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Passer sa retraite au Maroc : le guide complet

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Retraite au Maroc

Prendre sa retraite au Maroc est ouvert à tout Français qui sollicite, dans les 90 jours suivant son arrivée, une carte d’immatriculation valable un an, renouvelable, puis un permis de séjour de dix ans après trois années consécutives de résidence régulière. Le pays combine une convention fiscale qui attribue le droit d’imposer les pensions à l’État de résidence, un abattement de 70 % du Code général des impôts marocain sur les pensions étrangères jusqu’à 168 000 DH par an et de 40 % au-delà, une réduction supplémentaire de 80 % de l’impôt sur le revenu pour les sommes transférées en dirhams non convertibles, et la seule convention de sécurité sociale d’Afrique du Nord qui couvre la maladie au titre de la retraite française.

L’article détaille les démarches, la fiscalité de la convention franco-marocaine du 29 mai 1970, le versement de la pension française via la DSFIPE de Nantes, l’inscription à la CNSS marocaine via le formulaire SE 350-07, le coût de la vie poste par poste, et les pièges à éviter.

Ce qu’il faut retenir :

  • Pour un séjour de moins de 90 jours, les Français n’ont pas besoin de visa. Au-delà, la carte d’immatriculation est obligatoire, valable 1 an renouvelable, à demander auprès du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie du lieu de résidence. Après 3 années consécutives, un permis de séjour de 10 ans peut être demandé.
  • La convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970, modifiée par l’avenant du 18 août 1989, attribue à l’article 17 le droit d’imposer les pensions à l’État de résidence du bénéficiaire (Maroc pour un résident fiscal marocain).
  • Le Code général des impôts marocain accorde un abattement de 70 % sur la part de pension brute jusqu’à 168 000 DH par an et de 40 % sur le surplus. Une réduction supplémentaire de 80 % de l’IR calculé après abattement s’applique sous condition que les sommes soient transférées au Maroc à titre définitif et converties en dirhams non convertibles.
  • L’exonération totale d’IR sur les pensions instaurée par la loi de finances 2025 (50 % en 2025, 100 % en 2026) ne concerne QUE les pensions de base marocaines (CMR, RCAR, CNSS). Les pensions de source étrangère restent soumises au régime ci-dessus.
  • La convention franco-marocaine de sécurité sociale du 22 octobre 2007 (article 16) ouvre aux retraités français résidant au Maroc le droit de bénéficier de la couverture maladie via la CNSS marocaine, sur inscription avec le formulaire SE 350-07 délivré par la DSFIPE de Nantes ou la caisse de retraite débitrice.
  • L’ASPA et l’ASI ne sont pas versées hors de France, leur paiement étant subordonné à une résidence en France (article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale).
  • Le coût de la vie au Maroc pour un retraité français se situe entre 1 000 et 2 200 € par mois selon la ville d’installation, le standing recherché et le mode de consommation, soit 30 à 40 % de moins qu’en France à mode de vie comparable.

Sommaire

  1. Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite au Maroc ?
  2. Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Maroc ?
  3. Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Maroc ?
  4. Quelle couverture santé prévoir entre Maroc et France pour un retraité ?
  5. Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Maroc ?
  6. Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Maroc ?
  7. Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Maroc ?
  8. FAQ

Quelles sont les démarches pour s’installer en retraite au Maroc ?

Pour un séjour de moins de 3 mois, les Français entrent au Maroc sans visa. Au-delà, une carte d’immatriculation valable 1 an renouvelable est obligatoire, à demander auprès du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie du lieu de résidence. Après 3 années consécutives de séjour régulier, un permis de séjour de 10 ans peut être demandé.

Le Maroc fonctionne donc en deux temps. D’abord, une période d’observation de trois ans pendant laquelle le retraité renouvelle son titre chaque année. Ensuite, le statut de long terme, plus stable, qui rapproche le retraité d’une situation de résident permanent. Cette progression a un mérite et un défaut. Le mérite, c’est qu’elle permet aux deux parties (l’administration marocaine et le retraité) de vérifier que l’installation tient. Le défaut, c’est que les trois premières années demandent une vigilance administrative continue qu’on sous-estime souvent au moment du départ.

L’entrée au Maroc et le compteur des 90 jours

Le tampon d’entrée à l’aéroport ou au poste-frontière sert de point de départ pour le compteur des 90 jours. Pas de visa pour la Maroc, pas de formalité préalable, juste un passeport en cours de validité. Pour un projet d’installation, il est de bon sens de prévoir un premier séjour de 4 à 6 semaines de reconnaissance avant le déménagement définitif. Le temps de visiter les quartiers, de négocier un bail, et d’identifier le commissariat ou la brigade dont on dépendra pour le dossier d’immatriculation.

La carte d’immatriculation : pièces et procédure

La demande se fait dans les 15 jours suivant le 90e jour de séjour, au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie du lieu de résidence. Pas auprès du consulat français, contrairement à ce qu’on lit parfois. Le dossier comprend le passeport en cours de validité, un justificatif de domicile au Maroc (contrat de bail, titre de propriété, ou attestation d’hébergement notariée), des justificatifs de moyens de subsistance (attestations de pension, relevés bancaires, avis d’imposition français), des photos d’identité, et selon les autorités locales un certificat médical délivré par un médecin établi au Maroc.

La carte est délivrée pour un an et doit être renouvelée chaque année à la même date pendant les trois premières années. Frais administratifs modestes, généralement quelques centaines de dirhams.

Le permis de séjour 10 ans, la vraie respiration

Au bout de trois années consécutives de séjour régulier sous carte d’immatriculation, le retraité peut demander un permis de séjour valable dix ans, renouvelable. La procédure est plus lourde côté pièces justificatives mais le statut qui en résulte est nettement plus stable. La majorité des retraités français installés depuis longtemps au Maroc opèrent cette bascule dès qu’ils en ont la possibilité, pour ne plus avoir à s’occuper du renouvellement chaque année. C’est aussi un peu de paix administrative qu’on s’offre.

L’inscription consulaire, à ne pas oublier

En parallèle de la procédure marocaine, l’inscription au registre consulaire du consulat général de France compétent (Casablanca, Rabat, Agadir, Marrakech, Tanger ou Fès) est vivement conseillée. Elle est gratuite, dématérialisée sur service-public.fr, et donne accès à la carte consulaire, à la protection consulaire en cas de problème, et au visa des certificats de vie. C’est aussi par le consulat que passent un certain nombre de démarches d’état civil pour la suite (renouvellement de passeport, transcription d’actes).

Le permis de conduire et la visite médicale après 65 ans

Un accord bilatéral permet aux Français résidents d’échanger leur permis français contre un permis marocain, sans examen, dans la première année de résidence. La démarche se fait à la Direction du Transport Routier de la préfecture du lieu de résidence.

Une particularité du code de la route marocain mérite d’être signalée : tout titulaire du permis de conduire de plus de 65 ans est tenu de passer une visite médicale tous les deux ans, puis tous les ans à partir de 75 ans. C’est une règle locale, indépendante du droit français, qui s’applique à tous les conducteurs sans distinction de nationalité. Pour les retraités qui veulent conduire au Maroc, la visite est à intégrer dans la check-list annuelle.

L’animal de compagnie

L’importation d’un chien, chat ou furet est soumise à identification électronique, vaccination antirabique de moins de six mois, certificat sanitaire établi par un vétérinaire moins de 72 heures avant le départ, et validation par un vétérinaire officiel français. Anticiper la procédure deux mois avant le départ.

Étape Pièce ou action Coût ou délai
Préparation en France Avis d’imposition, attestations de pension, relevés bancaires Gratuit, à rassembler avant le départ
Entrée au Maroc Passeport en cours de validité Sans visa, séjour 90 jours
Logement Bail signé pour justificatif de domicile Variable selon ville
Carte d’immatriculation Dépôt au commissariat ou à la gendarmerie du lieu de résidence Dans les 15 jours suivant le 90e jour
Inscription consulaire Service-public.fr, consulat général de France compétent Gratuite, dématérialisée
Renouvellement annuel 3 années consécutives de carte d’immatriculation Chaque année à la même date
Permis de séjour 10 ans Demande après 3 années sous carte d’immatriculation Valable 10 ans renouvelable
Échange du permis Direction du Transport Routier Dans la première année de résidence

À retenir : les trois premières années sont rythmées par le renouvellement annuel de la carte d’immatriculation. Le passage au permis 10 ans est l’objectif administratif principal de la quatrième année.

Source officielle : Consulats généraux de France au Maroc ; Ambassade de France au Maroc, retraites au Maroc.

Comment fonctionne la fiscalité d’un retraité français résident au Maroc ?

La convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970, modifiée par l’avenant du 18 août 1989, attribue le droit d’imposer les pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire. Le Code général des impôts marocain accorde ensuite un abattement de 70 % sur la part de pension annuelle jusqu’à 168 000 DH et de 40 % au-delà, plus une réduction de 80 % de l’IR pour les sommes transférées en dirhams non convertibles.

La distinction entre les deux niveaux de règles compte autant que pour la convention franco-sénégalaise. La convention internationale dit qui a le droit d’imposer ; le droit interne marocain dit comment. Au Maroc, le droit d’imposer les pensions des résidents fiscaux marocains est exercé via le Code général des impôts, qui prévoit un mécanisme particulièrement favorable aux retraités étrangers, en deux étapes successives.

Les textes de référence

La convention fiscale a été signée à Paris le 29 mai 1970, approuvée par la loi n° 71-369 du 19 mai 1971, publiée par le décret n° 71-1022 du 22 novembre 1971, entrée en vigueur le 1er décembre 1971. Elle a été modifiée par un avenant signé à Rabat le 18 août 1989, approuvé par la loi n° 90-353 du 20 avril 1990, publié par le décret n° 90-1135 du 18 décembre 1990, entré en vigueur le 1er décembre 1990.

Le commentaire administratif français de cette convention figure au BOFIP, identifiant BOI-INT-CVB-MAR. C’est lui qui fait foi côté français pour l’interprétation des règles.

Les critères de résidence fiscale

L’article 2 de la convention pose les critères qui s’appliquent quand une personne pourrait être considérée comme résidente des deux États. La règle est en cascade. Foyer permanent d’habitation en premier. Centre des activités professionnelles ensuite. À défaut, lieu de séjour principal. La convention définit le domicile fiscal selon ses propres critères, sans référence à la législation interne des deux pays. Bon point pour la sécurité juridique : le retraité ne risque pas un conflit entre les définitions française et marocaine du domicile fiscal.

En pratique, le seuil opérationnel est la présence physique de plus de 183 jours par année civile au Maroc, qui combinée à un foyer permanent au Maroc tranche la résidence fiscale en faveur du Maroc.

Article 17 : les pensions imposables dans l’État de résidence

Le BOFIP pose la règle sans ambiguïté.

L’imposition des pensions et rentes viagères est réservée à l’État du domicile fiscal du bénéficiaire.

Pour un retraité français résident fiscal marocain au sens de l’article 2, la pension Carsat, la pension Agirc-Arrco et plus généralement toutes les pensions et rentes viagères de source française sont imposables uniquement au Maroc. C’est une particularité de la convention franco-marocaine par rapport à d’autres : l’article 17 ne distingue pas pension privée, pension de sécurité sociale et pension publique. Toutes basculent sous l’imposition de l’État de résidence.

Les pensions et rentes viagères servies par un débiteur français à une personne domiciliée au Maroc cessent donc de plein droit d’être imposables en France. C’est l’administration française elle-même qui le confirme dans sa doctrine.

Le mécanisme interne marocain en deux étapes

L’article 60 du Code général des impôts marocain organise la fiscalité des pensions de retraite en deux étapes successives, à appliquer dans l’ordre.

Étape 1, l’abattement. Sur le montant brut annuel imposable des pensions et rentes viagères, abattement forfaitaire de 70 % sur la part inférieure ou égale à 168 000 DH par an (environ 15 800 €), et de 40 % sur la part qui dépasse ce seuil. Cet abattement est passé de 60 % à 70 % avec la loi de finances 2023, ce qui constitue une amélioration sensible que l’article 2020 ne pouvait pas intégrer.

Étape 2, la réduction d’impôt. Sur l’IR calculé après abattement, réduction de 80 % du montant d’impôt dû, sous condition que les sommes correspondantes soient transférées au Maroc à titre définitif et converties en dirhams non convertibles. C’est cette deuxième étape que beaucoup de retraités ratent : sans transfert sur compte en dirhams non convertibles, l’abattement reste applicable mais la réduction de 80 % est perdue, ce qui peut représenter plusieurs milliers d’euros par an.

La défiscalisation 2026 ne concerne pas les retraités français

Ce point mérite d’être posé clairement. La loi de finances marocaine 2025 a introduit une réduction de 50 % de l’IR sur les pensions de retraite et rentes viagères en 2025, suivie d’une exonération totale à compter du 1er janvier 2026. La nouvelle a été reprise dans la presse française avec un certain enthousiasme.

Cette mesure ne concerne QUE les pensions versées au titre des régimes de retraite de base marocains : CMR pour les fonctionnaires, RCAR pour les semi-publics, CNSS pour le secteur privé. Elle exclut explicitement les régimes complémentaires marocains (CIMR (Caisse Interprofessionnelle Marocaine de Retraite), régime de retraite complémentaire du secteur privé marocain, RCAR-Attakmili, CMR-Attakmili) et exclut les pensions de source étrangère versées aux retraités français au Maroc.

Pour les retraités français installés au Maroc, le régime applicable reste celui décrit ci-dessus : abattement 70/40 % combiné à la réduction de 80 % de l’IR sur les sommes en dirhams non convertibles. Ce régime est déjà très favorable, mais ce n’est pas une exonération totale. Le distinguer clairement de la mesure 2026 est une question d’honnêteté éditoriale.

Le calcul effectif sur cas chiffrés

Voici ce que donnent les deux mécanismes selon que la pension est virée ou non sur un compte en dirhams non convertibles.

Pension brute annuelle Avec transfert en DH non convertibles Sans transfert en DH non convertibles Différentiel annuel
18 000 € (~190 000 DH) environ 380 € environ 1 900 € -1 520 €
24 000 € (~253 000 DH) environ 580 € environ 2 900 € -2 320 €
36 000 € (~380 000 DH) environ 1 100 € environ 5 500 € -4 400 €
60 000 € (~633 000 DH) environ 2 400 € environ 12 000 € -9 600 €

Pour une pension de 36 000 €/an, l’écart entre les deux scénarios atteint 4 400 € par an. Sur dix ans, c’est 44 000 €. Au-delà de l’effet fiscal pur, c’est ce qui justifie de prendre le temps d’ouvrir le bon compte avant de basculer ses pensions.

Un cas concret pour fixer l’arbitrage. Un ancien cadre du privé devient résident fiscal marocain à Marrakech, avec une pension annuelle brute de 27 600 € (Carsat 18 000 € + Agirc-Arrco 9 600 €). Il fait virer ses deux pensions sur un compte en dirhams non convertibles ouvert à Bank of Africa. Calcul : pension annuelle convertie à environ 291 000 DH. Abattement = (168 000 × 70 %) + (123 000 × 40 %) = 117 600 + 49 200 = 166 800 DH. Base imposable = 291 000 – 166 800 = 124 200 DH. IR avant réduction = environ 24 000 DH selon le barème progressif. IR après réduction de 80 % = environ 4 800 DH soit 450 €. Taux effectif sur la pension brute : 1,6 %.

Le barème IRPP marocain et les autres règles à connaître

Le barème IR marocain a été retouché par la loi de finances 2025. Tranches actuelles : 0 % jusqu’à 40 000 DH (relevé de 30 000 à 40 000 DH avec la LF 2025), 10 % jusqu’à 60 000 DH, 20 % jusqu’à 80 000 DH, 30 % jusqu’à 100 000 DH, 34 % jusqu’à 180 000 DH, 37 % au-delà (taux marginal abaissé de 38 % à 37 %).

Côté ouverture des comptes, ouvrir un compte en dirhams non convertibles est obligatoire pour la réduction de 80 %. Possibilité d’ouvrir parallèlement un compte en dirhams convertibles (qui permet le rapatriement de fonds vers la France) ou en devises (EUR, USD).

L’UFE mentionne une exonération de taxe d’habitation pendant 3 ans pour les retraités résidents. La règle existe mais son application pratique varie selon les communes. À vérifier au cas par cas auprès de la commune d’installation, plutôt que de la considérer comme acquise.

Côté français, le retraité qui conserve un statut de résident fiscal français (cas du retraité qui passe les premiers mois entre les deux pays) doit déclarer chaque année son compte marocain à l’administration fiscale française. Article 1649 A du Code général des impôts, formulaire n° 3916, joint à la déclaration annuelle de revenus. Amende de 1 500 € par compte non déclaré.

Source officielle : convention fiscale sur impots.gouv.fr ; commentaire BOFIP de la convention franco-marocaine ; décret n° 90-1135 du 18 décembre 1990 sur Légifrance.

Comment continuer à percevoir sa pension française quand on s’installe au Maroc ?

La pension de retraite française est versée au Maroc sans condition de résidence, via la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger, Centre de gestion des retraités, BP 54007, 44040 Nantes Cedex 1, qui devient l’interlocuteur unique du retraité. Le retraité doit signaler son changement d’adresse à ses caisses, retourner annuellement le certificat de vie, et accepter que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées.

Le système est centralisé, ce qui simplifie la vie du retraité après le départ mais complique légèrement la phase de bascule. Le point clé à comprendre : la DSFIPE n’est pas une nouvelle caisse, c’est le payeur unique qui prend le relais des différentes caisses pour les versements à l’étranger.

Signaler son départ aux caisses

Le retraité doit informer chaque caisse à laquelle il est rattaché : Carsat pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires du privé, Service des Retraites de l’État pour la fonction publique d’État, CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière, MSA pour les agriculteurs, régimes spéciaux le cas échéant. Le signalement comprend la nouvelle adresse, les nouvelles coordonnées bancaires (compte marocain en dirhams non convertibles ou compte français conservé), et la date prévisionnelle de départ.

La bascule du paiement vers la DSFIPE de Nantes s’opère ensuite, sans démarche supplémentaire à initier par le retraité. C’est aussi la DSFIPE qui délivrera le formulaire SE 350-07 nécessaire à l’inscription à la CNSS marocaine (voir H2 4).

Le certificat de vie

Le certificat de vie est un document que le pensionné français résidant à l’étranger doit retourner annuellement à sa caisse de retraite pour justifier de son existence et maintenir le versement de sa pension. Depuis 2019, le formulaire est unique pour tous les régimes français. Il est accessible via l’espace personnel sur info-retraite.fr ou par voie postale.

Au Maroc, deux autorités peuvent le compléter. Le consulat général de France compétent (Casablanca, Rabat, Agadir, Marrakech, Tanger ou Fès), ou la CNSS marocaine pour les retraités qui y sont inscrits via le SE 350-07. Pour les retraités qui touchent une pension complémentaire CIMR, l’application mobile de la CIMR permet aussi de déposer le certificat sans déplacement, par reconnaissance faciale. Détail technique mais commode.

Une adresse spécifique pour les certificats à envoyer à la CNSS : Direction des prestations sociales et familiales, 649 boulevard Mohamed V, Casablanca, par lettre simple (pas de recommandé). À noter parce que c’est exactement la précision qui manque dans la version 2020 de cet article et qui fait perdre du temps aux retraités.

La conséquence d’un retard est immédiate. La caisse suspend le versement de la pension après une relance laissée à sa main. Les versements reprennent dès réception du certificat valide, avec rattrapage des mois suspendus. Mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée, c’est le piège qui fait le plus de dégâts en pratique.

L’ASPA, l’ASI, et les prélèvements sociaux

L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ne sont versées que pour les retraités résidant en France. Le fondement légal est l’article L. 815-1 du Code de la sécurité sociale pour l’ASPA, l’article L. 815-24 pour l’ASI. Condition de résidence en France au moins 9 mois par an. Un déménagement au Maroc entraîne la suspension du paiement.

Si la résidence fiscale n’est plus en France, le retraité est exonéré de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et de la contribution de solidarité pour l’autonomie sur sa pension. La caisse a besoin d’un certificat de résidence fiscale étrangère pour stopper le prélèvement à la source.

Une cotisation d’assurance maladie spécifique est en revanche prélevée sur la pension du retraité installé au Maroc, dans le cadre de la convention bilatérale de sécurité sociale du 22 octobre 2007 : 3,2 % sur la pension du régime de base et 4,2 % sur la pension complémentaire. Ce prélèvement finance la couverture maladie via la CNSS marocaine (voir H2 4). Pour un couple à 2 800 € de pension cumulée, cela représente environ 100 €/mois, à intégrer dans le budget prévisionnel.

Le compte bancaire marocain et le contrôle des changes

L’ouverture de compte se fait sur place auprès des banques marocaines : Attijariwafa Bank, BMCE Bank of Africa, Banque Populaire, Société Générale Maroc, Crédit du Maroc, BMCI. La plupart proposent un compte en dirhams non convertibles (obligatoire pour la réduction de 80 %), un compte en dirhams convertibles (pour le rapatriement vers la France), et un compte en devises.

Le système marocain se caractérise par un contrôle des changes strict. L’importation et l’exportation de dirhams marocains sont strictement réglementées (limite à quelques milliers de dirhams sortis du territoire). Pas de limitation à l’importation de devises étrangères, mais déclaration au passage de la douane au-delà de 100 000 DH. Pour rapatrier des fonds vers la France, le retraité utilise son compte en dirhams convertibles, pas le compte en dirhams non convertibles utilisé pour la pension.

Source officielle : Cleiss, fiche Maroc ; L’Assurance retraite, démarches quand on vit à l’étranger ; Ambassade de France au Maroc, retraites au Maroc.

Quelle couverture santé prévoir entre Maroc et France pour un retraité ?

Le Maroc dispose d’une convention de sécurité sociale franco-marocaine du 22 octobre 2007 qui ouvre aux retraités français résidant au Maroc le droit à la couverture maladie marocaine via la CNSS, sur inscription avec le formulaire SE 350-07 délivré par la DSFIPE de Nantes ou par la caisse de retraite débitrice. Une CFE ou une assurance privée internationale en complément reste recommandée pour les soins privés.

C’est une particularité du Maroc qu’il faut souligner. Contrairement au Sénégal, à l’île Maurice, à la Thaïlande et à la plupart des destinations retraite hors UE, le Maroc dispose d’un cadre conventionnel qui couvre spécifiquement les retraités. C’est ce que l’article 16 paragraphes 1, 2 et 4 de la convention de 2007 et l’article 12 paragraphe 1 de l’arrangement administratif général du 27 avril 2009 organisent.

La Convention franco-marocaine de sécurité sociale du 22 octobre 2007 permet au titulaire d’une pension de vieillesse du régime français de bénéficier d’une couverture maladie au Maroc au titre de sa retraite française s’il n’a pas de droit au regard du régime marocain.

La procédure d’inscription à la CNSS via le SE 350-07

Le mécanisme tient en trois étapes. Première étape, demander à la caisse française débitrice (Carsat, Agirc-Arrco, SRE) ou à la DSFIPE de Nantes le formulaire SE 350-07, attestation pour l’inscription du pensionné et de ses ayants droit auprès de la CNSS marocaine. Pour le régime général, le questionnaire d’étude des droits aux soins de santé à l’étranger est accessible via l’espace personnel info-retraite, ou par courrier au service Droit aux soins de santé, 15 avenue Louis Jouhanneau, 37078 Tours Cedex 2.

Deuxième étape, une fois le SE 350-07 reçu, présentation à l’agence CNSS du lieu de résidence au Maroc. La CNSS, Caisse Nationale de Sécurité Sociale du Maroc, organisme public marocain qui gère l’assurance maladie obligatoire (AMO) procède à l’inscription du retraité et de ses ayants droit.

Troisième étape, accès aux prestations en nature des assurances maladie et maternité selon les dispositions de la législation marocaine. Le retraité reçoit ses remboursements selon les barèmes locaux, sans avance de frais dans les structures conventionnées.

La couverture est gratuite pour le retraité au sens où il ne paie pas de cotisation directe à la CNSS marocaine. Le financement est assuré par le prélèvement de 3,2 % et 4,2 % évoqué plus haut, opéré à la source par la caisse française sur la pension. Pour un couple à 2 800 € de pension cumulée, le coût mensuel est d’environ 100 €.

Les limites du système marocain et les compléments à prévoir

Le système marocain via la CNSS reste limité dans la pratique. Qualité variable selon les régions et les structures, hôpitaux publics encombrés, délais d’attente longs pour les spécialistes, remboursements selon des barèmes qui ne couvrent qu’une partie des soins privés. Pour qui veut accéder confortablement aux cliniques privées un complément est utile.

Premier complément possible, le CNAREFE pour les soins reçus en France lors de séjours temporaires. Centre national géré par la CPAM de Seine-et-Marne, créé le 1er janvier 2014. Conditions cumulatives : pension du régime général ou régime spécial intégré au régime général, résidence hors UE/EEE/Suisse (le Maroc remplit ce critère), 15 ans de cotisation minimum (depuis le 1er juillet 2019, en application de l’article 52 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019), non-adhésion à la CFE. Important : un retraité inscrit à la CNSS marocaine via le SE 350-07 conserve aussi le droit à la prise en charge de ses soins en France lors de séjours temporaires, en application de l’article L. 160-3 du Code de la sécurité sociale.

Deuxième complément possible, la CFE (Caisse des Français de l’Étranger). Adhésion volontaire et payante, qui couvre les soins en France et au Maroc selon les barèmes français de remboursement. Cotisation forfaitaire 250-350 €/mois individuel, 450-600 €/mois couple 65-75 ans. Non cumulable avec le CNAREFE. Utile pour ceux qui préfèrent le système de remboursement français plutôt que le système marocain.

Troisième complément possible, l’assurance privée internationale. Acteurs : April International, Allianz Care, Cigna Global, MSH International, Henner. Pour un couple 65-70 ans, 200 à 600 €/mois selon couverture. La fourchette est plus basse qu’au Sénégal grâce à la concurrence et surtout à l’existence de la CNSS qui couvre déjà les soins courants. L’assurance privée intervient en complément pour les soins lourds et le rapatriement.

Le système de santé marocain en pratique

Le Maroc dispose d’un réseau hospitalier privé de bon niveau dans les grandes villes. Hôpital International Cheikh Khalifa à Casablanca, Polyclinique Internationale de Marrakech, Clinique Atlas à Casablanca, hôpitaux privés à Rabat, Tanger, Agadir. Les praticiens sont souvent formés en France ou en Belgique, ce qui simplifie la communication et donne accès à un standard de soins comparable.

Les tarifs du privé sont les suivants : consultation généraliste 250-400 DH (24-38 €), consultation spécialiste 400-700 DH (38-67 €), journée d’hospitalisation privée 1 500-3 500 DH (140-330 €). Bien moins élevés qu’en France, mais sans remboursement français en l’absence de CFE ou d’assurance privée.

L’évacuation sanitaire vers la France métropolitaine reste l’option de référence pour les pathologies lourdes, à 2-3 heures de vol. Coût d’un rapatriement médicalisé Casablanca-Paris : 15 000 à 40 000 €. Toutes les assurances internationales sérieuses incluent ce poste, à vérifier ligne par ligne avant de signer.

Solution Soins remboursés en France Soins remboursés au Maroc Coût pour le retraité Cumul possible
CNSS via convention 2007 (SE 350-07) Oui (article L. 160-3 CSS) Oui (selon barèmes marocains) Cotisation prélevée sur pension : 3,2 % base + 4,2 % complémentaire Oui avec assurance privée
CNAREFE Oui en séjour temporaire Non Néant (sous conditions) Pas avec CFE
CFE Oui Oui (selon prestation) 450 à 600 € (couple 65-75 ans) Pas avec CNAREFE
Assurance privée internationale Oui (selon contrat) Oui (selon contrat) 200 à 600 € Possible avec CNSS et CNAREFE

Un cas concret pour fixer la configuration optimale. Un couple de retraités du privé, 67 et 65 ans, 35 ans de cotisation au régime général chacun. Choix : inscription à la CNSS marocaine via le SE 350-07 (cotisation prélevée à la source, environ 100 €/mois cumulés pour le couple) + CNAREFE pour les soins en France lors des retours + assurance privée internationale à 280 €/mois pour le couple, en complément des soins privés non couverts par la CNSS. Total santé hors prélèvement à la source : 280 €/mois pour une couverture totale.

À retenir : l’inscription à la CNSS via le SE 350-07 est l’étape gratuite à ne pas rater. Elle ouvre la porte à toute la couverture santé marocaine et reste la base sur laquelle se greffent les compléments éventuels.

Source officielle : Cleiss, fiche Maroc ; Ameli, retraite à l’étranger.

Quel budget mensuel faut-il prévoir pour vivre sa retraite au Maroc ?

Un retraité célibataire vit confortablement au Maroc avec 1 000 à 1 400 € par mois en mode adapté, 1 500 à 2 000 € en standing européen. Un couple prévoit 1 500 à 2 000 € en mode adapté, 2 200 à 2 800 € en standing européen. L’écart de coût avec la France oscille entre 30 et 40 % selon les sources et le mix de consommation.

La donnée « 46 % moins cher qu’en France » qui circulait beaucoup il y a quelques années est aujourd’hui datée. Les données Numbeo actualisées placent l’écart entre 30 et 40 % selon la ville et le panier retenu. Casablanca et Rabat tirent les prix vers le haut puisque ce sont les centres économiques. Marrakech, Agadir, Essaouira, Tanger et Fès offrent des écarts plus marqués.

Le poste logement, à arbitrer ville par ville

À Casablanca et Rabat, un appartement deux ou trois pièces de standing dans les quartiers Anfa, Maarif ou Bourgogne à Casa, ou Hassan et Souissi à Rabat, coûte 700 à 1 200 €/mois. Un appartement intermédiaire dans des quartiers résidentiels classiques tombe à 400-700 €/mois. Les quartiers populaires ou la périphérie descendent à 250-450 €/mois.

À Marrakech, l’écart entre quartiers est marqué. Guéliz et l’Hivernage sont les zones expat, avec des appartements de standing à 500-900 €/mois. Un riad ou un appartement dans la médina rénovée se loue 350-600 €/mois. Les quartiers résidentiels périphériques (Targa, Massira) descendent à 200-400 €/mois.

À Agadir, le marché est plus tourné vers le tourisme. Un appartement front de mer dans les zones touristiques (Suite Hôtel) coûte 350-600 €/mois. Les quartiers résidentiels (Talborjt, Founty) tombent à 250-450 €/mois.

À Tanger, Fès et Essaouira, le marché est plus accessible : 250 à 500 €/mois pour des biens corrects, dans des villes qui ont chacune leur charme propre. Tanger combine la proximité de l’Espagne et un climat doux. Fès mise sur son patrimoine impérial. Essaouira sur son ambiance balnéaire et son côté artistique.

Les autres postes du budget

L’alimentation est le poste où le mode de vie pèse le plus. Sur les marchés locaux (souks, marchés municipaux), un couple dépense 100 à 180 €/mois pour les fruits, légumes, viande et poisson. Les supermarchés Marjane, Carrefour ou Acima ajoutent 150 à 280 €/mois selon les habitudes. Vins importés et fromages européens chers, comme partout en Afrique du Nord.

Les transports urbains coûtent peu. Taxi à compteur 6 à 15 DH par course (0,60 à 1,40 €), bus 5-7 DH, tramway à Casablanca et Rabat 8 DH (abonnement mensuel 250 DH soit 24 €). Pour un véhicule personnel, l’essence tourne autour de 13-15 DH/litre (1,25-1,40 €), l’assurance auto 2 000-5 000 DH/an (190-470 €).

L’énergie reste modérée. Électricité ONEE/Lydec environ 1 DH/kWh, gaz butane bouteille 13 kg subventionné à 40 DH (4 €), eau ONEP modeste. Compter 50 à 120 €/mois selon usage de la climatisation, qui pèse moins qu’au Sénégal grâce à des hivers doux.

Le poste loisirs et communications est confortable. Forfait téléphonie 200-400 DH/mois (19-38 €), internet fibre 250-400 DH/mois (24-38 €), restaurant local 60-150 DH par couvert (6-14 €), restaurant international à Casa ou Marrakech 200-500 DH (19-47 €).

Poste de dépense Célibataire vie adaptée Célibataire standing européen Couple vie adaptée Couple standing européen
Logement 280 – 450 € 500 – 800 € 350 – 600 € 700 – 1 100 €
Alimentation 100 – 180 € 200 – 300 € 180 – 280 € 320 – 450 €
Transports 30 – 60 € 100 – 200 € 50 – 100 € 150 – 250 €
Énergie (ONEE, eau) 40 – 80 € 80 – 150 € 60 – 100 € 120 – 220 €
Santé (en complément CNSS) 100 – 200 € 200 – 400 € 180 – 350 € 350 – 600 €
Loisirs et restaurants 50 – 100 € 150 – 280 € 100 – 200 € 250 – 420 €
Communications 30 – 50 € 50 – 80 € 30 – 50 € 50 – 80 €
Divers et imprévus 80 – 130 € 150 – 250 € 150 – 230 € 220 – 380 €
TOTAL 1 000 – 1 400 € 1 500 – 2 000 € 1 500 – 2 000 € 2 200 – 2 800 €

Un cas concret pour donner la mesure. Un couple de retraités du privé, 66 et 64 ans, deux pensions cumulées de 2 200 € nets mensuels. Installation à Marrakech dans un appartement à Guéliz à 600 €/mois charges, alimentation 280 €/mois en mix souks et supermarché, voiture d’occasion locale 8 000 € à l’achat puis 150 €/mois en essence et entretien, CNSS via SE 350-07 (cotisation 80 €/mois prélevée sur la pension), assurance privée complémentaire 250 €/mois pour le couple, restaurants 180 €/mois, divers 130 €/mois. Total dépenses 1 670 €/mois, marge mensuelle de 530 € pour les voyages et les imprévus.

Source : Numbeo, coût de la vie au Maroc.

Quels sont les véritables avantages et inconvénients d’une retraite au Maroc ?

Le Maroc combine un coût de la vie inférieur de 30 à 40 % à celui de la France, une fiscalité qui peut faire descendre l’IR sur la pension à 1-2 % de taux effectif, et la seule convention de sécurité sociale d’Afrique du Nord qui couvre les retraités. En contrepartie, le système de santé public est inégal et le climat estival peut peser au sud.

Le tableau ci-dessous résume dimension par dimension ce que le Maroc offre et ce qu’il impose. Chaque ligne correspond à un point que les dossiers concrets soulèvent dès la phase de préparation. Une force du Maroc qui ressort à la lecture : la combinaison fiscalité avantageuse + couverture santé conventionnelle est unique parmi les destinations retraite hors UE.

Dimension Atout côté Maroc Réserve à connaître
Coût de la vie global -30 % à -40 % vs France selon Numbeo Produits importés européens 50 à 100 % plus chers qu’en France
Fiscalité retraités Abattement 70/40 % + réduction 80 % d’IR sur DH non convertibles, taux effectif souvent 1 à 3 % Régime exclu de l’exonération totale 2026 réservée aux pensions de base marocaines
Couverture santé Convention sécu sociale 2007, CNSS gratuite via SE 350-07 Système marocain inégal, complément privé recommandé pour les soins lourds
Distance et liaison 2 à 3 h de vol depuis la France, plusieurs vols quotidiens Pas de département français à proximité, AR famille à budgéter
Langue Français omniprésent dans l’administration et le commerce Arabe et amazighe officiels, certaines démarches en arabe
Climat Hiver doux 15-25 °C selon la région, ensoleillement annuel élevé Été très chaud à l’intérieur (Marrakech, Fès jusqu’à 40 °C)
Logement Marché ouvert aux étrangers, achat possible sans restriction Loyers en hausse depuis 2022 dans les zones expat (Casa, Rabat, Marrakech)
Statut juridique Carte d’immatriculation 1 an, permis de séjour 10 ans après 3 ans Renouvellement annuel les 3 premières années
Devise Banques internationales présentes, comptes multi-devises possibles Dirham non librement convertible, contrôle des changes strict
Communauté française Environ 50 000 Français au registre consulaire Communauté concentrée à Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Agadir

Le décalage horaire avec la France ajoute un détail favorable. Le Maroc est à GMT+1 toute l’année depuis octobre 2018, ce qui signifie aucun décalage avec la France en été et une heure d’avance en hiver. Pour appeler la Carsat, un notaire ou la famille en France, c’est aussi simple qu’un appel intérieur. Petit confort qu’on apprécie au quotidien.

Un couple de retraités du privé, 64 et 62 ans, deux pensions cumulées de 2 800 € nets par mois, illustre l’arbitrage. Côté Maroc, transfert mensuel sur compte en dirhams non convertibles (réduction 80 % d’IR), abattement 70/40 % sur les pensions, taux effectif d’imposition autour de 1,5 %, couverture maladie via la CNSS gratuite par convention bilatérale, coût de la vie absorbant 1 800 €/mois en standing intermédiaire à Marrakech, dégageant une marge mensuelle de 1 000 €. Côté France, le couple doit organiser sa couverture complémentaire (CNAREFE et assurance privée), accepter d’être à 3 heures de vol de la métropole, et gérer la double déclaration fiscale les premières années.

Quels sont les pièges les plus fréquents quand on prépare sa retraite au Maroc ?

Cinq erreurs reviennent régulièrement chez les retraités français qui s’installent au Maroc : croire que l’exonération totale 2026 s’applique à eux, oublier le compte en dirhams non convertibles, ne pas demander le SE 350-07, sous-estimer la cotisation maladie prélevée sur la pension, et négliger la déclaration française du compte marocain.

Croire que l’exonération totale d’IR à partir de 2026 s’applique aux retraités français. La défiscalisation des pensions instaurée par la loi de finances 2025 (50 % en 2025, 100 % en 2026) ne concerne QUE les pensions versées au titre des régimes de retraite de base marocains (CMR, RCAR, CNSS pour le privé). Elle exclut les pensions complémentaires marocaines et exclut les pensions de source étrangère. Pour les retraités français au Maroc, le régime applicable reste l’abattement 70/40 % combiné à la réduction de 80 % de l’IR sur les sommes en dirhams non convertibles. Régime déjà très favorable, mais pas une exonération totale.

Oublier le compte en dirhams non convertibles. Pour bénéficier de la réduction de 80 % de l’IR, la pension doit être virée sur un compte en dirhams NON convertibles. Pas en dirhams convertibles, pas en EUR, pas en USD. Sans ce transfert, l’abattement 70/40 % reste applicable mais la réduction de 80 % est perdue. Sur une pension annuelle de 36 000 €, cela représente une perte annuelle de 4 000 à 5 000 € d’impôt évitable, à comparer au peu de temps qu’il faut pour ouvrir le bon compte au moment de l’arrivée.

Ne pas demander le formulaire SE 350-07. Sans ce formulaire délivré par la DSFIPE de Nantes ou la caisse de retraite débitrice, le retraité ne peut pas s’inscrire à la CNSS marocaine au titre de sa retraite française. Il perd alors le bénéfice gratuit de la couverture maladie marocaine et doit basculer sur la CFE (450-600 €/mois pour un couple) ou sur une assurance privée intégrale. Erreur particulièrement coûteuse parce qu’elle est entièrement évitable : c’est juste une démarche administrative à initier avant le départ.

Sous-estimer la cotisation maladie sur la pension. Une cotisation de 3,2 % sur la pension du régime de base et de 4,2 % sur la complémentaire est prélevée à la source par la caisse française dans le cadre de la convention bilatérale. Pour un couple à 2 800 € de pension cumulée, cela représente environ 1 200 €/an. À intégrer dans le budget prévisionnel, surtout pour les retraités qui ont calé leur projet au plus juste.

Confondre carte d’immatriculation et permis de séjour 10 ans. La carte d’immatriculation est la première étape, valable un an, à renouveler annuellement les trois premières années. Le permis de séjour 10 ans n’est accessible qu’après 3 années consécutives de séjour régulier sous carte d’immatriculation. Pas de raccourci, pas de procédure accélérée pour les retraités. Ceux qui pensent obtenir directement le titre long terme se prennent un retour d’administration sec.

Ne pas déclarer le compte marocain à l’administration française. L’article 1649 A du Code général des impôts impose à tout résident fiscal français de déclarer chaque année les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger, via le formulaire n° 3916 joint à la déclaration annuelle de revenus. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré. L’administration française détecte ces comptes via l’échange automatique d’informations bancaires CRS de l’OCDE. Tant que le retraité n’a pas définitivement basculé sa résidence fiscale au Maroc, il reste soumis à cette obligation.

Oublier le certificat de vie. J’y reviens parce que c’est le piège qui fait le plus de dégâts financiers en pratique. La pension est suspendue si le formulaire n’arrive pas à temps. La régularisation est possible, le rattrapage est intégral, mais la trésorerie tient deux ou trois mois sans rentrée. Au Maroc, les certificats CIMR pour la complémentaire marocaine peuvent être déposés via reconnaissance faciale sur l’application mobile CIMR. Pour le certificat français, le consulat de France ou la CNSS de Casablanca le visent.

Acheter immobilier comme premier réflexe. Le marché marocain est ouvert aux étrangers sans restriction (le Sénégal et Maurice fonctionnent sur des régimes plus encadrés), mais la pratique observée est la location pendant 12 à 24 mois minimum avant tout achat. Le temps de connaître les quartiers, les prix réels et de tester le mode de vie sur place. Un projet d’acquisition mal préparé peut se solder par un bien mal situé ou surpayé.

Ne pas anticiper le contrôle des changes marocain. L’importation et l’exportation de dirhams sont strictement réglementées (limite à quelques milliers de dirhams sortis du territoire). Pour rapatrier des fonds vers la France, le retraité utilise son compte en dirhams convertibles (pas le compte en dirhams non convertibles utilisé pour la pension). Bien organiser ses comptes dès l’arrivée évite des tracas inutiles trois ans plus tard.

Un cas concret pour fixer l’enjeu cumulé. Un retraité du privé, 70 ans, pension cumulée 4 200 €/mois, s’installe à Casablanca en 2025. Convaincu par la presse marocaine de l’exonération 2026, il ne demande pas le SE 350-07, ne fait pas virer sa pension sur un compte en dirhams non convertibles, et n’organise pas sa couverture santé en pensant être bientôt exonéré. Conséquences : il découvre en mars 2026 que sa pension étrangère reste imposable au Maroc avec abattement 70/40 % uniquement (pas de réduction de 80 % puisque pas de DH non convertibles), il paie 1 800 € d’IR au lieu de 360 € pour 2025 ; il n’a pas accès à la CNSS et doit prendre une CFE en urgence à 530 €/mois ; il est passé à côté de 1 500 € d’économie d’impôt par an. Préjudice cumulé sur la première année : environ 8 000 €.

À retenir : les huit pièges ci-dessus se préparent avant le départ, pas après. La phase de préparation à mener avant le déménagement dure entre douze et dix-huit mois. Y compresser les démarches finit toujours par coûter plus que d’y consacrer un peu de temps.

FAQ

Faut-il un visa pour s’installer en retraite au Maroc ?

Non pour les Français. L’entrée au Maroc pour un séjour de moins de 3 mois est libre avec un passeport en cours de validité, sans visa préalable. Au-delà de 90 jours, la carte d’immatriculation devient obligatoire. La demande se fait auprès du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie du lieu de résidence, dans les 15 jours suivant le 90e jour de séjour.

L’exonération totale d’IR à partir de 2026 s’applique-t-elle aux retraités français au Maroc ?

Non. L’exonération totale d’IR sur les pensions instaurée par la loi de finances 2025 (50 % en 2025, 100 % en 2026) ne concerne QUE les pensions versées au titre des régimes de retraite de base marocains (CMR, RCAR, CNSS). Elle exclut les pensions complémentaires marocaines et les pensions de source étrangère. Pour les retraités français, le régime applicable reste l’abattement 70/40 % combiné à la réduction de 80 % de l’IR sur les sommes en dirhams non convertibles.

Comment fonctionne la couverture santé via la convention bilatérale franco-marocaine ?

La convention de sécurité sociale du 22 octobre 2007 (article 16) ouvre aux retraités français résidant au Maroc le droit de bénéficier de la couverture maladie marocaine via la CNSS, sur simple inscription avec le formulaire SE 350-07 délivré par la DSFIPE de Nantes ou la caisse de retraite débitrice. La couverture est gratuite (financée par une cotisation prélevée sur la pension : 3,2 % sur la base et 4,2 % sur la complémentaire). Elle ouvre droit aux prestations en nature des assurances maladie et maternité selon la législation marocaine.

Faut-il faire virer sa pension sur un compte en dirhams non convertibles ?

Oui pour bénéficier de la réduction de 80 % de l’IR sur la pension. Cette réduction est conditionnée au transfert au Maroc à titre définitif et à la conversion en dirhams non convertibles. Sans ce transfert, l’abattement 70/40 % reste applicable mais la réduction de 80 % est perdue, ce qui peut représenter plusieurs milliers d’euros d’IR supplémentaire par an pour les pensions élevées.

La pension de retraite française est-elle versée sans interruption au Maroc ?

Oui, via la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger (DSFIPE) à Nantes, qui devient l’interlocuteur unique pour le paiement. Le retraité doit signaler son changement d’adresse à toutes ses caisses (Carsat, Agirc-Arrco, SRE, CNRACL, MSA, régimes spéciaux), retourner annuellement le certificat de vie (visé par le consulat de France ou par la CNSS de Casablanca), et accepter que l’ASPA et l’ASI ne soient plus payées.

Les pensions des fonctionnaires français retraités sont-elles imposables au Maroc ?

L’article 17 de la convention franco-marocaine du 29 mai 1970 prévoit que les pensions et rentes viagères ne sont imposables que dans l’État du domicile fiscal du bénéficiaire, sans distinguer pensions privées et pensions publiques. Pour un fonctionnaire français retraité résident fiscal marocain au sens de l’article 2, sa pension publique est imposable au Maroc. Cette spécificité distingue la convention franco-marocaine d’autres conventions (Sénégal, Maurice) où les pensions publiques restent imposables dans l’État payeur.

Que se passe-t-il pour la déclaration française quand on devient résident fiscal marocain ?

Le retraité conserve une obligation déclarative en France pour les seuls revenus de source française qui restent imposables en France selon la convention (revenus immobiliers français, certains revenus mobiliers). La pension de retraite, imposable au Maroc en vertu de l’article 17, n’est plus à déclarer en France. Le retraité doit en revanche déposer chaque année sa déclaration fiscale au Maroc auprès de la Direction Générale des Impôts marocaine.

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1 commentaire

  1. GRONDIN Marie-France

    Très bien renseigné
    J’ai eu toutes les informations dont j’avais besoin sur l’expatriation
    Un très grand merci à vous