Syndrome de Benson (atrophie corticale postérieure) : quand la vue fonctionne mais que le cerveau ne suit plus
Le syndrome de Benson, ou atrophie corticale postérieure, une maladie neurologique rare qui altère la façon dont le cerveau traite l’information visuelle, sans qu’aucune anomalie de l’œil ne soit en cause, s’installe le plus souvent entre 50 et 65 ans. La personne lit de moins en moins bien, se cogne, ne retrouve plus un objet posé devant elle, et l’ophtalmologiste ne trouve rien d’anormal, un signal qui doit orienter vers un neurologue plutôt que vers une nouvelle paire de lunettes.
Ce qu’il faut retenir
- Le syndrome de Benson est une maladie rare référencée par Orphanet sous le code ORPHA:54247 : le cerveau n’interprète plus correctement ce que l’œil voit, sans anomalie oculaire.
- Les troubles débutent le plus souvent entre 50 et 65 ans, plus tôt que la forme amnésique classique de la maladie d’Alzheimer.
- La cause sous-jacente la plus fréquente est la maladie d’Alzheimer ; la maladie à corps de Lewy, la dégénérescence cortico-basale et les maladies à prions peuvent aussi produire ce tableau.
- Premiers signes : difficultés à lire, à évaluer les distances, à percevoir plusieurs objets à la fois, à s’habiller, alors que la mémoire reste préservée au début.
- Le diagnostic se pose en consultation mémoire, avec bilan neuropsychologique, IRM cérébrale, parfois TEP ou analyse des biomarqueurs.
- Aucun traitement ne guérit les maladies à l’origine du syndrome, mais l’orthoptie, l’ergothérapie, l’orthophonie et l’aménagement du logement changent le quotidien.
- La prise en charge à 100 % relève de l’ALD n° 15 ; avant 60 ans, la PCH se demande à la MDPH, à partir de 60 ans, l’APA au conseil départemental.
Sommaire
- Qu’est-ce que le syndrome de Benson (atrophie corticale postérieure) ?
- Un examen ophtalmologique normal, alors que la vision ne fonctionne plus
- Quels signes doivent alerter au quotidien ?
- Syndrome de Benson et maladie d’Alzheimer typique : ce qui distingue les deux tableaux
- Comment le diagnostic est-il posé, et par qui ?
- Quels traitements et quel accompagnement existent aujourd’hui ?
- Adapter le logement quand c’est le cerveau qui ne lit plus l’image
- Quels droits ouvre le syndrome de Benson : ALD, APA ou PCH ?
- Diagnostic, expertise et aides quand on vit à l’étranger
- Questions fréquentes
Qu’est-ce que le syndrome de Benson (atrophie corticale postérieure) ?
Le syndrome de Benson est une maladie neurologique rare qui altère le traitement visuel de l’information et d’autres fonctions situées à l’arrière du cerveau. La mémoire et le langage tiennent plutôt bien au début. Dans la grande majorité des cas, la maladie qui se cache derrière ce tableau est la maladie d’Alzheimer, mais pas dans sa forme habituelle.
Il a été décrit pour la première fois en 1988 et porte le nom du neurologue qui l’a caractérisé. Orphanet, le portail des maladies rares de l’Inserm, le référence sous le code ORPHA:54247, avec les synonymes « PCA » et « syndrome de Benson », le code CIM-10 G31.1 et le code CIM-11 8A21.0. Sa prévalence est déclarée inconnue, en grande partie parce que la maladie est sous-diagnostiquée et que sa terminologie a longtemps été flottante. Je préfère l’écrire ainsi plutôt que de vous donner un chiffre que je ne pourrais pas sourcer.
C’est un syndrome, et la nuance compte : un même tableau clinique et radiologique, plusieurs maladies possibles en toile de fond. La maladie d’Alzheimer arrive largement en tête, devant la maladie à corps de Lewy, la dégénérescence cortico-basale et les maladies à prions. Résumer le syndrome de Benson à « c’est Alzheimer » est un raccourci qui fausse ensuite tout le raisonnement diagnostique, y compris pour des médecins peu habitués à cette présentation.
Les régions touchées sont les lobes occipital, pariétal et temporal postérieur, autrement dit l’arrière du crâne, là où l’image captée par l’œil est décodée, comparée à ce qu’on connaît déjà, replacée dans l’espace. Selon Orphanet, le trouble se manifeste généralement entre 50 et 65 ans, et France Alzheimer indique une apparition le plus souvent avant 65 ans. La maladie ne se transmet pas par les gènes, en dehors de rares formes où l’hérédité est en cause.
Un examen ophtalmologique normal, alors que la vision ne fonctionne plus
L’œil n’est pas malade. La rétine, le cristallin et le nerf optique font leur travail : c’est le cerveau qui n’arrive plus à interpréter l’image qu’ils lui envoient. Orphanet définit d’ailleurs l’atrophie corticale postérieure comme une altération du traitement visuel supérieur, sans signe d’anomalie oculaire.
Le trajet se répète, presque à l’identique d’une famille à l’autre. La personne se plaint de mal voir, elle consulte un ophtalmologiste, l’examen est normal, on lui change les verres, rien ne s’arrange, elle revient six mois plus tard avec la même plainte, et parfois on lui change encore les lunettes. France Alzheimer décrit exactement cette séquence : les personnes concernées consultent d’abord un ophtalmologue, puis, en l’absence de maladie oculaire, rencontrent un neurologue. Le problème, c’est le temps que prend ce passage d’une étape à l’autre. Orphanet le dit sans détour : l’ACP est sous-diagnostiquée, et le diagnostic est souvent posé avec un retard important.
La règle que je retiens de mes années en gériatrie, et qui vaut ici, tient en une phrase : quand l’examen des yeux est normal alors que la personne n’arrive plus à lire une ligne, à évaluer une distance ou à retrouver un objet posé devant elle, il faut retourner voir le médecin traitant, compte rendu ophtalmologique sous le bras, et demander explicitement une orientation vers une consultation mémoire ou un neurologue. Un examen normal, dans ce contexte précis, est une indication en soi : il pointe vers le cerveau plutôt que vers les yeux.
| Ce que la personne décrit | Ce que l’examen des yeux montre | Ce que cela oriente |
|---|---|---|
| « Je me perds dans les lignes quand je lis » | Ni presbytie ni cataracte : une nouvelle correction ne change rien | Alexie, désorientation visuelle sur la page |
| « Je ne trouve pas mon verre sur la table » | Acuité et champ visuel mesurés normaux | Simultagnosie : impossible de percevoir plusieurs objets à la fois |
| « Je rate la marche, je verse à côté » | Aucune atteinte rétinienne | Trouble visuo-spatial, mauvaise évaluation des distances |
| « Je reconnais l’objet en le touchant, pas en le regardant » | Vision conservée | Agnosie visuelle : l’image n’est plus identifiée |
| « Je lis mieux les petits caractères que les gros » | Aucune logique optique | Encombrement visuel, signe rapporté dans l’ACP |
Quels signes doivent alerter au quotidien ?
Les premiers symptômes touchent la perception visuelle et le repérage dans l’espace : difficulté à lire, à évaluer les distances, à percevoir plusieurs objets simultanément, à s’habiller, à écrire ou à calculer. L’apraxie et l’alexie s’y ajoutent souvent. La mémoire, le jugement et le bon sens restent relativement préservés au début.
Les termes médicaux, isolés, ne parlent à personne. Voici à quoi ils ressemblent dans une cuisine ou dans un couloir.
À la lecture d’abord : la personne se perd sur la page, ne retrouve pas le début de la ligne suivante, voit les lettres se chevaucher. Détail qui surprend souvent l’entourage : elle lit parfois mieux les petits caractères que les gros, sans qu’aucune logique optique ne l’explique. Lire l’heure sur une montre à aiguilles devient difficile, quand l’heure sur un cadran numérique reste accessible.
Deux ensembles de signes portent un nom précis chez les neurologues. Le syndrome de Balint associe la simultagnosie, l’incapacité à percevoir plusieurs objets en même temps dans une scène visuelle, l’ataxie optique (la main rate l’objet qu’elle veut saisir) et l’apraxie oculomotrice (le regard n’accroche pas sa cible). Le syndrome de Gerstmann associe l’acalculie, l’agraphie, l’agnosie des doigts et la confusion entre la gauche et la droite. Les deux sont fréquemment décrits dans l’atrophie corticale postérieure.
L’agnosie visuelle, l’incapacité à reconnaître un objet que l’on voit alors qu’on le reconnaît au toucher, déroute particulièrement l’entourage : on tend un trousseau de clés, la personne le regarde sans le nommer, on le lui met dans la main, elle dit aussitôt « mes clés ». L’apraxie, la difficulté à organiser un geste volontaire sans paralysie ni faiblesse musculaire, se voit surtout à l’habillage, la manche, le bouton, le sens du vêtement. L’alexie, la perte de la capacité à lire alors que la vision et le langage oral sont conservés, achève de brouiller les pistes, parce qu’elle ressemble à s’y méprendre à un problème de vue.
- Se perdre en fin de ligne, ne pas retrouver le début de la ligne suivante
- Ne pas repérer un objet posé au milieu d’un ensemble encombré
- Mal évaluer les distances : les marches, les trottoirs, le liquide qu’on verse
- Ne plus savoir enfiler un vêtement dans le bon sens
- Reconnaître un objet au toucher, mais pas en le regardant
- Se tromper entre la gauche et la droite, ne plus poser une opération, ne plus écrire
- Perdre ses repères dans un lieu pourtant familier
Deux précisions honnêtes s’imposent. D’une part, le langage n’est pas totalement épargné : Orphanet signale que des difficultés de recherche du mot et des erreurs phonologiques apparaissent souvent tôt, même quand la mémoire tient bon. D’autre part, le tableau reste hétérogène : certaines personnes ont un profil purement visuel, d’autres ont d’emblée des difficultés de mémoire épisodique associées.
Dans cette maladie, la personne perçoit ses propres difficultés, et c’est le point le plus lourd à porter au quotidien. Elle sait qu’elle n’arrive plus à faire ce qu’elle faisait sans y penser la veille encore. Orphanet indique que l’anxiété et la dépression sont fréquentes dès le début, et cela découle directement de cette conscience du trouble. C’est un point à aborder avec tact, sans dramatiser, et c’est aussi ce qui rend un accompagnement psychologique utile tôt, pas seulement une fois la maladie bien installée.
Syndrome de Benson et maladie d’Alzheimer typique : ce qui distingue les deux tableaux
La maladie d’Alzheimer typique commence par la mémoire des faits récents. L’atrophie corticale postérieure commence par la vision : la personne voit sans comprendre ce qu’elle voit, alors que sa mémoire reste longtemps préservée. Le début est plus précoce, et le premier spécialiste consulté est presque toujours l’ophtalmologiste.
L’ACP est considérée le plus souvent comme une forme atypique de la maladie d’Alzheimer : les lésions sont proches, mais leur distribution diffère, concentrée sur les régions postérieures. La conséquence pratique pèse lourd : un test de mémoire courant peut rester rassurant pendant des mois, sans que ce résultat écarte le diagnostic. Le profil se lit ailleurs, dans les épreuves de perception visuelle et de repérage dans l’espace, qui ne font pas partie des tests de dépistage standard.
| Critère | Atrophie corticale postérieure (syndrome de Benson) | Maladie d’Alzheimer, forme amnésique typique |
|---|---|---|
| Âge de début habituel | Généralement entre 50 et 65 ans | Le plus souvent après 65 ans |
| Premier symptôme | Troubles visuo-perceptifs et visuo-spatiaux | Troubles de la mémoire des faits récents |
| Mémoire au début | Relativement préservée | Atteinte d’emblée |
| Conscience du trouble | Souvent conservée, avec anxiété et dépression fréquentes | Variable, souvent réduite avec l’évolution |
| Premier professionnel consulté | Ophtalmologiste, avec un examen normal | Médecin traitant, pour une plainte de mémoire |
| Imagerie IRM | Atrophie des lobes occipital, pariétal et temporal postérieur, souvent prédominante à droite | Atrophie à prédominance temporale interne |
| Cause sous-jacente | Le plus souvent maladie d’Alzheimer, parfois corps de Lewy, dégénérescence cortico-basale, maladie à prions | Maladie d’Alzheimer |
Comment le diagnostic est-il posé, et par qui ?
Le diagnostic repose sur une évaluation neurologique, des tests visuels et cognitifs spécifiques, et une imagerie cérébrale. Il se pose en consultation mémoire ou chez un neurologue, sur adressage du médecin traitant. L’IRM montre typiquement une atrophie bilatérale des lobes occipital, pariétal et temporal postérieur, souvent plus marquée à droite.
- Le médecin traitant documente la plainte, écarte les autres causes et rédige la lettre d’adressage. Le guide de la Haute Autorité de santé sur le parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif rappelle que le généraliste oriente vers la consultation mémoire pour confirmer le diagnostic et identifier la maladie en cause. Cette lettre est demandée à la prise de rendez-vous, sans elle le dossier n’avance pas.
- L’examen ophtalmologique reste utile à ce stade, non pas pour trouver la cause, mais pour écarter formellement une maladie de l’œil.
- Le bilan neuropsychologique (il dure souvent plus d’une heure, mieux vaut prévoir la journée sans autre rendez-vous derrière, tant il fatigue) teste séparément mémoire, langage, calcul, écriture, perception visuelle et repérage dans l’espace. C’est lui qui fait apparaître le profil postérieur.
- L’IRM cérébrale recherche l’atrophie des régions postérieures, souvent asymétrique et plus prononcée dans l’hémisphère droit.
- La TEP ou la scintigraphie cérébrale montrent un hypométabolisme de ces mêmes régions, parfois avant que l’IRM ne change.
- L’analyse des biomarqueurs, par ponction lombaire ou imagerie amyloïde, précise la maladie sous-jacente.
Le bon interlocuteur reste la consultation mémoire. Les centres mémoire de ressources et de recherche, les CMRR, sont les structures hospitalières de recours adossées aux CHU, et ce sont eux qui voient le plus souvent les formes rares comme celle-ci. On n’y prend pas rendez-vous directement, on y est adressé, par le médecin traitant ou par une consultation mémoire de proximité. Demandez ce courrier en nommant explicitement les troubles visuels : un dossier qui dit « plainte de mémoire » et un dossier qui dit « troubles visuo-spatiaux avec examen ophtalmologique normal » ne suivent pas le même chemin.
Quels traitements et quel accompagnement existent aujourd’hui ?
Aucun traitement ne guérit les maladies neurodégénératives à l’origine du syndrome de Benson. La prise en charge repose sur les aides visuelles, des programmes de réadaptation, la psychoéducation, des stratégies compensatoires et des exercices cognitifs. La dépression et l’anxiété, fréquentes, se traitent, et l’entourage a besoin d’être formé autant que la personne malade.
Je sais que c’est difficile à entendre, et je préfère l’écrire une fois, franchement, plutôt que de laisser espérer autre chose : aucun traitement ne guérit. Les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, utilisés dans la maladie d’Alzheimer, peuvent soulager certains symptômes ; cette décision appartient au médecin, à personne d’autre. Ce qui change réellement la vie au quotidien, ce sont les professionnels de la rééducation, trop souvent sollicités tard.
L’orthoptiste travaille l’exploration visuelle : comment balayer une page méthodiquement, comment chercher un objet du regard plutôt que d’attendre qu’il « saute aux yeux ». L’ergothérapeute vient au domicile, observe les gestes réels et transforme l’environnement en conséquence. L’orthophoniste intervient sur la lecture, l’écriture et la recherche du mot ; France Alzheimer cite d’ailleurs explicitement l’orthophonie et l’orthoptie dans la rééducation de l’ACP. Le psychologue, enfin, n’est pas un supplément d’âme : Orphanet précise que des traitements antidépresseurs peuvent être bénéfiques aux personnes qui affrontent la frustration, l’irritabilité et la perte de confiance liées à la conscience de leur trouble.
Un dernier point mérite d’être su avant de chercher un groupe de soutien. Orphanet souligne que les besoins des personnes atteintes d’ACP et de leurs aidants ne recoupent pas ceux des formes plus typiques de la maladie d’Alzheimer. Une personne de 58 ans qui ne peut plus lire mais qui se souvient de tout n’a rien à faire dans un atelier pensé pour des troubles de la mémoire. Cherchez des groupes qui connaissent spécifiquement les formes atypiques, et dites-le au moment de la demande.
Adapter le logement quand c’est le cerveau qui ne lit plus l’image
L’adaptation vise une seule chose : réduire la charge d’interprétation visuelle. Contrastes francs, éclairage régulier sans reflets, suppression des motifs au sol et sur les tables, désencombrement des plans de travail, repères tactiles. Ces stratégies compensatoires font partie intégrante de la prise en charge, et c’est l’ergothérapeute qui les met en place.
Un souvenir de mes années en service, avec les troubles de la perception visuelle en général : un carrelage à motifs, et la personne lève le pied comme s’il y avait une marche à franchir. Le motif est lu comme un relief. Ce n’est pas de l’appréhension ni de la lenteur, c’est un cerveau qui fait ce qu’il peut avec une image qu’il décode mal.
- Supprimer les sols, tapis, nappes et rideaux à motifs : un motif se lit comme un faux relief.
- Créer des contrastes francs : assiette unie foncée sur nappe claire, interrupteur qui tranche sur le mur, abattant de toilettes contrasté.
- Désencombrer les plans de travail et les tables : moins d’objets dans le champ, plus de chances d’en retrouver un.
- Éclairer de façon homogène, sans zone d’ombre ni surface brillante qui renvoie la lumière.
- Marquer les marches, les seuils et les bords de trottoir par une bande contrastée.
- Ajouter des repères tactiles sur les objets et les commandes utilisés tous les jours.
- Ranger toujours au même endroit : la mémoire, elle, reste intacte et prend le relais de la vision.
- Nommer à voix haute ce qu’on pose et où on le pose, plutôt que de le désigner du doigt.
Ce dernier geste demande un effort, parce qu’il va contre l’habitude. Dire « ton verre est à droite de ton assiette » aide vraiment ; tendre le doigt vers le verre n’aide pas, puisque suivre une cible du regard est précisément le geste abîmé par la maladie. Dans un logement récent, à l’étranger, ce principe compte encore plus : la personne n’a pas eu le temps de mémoriser les lieux avant que sa vision cérébrale ne se dérègle.
Quels droits ouvre le syndrome de Benson : ALD, APA ou PCH ?
La prise en charge à 100 % relève de l’ALD n° 15, « maladie d’Alzheimer et autres démences », dont la définition réglementaire couvre les démences neurodégénératives. Pour l’aide à l’autonomie, c’est l’âge de survenue qui tranche : la PCH passe par la MDPH avant 60 ans, l’APA par le conseil départemental à partir de 60 ans.
La définition de cette ALD figure à l’annexe de l’article D. 160-4 du code de la sécurité sociale.
Relèvent de l’exonération du ticket modérateur la maladie d’Alzheimer et les démences correspondant à la définition suivante : syndrome dû à une affection cérébrale habituellement chronique et progressive et caractérisé par une perturbation durable de nombreuses fonctions corticales supérieures, telles que la mémoire, l’idéation, l’orientation, la compréhension, le calcul, la capacité d’apprendre, le langage et le jugement.
L’exonération initiale est accordée pour dix ans, renouvelable. C’est le médecin traitant qui rédige le protocole de soins et le transmet au service médical de l’Assurance maladie. Demandez-le sans attendre si personne ne vous en a parlé : il conditionne le remboursement à 100 % des soins liés à la maladie.
L’autonomie soulève ensuite une question administrative, une bascule que beaucoup découvrent trop tard. Quand la maladie débute à 56 ou 58 ans, la personne ne relève pas des dispositifs pensés pour « les personnes âgées » : elle relève du handicap, donc de la MDPH et de la prestation de compensation. La condition d’âge de la PCH est précise : première demande avant 60 ans, ou handicap qui répondait déjà à ses critères avant 60 ans. Cette seconde branche compte, parce qu’elle permet de déposer une demande plus tard tout en se rattachant à l’âge de survenue réel.
| Critère | PCH (MDPH) | APA (conseil départemental) |
|---|---|---|
| Condition d’âge | Première demande avant 60 ans, ou handicap répondant aux critères avant 60 ans | 60 ans et plus |
| Qui évalue | Équipe pluridisciplinaire de la MDPH | Équipe médico-sociale du département, grille AGGIR |
| Condition d’autonomie | Une difficulté absolue ou deux difficultés graves | Perte d’autonomie évaluée en GIR 1 à 4 |
| Aménagement du logement | Jusqu’à 10 000 € sur 10 ans | Possible dans le plan d’aide, dans le plafond du GIR |
| Aides techniques | Jusqu’à 13 200 € sur 10 ans | Possible dans le plan d’aide |
| Ménage, courses, linge | Non financés | Financés dans le plan d’aide |
| Dédommagement de l’aidant familial | Oui, 4,78 € par heure, 7,16 € en cas de réduction d’activité | Non |
| Récupération sur succession | Non | Non |
| Condition de résidence | Résider en France de façon stable et régulière | Résider en France de façon stable et régulière |
Les deux prestations ne sont pas cumulables. À partir de 60 ans, la personne qui remplit les conditions de l’APA peut choisir, au moment du renouvellement de son droit, entre le maintien de la PCH et le passage à l’APA. Ce droit d’option n’est pas définitif, on peut revenir sur son choix à une échéance suivante. Un point rassurant, pour finir sur ce volet : ni l’une ni l’autre n’est récupérable sur la succession du bénéficiaire.
Diagnostic, expertise et aides quand on vit à l’étranger
L’APA et la PCH exigent de résider en France de façon stable et régulière : un retraité installé à l’étranger n’y a pas droit. La couverture maladie, elle, se transfère : le titulaire d’une pension française qui vit dans l’Union européenne, l’EEE ou en Suisse s’inscrit auprès de la caisse de son pays de résidence avec le document portable S1. Et parce que le syndrome de Benson reste une maladie rare, il faut aussi savoir où trouver une expertise dédiée, en plus de la question, déjà connue, des aides perdues au départ.
Le S1, délivré par la caisse qui verse la pension, permet de s’inscrire auprès de l’organisme d’assurance maladie du pays de résidence et d’y recevoir les soins dans les mêmes conditions qu’un assuré local. Le CLEISS, le centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, en détaille la procédure sur son site officiel. Certains organisent malgré tout le bilan spécialisé lors d’un séjour en France, en consultation mémoire, parce qu’ils y ont déjà un médecin qui les suit. Les deux voies existent ; l’essentiel est de ne pas rester avec un compte rendu ophtalmologique normal et aucun rendez-vous derrière.
La question de l’expertise elle-même mérite d’être posée avant de partir, pas après. En France, une filière de santé maladies rares nommée BRAIN-TEAM coordonne les centres de référence des maladies rares du système nerveux central. Elle inclut un centre de référence des démences rares, avec une coordination à l’AP-HP Pitié-Salpêtrière à Paris, des sites à Lille et à Marseille, et un réseau de centres de compétence régionaux. Pour être honnête sur ce que couvre exactement ce centre : son intitulé de pathologies ne cite pas nommément l’atrophie corticale postérieure, il mentionne les dégénérescences fronto-temporales, les dégénérescences cortico-basales, les aphasies primaires progressives et la paralysie supranucléaire progressive. La dégénérescence cortico-basale, une des causes possibles du syndrome de Benson, y figure explicitement, ce qui justifie d’orienter vers lui sans pour autant prétendre qu’il s’agit d’un centre « Benson » nommé comme tel. L’accès se fait par le médecin traitant ou la consultation mémoire, et il existe aussi une ligne d’écoute, Maladies Rares Info Services, au 0 800 40 40 43, pour s’orienter quand on ne sait pas par où commencer.
Pour chercher une expertise une fois installé hors de France, la ressource la plus directe reste celle que vous avez déjà utilisée pour comprendre la maladie : la fiche Orphanet de l’atrophie corticale postérieure recense elle-même plus de 200 centres experts, classés par pays et par spécialité. C’est la meilleure porte d’entrée pour identifier une expertise locale, plutôt que d’espérer tomber par hasard sur le bon neurologue dans un système de santé qu’on connaît encore mal.
La conduite automobile est un autre sujet à ne pas esquiver. Un trouble de l’évaluation des distances et de l’espace n’est pas compatible avec la sécurité au volant, mais ce n’est ni au conjoint ni aux enfants de le décider seuls. La règle est écrite : l’arrêté du 28 mars 2022 fixe la liste des affections médicales incompatibles avec la conduite, ou compatibles avec aménagements ou restrictions, et le titulaire d’un permis atteint d’une affection figurant dans cette liste doit solliciter l’avis d’un médecin agréé dès qu’il en a connaissance. La démarche est décrite sur Service-Public.gouv.fr.
Questions fréquentes
Le syndrome de Benson est-il la maladie d’Alzheimer ?
Pas exactement. C’est un syndrome, c’est-à-dire un ensemble de manifestations, dont la cause sous-jacente la plus fréquente est la maladie d’Alzheimer. D’autres maladies peuvent produire le même tableau : maladie à corps de Lewy, dégénérescence cortico-basale, maladies à prions. Seul un bilan spécialisé permet d’identifier la maladie en cause.
Peut-on avoir un syndrome de Benson avec une vue parfaite aux tests classiques ?
Oui, et c’est ce qui égare le plus longtemps. Orphanet définit l’atrophie corticale postérieure par une altération du traitement visuel supérieur sans aucun signe d’anomalie oculaire. L’acuité et le champ visuel peuvent être mesurés normaux alors que la personne n’arrive plus à lire ni à repérer un objet posé devant elle.
À quel âge le syndrome de Benson commence-t-il ?
Le trouble se manifeste généralement entre 50 et 65 ans selon Orphanet, et le plus souvent avant 65 ans selon France Alzheimer. C’est plus précoce que la forme amnésique classique de la maladie d’Alzheimer, ce qui contribue au retard de diagnostic.
Existe-t-il un traitement qui guérit le syndrome de Benson ?
Non. Il n’existe aujourd’hui aucun traitement des maladies neurodégénératives qui sous-tendent ce syndrome. La prise en charge repose sur les aides visuelles, la réadaptation, la psychoéducation et les stratégies compensatoires ; certains médicaments utilisés dans la maladie d’Alzheimer peuvent soulager des symptômes, sur décision médicale.
La maladie ouvre-t-elle droit à une prise en charge à 100 % ?
Oui, au titre de l’ALD n° 15, « maladie d’Alzheimer et autres démences », définie à l’annexe de l’article D. 160-4 du code de la sécurité sociale. L’exonération initiale est accordée pour dix ans, renouvelable. Le protocole de soins est établi par le médecin traitant.
La maladie a commencé avant 60 ans : APA ou PCH ?
La PCH, via la MDPH, si le handicap répondait à ses critères avant 60 ans. À partir de 60 ans, un droit d’option existe : la personne peut choisir entre le maintien de la PCH et l’APA au moment du renouvellement de son droit, et ce choix n’est pas définitif. Les deux prestations ne sont pas cumulables.
Où trouver un centre expert pour ce syndrome rare ?
En France, la filière de santé maladies rares BRAIN-TEAM coordonne un centre de référence des démences rares (sites de Paris, Lille et Marseille) et un réseau de centres de compétence régionaux, accessibles par le médecin traitant ou la consultation mémoire, ou via la ligne d’écoute Maladies Rares Info Services au 0 800 40 40 43. À l’étranger, la fiche Orphanet de la maladie recense elle-même les centres experts identifiés dans chaque pays.
Un retraité vivant à l’étranger garde-t-il l’APA ?
Non. L’APA comme la PCH supposent de résider en France de façon stable et régulière. En revanche, un retraité du régime français installé dans l’Union européenne, l’EEE ou en Suisse s’inscrit auprès de la caisse maladie de son pays de résidence avec le document portable S1, et il y reçoit les soins dans les mêmes conditions qu’un assuré local.
Peut-on continuer à conduire ?
La question se tranche avec un médecin agréé. L’arrêté du 28 mars 2022 fixe la liste des affections médicales incompatibles avec la conduite, ou compatibles avec aménagements, et le conducteur concerné doit solliciter cet avis dès qu’il a connaissance de son affection. Un trouble de la perception des distances et de l’espace engage directement la sécurité.