ou à l’étranger, au choix du retraité.
La CFE pour les soins reçus au Sénégal
La Caisse des Français de l’Étranger, organisme de sécurité sociale de droit privé proposant aux Français résidant hors de France une couverture maladie volontaire valable en France comme dans le pays de résidence, est l’autre option. Adhésion volontaire et payante, cotisation forfaitaire selon l’âge et la composition familiale. Pour un retraité de 65-75 ans, la cotisation tourne autour de 250 à 350 €/mois en individuel, 450 à 600 €/mois pour un couple.
L’arbitrage entre CNAREFE et CFE dépend du profil. Un retraité qui prévoit de revenir régulièrement en France pour les soins lourds gagne avec le CNAREFE seul, complété par une assurance privée pour les imprévus au Sénégal. Un retraité qui veut vivre toute sa santé sur place et ne revient en France qu’épisodiquement trouve son compte avec la CFE, qui couvre les deux pays. Les deux dispositifs ne se cumulent pas.
L’assurance privée internationale et le rapatriement
Acteurs principaux : April International, Allianz Care, Cigna Global, MSH International, Henner. Les tarifs varient selon l’âge, l’état de santé déclaré, le plafond annuel de remboursement, le périmètre géographique couvert (avec ou sans rapatriement Europe), et la prise en charge des soins dentaires et optiques. Pour un couple 65-70 ans, compter 400 à 800 €/mois selon le niveau choisi.
Le rapatriement sanitaire est le poste critique. Pour une pathologie lourde, la prise en charge à Paris ou en région reste la référence pour la qualité de soins. Le coût d’un rapatriement médicalisé Dakar-Paris se situe entre 25 000 et 60 000 €, jusqu’à 80 000 € pour les cas sous assistance respiratoire. Toutes les assurances internationales sérieuses incluent ce poste, mais le plafond varie. À vérifier ligne par ligne avant de signer.
| Solution | Soins remboursés en France | Soins remboursés au Sénégal | Cotisation mensuelle (couple 65-75 ans) | Cumul possible |
|---|---|---|---|---|
| Sécurité sociale française seule | Oui en séjour temporaire | Non | Néant | Sans objet |
| CNAREFE | Oui en séjour temporaire | Non | Néant (sous conditions) | Pas avec CFE |
| CFE | Oui | Oui (selon prestation) | 450 à 600 € | Pas avec CNAREFE |
| Assurance privée internationale | Oui (selon contrat) | Oui (selon contrat) | 400 à 800 € | Possible avec CNAREFE |
| Combinaison CNAREFE + assurance privée | Oui | Oui | Selon assurance | Configuration souvent optimale |
Avant de partir, les vaccinations et la prophylaxie
Les vaccinations recommandées avant un départ pour le Sénégal incluent la mise à jour du DTP-coqueluche, l’hépatite A et B, la fièvre typhoïde, la méningite, et la rage selon la zone de résidence et la fréquence des contacts avec les animaux. La prophylaxie antipaludique est recommandée selon la région et la saison. Le Sénégal est classé en zone B, à risque modéré. L’Institut Pasteur de Paris actualise ses recommandations chaque année et constitue la référence française pour les voyageurs.
Source officielle : Ameli, retraite à l’étranger ; Cleiss, régime de sécurité sociale du Sénégal ; Ambassade de France au Sénégal, retraite et couverture maladie.
Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Sénégal ?
Un retraité célibataire vit confortablement au Sénégal avec 1 200 à 1 500 € par mois en mode adapté, 1 800 à 2 200 € en standing européen. Un couple prévoit 1 800 à 2 200 € en mode adapté, 2 500 à 3 200 € en standing européen. Le poste logement absorbe 35 à 40 % de l’enveloppe selon Numbeo et l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie du Sénégal.
L’économie globale par rapport à la France se situe entre 22 % en moyenne selon Numbeo et 33 % selon les données reprises par Le Petit Journal Dakar. L’écart entre les sources tient au mix produits retenu : un panier essentiellement local fait monter l’économie, un panier reproduisant la consommation française la fait descendre.
Le poste logement, à arbitrer ville par ville
À Dakar, l’écart entre quartiers est très marqué. Aux Almadies, sur le Plateau, à Fann Résidence, un appartement deux ou trois pièces de standing coûte 600 à 1 500 € par mois. À Mermoz, Sacré-Cœur, Liberté 6 ou Ngor, on tombe à 350 à 700 €. À Sicap Liberté, dans la Médina, à Yoff hors front de mer, les loyers descendent à 250 à 450 €. Dans la banlieue dakaroise (Parcelles Assainies, Guédiawaye, Pikine), on trouve à 150 à 300 €, mais ces quartiers sont déconseillés pour un retraité primo-arrivant qui ne connaît pas la ville.
Sur la Petite Côte, le marché est tourné vers les expatriés et les retraités français. Saly Portudal, Mbour, Somone, Ngaparou, Nianing, Pointe Sarène concentrent l’essentiel des programmes en location longue durée. Une villa trois chambres avec jardin et piscine en résidence sécurisée se loue 400 à 700 €/mois. C’est le rapport qualité-prix que beaucoup de retraités français viennent chercher.
Dans les régions plus excentrées (Saint-Louis au nord, Toubab Dialaw entre Dakar et Saly, Cap Skirring en Casamance), les loyers tombent à 200 à 400 €/mois pour des villas correctes, mais les services associés (santé spécialisée, commerces, transports) sont nettement réduits.
Les charges et l’énergie, à toujours vérifier au bail
L’électricité Senelec est rarement incluse dans le loyer à Dakar (compteur individuel), eau SDE souvent forfaitaire. Compter 50 à 200 €/mois selon l’usage de la climatisation, qui est le poste le plus consommateur dans un climat tropical. Une villa avec climatisation centrale tournant six heures par jour en saison chaude peut faire grimper la facture Senelec à 250 €/mois, surtout en juin-septembre.
Le gardiennage privé est courant pour les villas, environ 50 à 100 €/mois pour un agent posté en journée, 100 à 200 €/mois pour une présence 24 heures sur 24. Beaucoup de programmes immobiliers de la Petite Côte mutualisent ce coût en charges de copropriété.
L’alimentation, où se fait l’arbitrage local-importé
C’est le poste où le mode de vie pèse le plus. Sur les marchés locaux (Tilène, Kermel, Sandaga, port de Soumbedioune pour le poisson frais), un couple dépense 150 à 200 €/mois pour les fruits, légumes, viande et poisson frais. Les supermarchés Auchan, Casino ou Carrefour Express, qui importent des produits français, ajoutent 150 à 300 €/mois selon les habitudes. Un foyer qui maintient un panier alimentaire 100 % français au Sénégal n’économise rien et peut dépenser plus qu’en France à cause des taxes douanières et des marges de la distribution importatrice.
Les restaurants offrent une fourchette large. Un restaurant local sénégalais : 8 000 à 15 000 FCFA par couvert, soit 12 à 23 €. Un restaurant international à Dakar Almadies : 15 000 à 30 000 FCFA, soit 23 à 46 €. Sur la Petite Côte, les restaurants de plage tournent dans la fourchette intermédiaire.
Les transports et la mobilité quotidienne
Le taxi reste le mode de déplacement le plus courant à Dakar. Une course en ville coûte 1 500 à 3 000 FCFA, soit 2,30 à 4,60 €. À négocier avant de monter (le compteur n’est pas la pratique courante). Pour un retraité sans voiture, compter 80 à 150 €/mois en taxis réguliers.
Le BRT électrique (Bus Rapid Transit) inauguré en 2024 traverse Dakar du Petersen aux Parcelles Assainies. Un abonnement mensuel coûte environ 22 000 FCFA, soit 33 €. C’est l’option la plus économique pour qui habite sur l’axe.
Pour ceux qui choisissent le véhicule personnel, l’essence coûte autour de 980 FCFA le litre, soit environ 30 % de plus qu’en France. L’assurance auto annuelle se situe entre 100 000 et 300 000 FCFA, soit 150 à 460 €. L’achat d’une voiture d’occasion locale, plutôt que l’importation depuis la France, est l’arbitrage généralement retenu : pas de frais de douane, normes locales, revente plus simple.
| Poste de dépense | Célibataire vie adaptée | Célibataire standing européen | Couple vie adaptée | Couple standing européen |
|---|---|---|---|---|
| Logement | 350 – 500 € | 600 – 900 € | 400 – 600 € | 700 – 1 200 € |
| Alimentation | 150 – 200 € | 250 – 350 € | 250 – 350 € | 400 – 550 € |
| Transports | 50 – 80 € | 150 – 250 € | 80 – 120 € | 200 – 300 € |
| Énergie (Senelec, eau) | 50 – 100 € | 100 – 200 € | 80 – 120 € | 150 – 300 € |
| Santé (CFE ou privé) | 150 – 250 € | 250 – 500 € | 250 – 400 € | 500 – 800 € |
| Loisirs et restaurants | 50 – 100 € | 150 – 300 € | 100 – 200 € | 250 – 450 € |
| Communications | 30 – 50 € | 50 – 80 € | 30 – 50 € | 50 – 80 € |
| Divers et imprévus | 100 – 150 € | 150 – 300 € | 150 – 250 € | 250 – 400 € |
| TOTAL | 1 200 – 1 500 € | 1 800 – 2 200 € | 1 800 – 2 200 € | 2 500 – 3 200 € |
Un couple de retraités du privé, 65 et 63 ans, deux pensions cumulées de 2 400 € nets mensuels, qui s’installe à Saly dans une villa trois chambres avec jardinet à 550 €/mois charges incluses, dépense en routine : alimentation 400 € en mix marché et supermarché, voiture d’occasion locale 1 500 € à l’achat puis 200 €/mois en essence et entretien, CFE couple 480 €/mois, restaurants et sorties 200 €/mois, divers 150 €/mois. Total dépenses 1 980 €/mois, marge mensuelle de 420 € pour les voyages et les imprévus. C’est ce niveau de granularité qu’il faut établir avant de signer un bail à Saly ou Dakar.
Une réserve de sécurité de 10 à 15 % du budget mensuel reste à prévoir pour les imprévus : équipement à remplacer, retour France famille en urgence, dépassement médical. Sur 2 000 € de dépenses, cela représente 200 à 300 €/mois mis de côté plutôt qu’engagés.
Source officielle : Numbeo Sénégal ; Cleiss, fiche Sénégal.
Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Sénégal ?
Le Sénégal combine un coût de la vie inférieur de 22 à 33 % à celui de la France, une parité fixe euro-FCFA qui neutralise le risque de change, et un abattement de 80 % sur les pensions étrangères sous conditions. En contrepartie, la santé est intégralement à la charge du retraité et les pensions élevées subissent un IRPP progressif jusqu’à 40 %.
Le tableau ci-dessous résume dimension par dimension ce que le Sénégal offre et ce qu’il impose. Chaque ligne correspond à un point que les dossiers concrets soulèvent dès la phase de préparation.
| Dimension | Atout côté Sénégal | Réserve à connaître |
|---|---|---|
| Coût de la vie global | -22 % à -33 % vs France selon Numbeo et ANSD | Produits importés français parfois 50 à 100 % plus chers qu’en France |
| Fiscalité retraités | Abattement de 80 % du Code général des impôts sur les pensions étrangères sous conditions | Barème IRPP progressif jusqu’à 40 %, désavantageux au-delà de 6 000 €/mois |
| Devise | Parité fixe 1 EUR = 655,957 FCFA depuis 1999, garantie Trésor français | Évolution éco prévue à horizon 2027, principe de parité confirmé |
| Langue | Français langue officielle, comprise et parlée largement | Wolof langue d’usage dans certaines démarches courantes |
| Distance et liaison | Vol direct Paris-Dakar de 5 h 30, 5 à 7 vols quotidiens | 4 200 km de la France métropolitaine, pas de département français à proximité |
| Climat | Hiver doux (20-26 °C), saison sèche d’octobre à juin | Saison des pluies juillet-septembre, humidité, moustiques |
| Logement | Loyers 50 à 70 % moins chers qu’en France à standing comparable | Marché tendu à Dakar, achat aux non-Sénégalais juridiquement risqué |
| Système de santé | Cliniques privées correctes à Dakar et Saly, praticiens souvent formés en France | Aucune prise en charge par la sécurité sociale française au titre de la retraite |
| Statut juridique | Carte d’identité d’étranger 5 ans renouvelable indéfiniment | Délai de production de la carte physique de 12 à 18 mois |
| Bancarisation | Banques françaises présentes (SGBS), services courants accessibles | Frais bancaires sénégalais plus élevés qu’en France |
| Communauté française | Environ 25 000 Français inscrits au registre consulaire à Dakar | Communauté de retraités plus restreinte que dans d’autres destinations |
Le décalage horaire ajoute un détail qui paraît anodin et qui ne l’est pas dans les démarches administratives. Le Sénégal est à GMT toute l’année, soit une heure de moins que la France en hiver, deux heures de moins en été. Pour appeler la Carsat ou un notaire en France depuis Dakar, le créneau utile commence en milieu de matinée locale. Léger mais opérant.
Un couple de retraités du privé, 64 et 62 ans, deux pensions cumulées de 2 800 € nets par mois, illustre l’arbitrage. Côté Sénégal, le transfert mensuel est intégralement crédité en FCFA sans risque de change, l’abattement de 80 % combiné au barème IRPP donne un impôt sénégalais de l’ordre de 1 200 €/an (taux effectif 3,6 %), le coût de la vie absorbe 2 000 €/mois en standing intermédiaire à Saly, dégageant une marge mensuelle de 800 €. Côté France, le couple doit organiser sa couverture santé (CFE ou assurance privée), accepter d’être à 4 200 km de la métropole, et déclarer son nouveau statut fiscal aux deux administrations.
Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Sénégal ?
Quatre erreurs reviennent régulièrement chez les retraités français qui s’installent au Sénégal : ne pas remplir les conditions de l’abattement de 80 %, sous-estimer la couverture santé, négliger les frais de transfert d’argent, et ne pas anticiper l’IRPP progressif sur les pensions élevées. Chacune se prépare avant le départ, pas après.
Ne pas réunir les deux conditions de l’abattement de 80 %. Il faut être résident fiscal sénégalais (foyer permanent ou plus de 183 jours par an) ET virer la pension sur un compte bancaire libellé en francs CFA ouvert au Sénégal. Si la pension reste virée sur un compte EUR, même au Sénégal, ou si le retraité conserve une résidence fiscale française, l’abattement n’est pas accordé. La pension est alors imposée à 100 % au Sénégal, et l’IRPP progressif à 30-40 % sur cette assiette pleine peut être brutal.
Sous-estimer la santé. Un retraité qui part sans CFE ni assurance privée se retrouve à payer en cash 30 à 76 € par consultation, 76 à 230 € par journée d’hospitalisation, et 25 000 à 60 000 € pour un rapatriement sanitaire. Sur l’année, l’écart avec une couverture organisée tourne facilement à 5 000 ou 10 000 €. C’est l’erreur la plus coûteuse en valeur absolue, parce qu’un seul incident médical sérieux peut basculer le projet.
Surestimer les économies sur les produits importés français. Vins, fromages, charcuterie, certaines marques de cosmétiques sont 50 à 100 % plus chers qu’en France à cause des taxes douanières et des marges de la grande distribution importatrice. Un retraité qui maintient un panier alimentaire 100 % français au Sénégal n’économise rien et peut même dépenser plus qu’en France. L’économie réelle suppose une partie de consommation locale : marchés Tilène, Kermel, Sandaga, poisson au port de Soumbedioune, fruits tropicaux, viande locale.
Choisir les mauvais canaux de transfert. Western Union à 4-7 % de frais sur des transferts mensuels coûte plusieurs milliers d’euros par décennie de plus que Wise à 0,5-2 %. Pour un transfert mensuel de 2 000 €, le différentiel peut atteindre 10 000 € sur 10 ans. Le sujet paraît marginal mois après mois ; cumulé, il représente une année entière de loyer à Saly.
Ne pas anticiper l’IRPP progressif sur les pensions élevées. Pour les retraités à pension supérieure à 5 000 €/mois, le barème IRPP sénégalais à taux marginal 37-40 % combiné à un abattement qui ne couvre que 80 % de l’assiette peut produire un impôt sénégalais comparable ou supérieur à l’impôt français. Une simulation chiffrée doit être faite avant tout transfert de résidence fiscale, idéalement avec un avocat fiscaliste qui connaît la convention de 1974 et le Code général des impôts sénégalais. Pour un cas un peu complexe, un fiscaliste spécialisé fait gagner plus qu’il ne coûte.
Ne pas déclarer le compte sénégalais à l’administration française. L’article 1649 A du Code général des impôts impose à tout résident fiscal français de déclarer chaque année les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger, via le formulaire n° 3916 joint à la déclaration annuelle de revenus. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré. L’administration française détecte aujourd’hui ces comptes via l’échange automatique d’informations bancaires, dans le cadre du Common Reporting Standard de l’OCDE.
Oublier le certificat de vie. J’y reviens parce que c’est le piège qui fait le plus de dégâts financiers en pratique. La pension est suspendue si le formulaire n’arrive pas à temps. La régularisation est possible, le rattrapage est intégral, mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée. Le formulaire doit être complété par le Consulat général de France à Dakar ou par un consul honoraire et retourné à la caisse française dans les trois mois.
Acheter un bien immobilier comme premier réflexe. Le marché sénégalais est opaque, les arnaques sur les titres de propriété sont documentées, et la majorité des retraités français au Sénégal sont locataires. La règle prudente : louer pendant 12 à 24 mois minimum avant d’envisager un achat, le temps de connaître les quartiers, les prix réels et les bonnes adresses. Un projet d’acquisition mal préparé peut se solder par un titre de propriété contesté et une perte sèche du capital engagé.
À retenir : les huit pièges ci-dessus ne se réparent jamais aussi bien qu’ils s’évitent. La phase de préparation à mener avant le départ dure entre douze et dix-huit mois. Y compresser les démarches finit toujours par coûter plus que d’y consacrer un peu de temps.
FAQ
Faut-il un visa pour s’installer en retraite au Sénégal ?
Non pour les Français. L’entrée au Sénégal pour un séjour de moins de 3 mois est libre avec un passeport en cours de validité, sans visa préalable. Au-delà de 90 jours, la carte d’identité d’étranger devient obligatoire. Le dossier doit être déposé auprès de la Direction de la Police des Étrangers et des Titres de Voyage à Dakar avant l’expiration de ce délai.
Combien de temps faut-il pour obtenir sa carte d’identité d’étranger au Sénégal ?
Le récépissé de dépôt de dossier est remis immédiatement ou sous 15 à 30 jours, et il est valable 6 mois renouvelables. La carte physique prend en revanche entre 12 et 18 mois à être produite, en raison de goulets d’étranglement administratifs documentés à la DPETV. Le récépissé tient lieu de titre de séjour valide pendant cette période.
Peut-on bénéficier de l’abattement de 80 % en gardant sa résidence fiscale en France ?
Non. L’abattement est conditionné cumulativement à la résidence fiscale sénégalaise (foyer permanent ou plus de 183 jours par an au Sénégal) ET au virement de la pension sur un compte libellé en francs CFA ouvert au Sénégal en qualité de résident fiscal sénégalais. Sans ces deux conditions réunies, la pension est intégralement imposable, soit en France si la résidence fiscale française est conservée, soit au Sénégal sans abattement.
Le franc CFA va-t-il vraiment être remplacé par l’éco et est-ce un risque pour mon pouvoir d’achat ?
Le projet de remplacement du franc CFA UEMOA par l’éco est annoncé à horizon 2027. Les autorités UEMOA et la France ont confirmé que la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité par le Trésor français seront maintenues. Aucune dévaluation n’est prévue. Le pouvoir d’achat des retraités français résidents au Sénégal n’est donc pas exposé au passage à l’éco.
La pension de retraite française est-elle versée sans interruption au Sénégal ?
Oui, la pension de retraite française est versée dans plus de 180 pays dont le Sénégal, sans condition de résidence. Le retraité doit signaler son changement d’adresse à sa caisse (Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires du privé, SRE pour la fonction publique d’État) et retourner annuellement le certificat de vie. Sans certificat de vie dans les délais, le versement est suspendu jusqu’à régularisation.
Peut-on continuer à toucher l’ASPA ou l’ASI au Sénégal ?
Non. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Un déménagement au Sénégal entraîne la suspension du paiement, sans dégradation des autres droits à pension.
Comment se faire soigner au Sénégal sans risquer un trou dans le budget ?
La convention de sécurité sociale franco-sénégalaise ne prévoit pas le remboursement des soins reçus au Sénégal au titre de la retraite française. Trois solutions : adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger (250 à 350 € par mois en individuel, 450 à 600 € en couple pour les 65-75 ans), souscrire une assurance privée internationale spécialisée expatriés, ou combiner CNAREFE pour les soins reçus en France (gratuit sous conditions) avec une assurance privée pour les soins au Sénégal et le rapatriement.