Arthrose de la hanche (coxarthrose) : la reconnaître, la soulager, savoir quand la prothèse se discute
L’arthrose de la hanche, ou coxarthrose, est l’usure puis la destruction du cartilage de l’articulation coxo-fémorale, entre le fémur et le bassin. Elle fait mal quand on bouge et se calme quand on s’arrête, ce qui pousse la plupart des gens à bouger de moins en moins. C’est exactement l’inverse de ce que recommande la Haute Autorité de santé, qui fait de l’activité physique adaptée le traitement de première intention de l’arthrose.
Ce qu’il faut retenir
- La douleur de coxarthrose est mécanique : elle apparaît à la marche et dans les escaliers, se calme au repos, et ne réveille pas la nuit.
- Elle siège le plus souvent dans le pli de l’aine, parfois la fesse, plus rarement au genou : une douleur de genou peut venir d’une hanche abîmée.
- Un dérouillage matinal de plus de 15 minutes avec réveil en fin de nuit signe une poussée congestive.
- L’activité physique adaptée est le traitement de première intention, à un rapport bénéfice/risque supérieur aux médicaments (HAS, 2022).
- Pendant une poussée congestive, l’activité physique est contre-indiquée : forcer détruit du cartilage.
- Les antiarthrosiques d’action lente ont un service médical rendu insuffisant et ne sont plus remboursés ; la prothèse se discute sur la douleur, pas sur l’âge.
Sommaire
- Comment reconnaître une arthrose de la hanche ?
- Pourquoi la radiographie ne dit-elle pas l’intensité de la douleur ?
- Pourquoi bouger soulage-t-il alors que le repos aggrave ?
- Les activités physiques adaptées à une hanche arthrosique
- Ce qui aide vraiment, et ce qui ne sert à rien
- Quand la prothèse de hanche se discute-t-elle ?
- Vivre avec une coxarthrose, et se faire opérer, quand on est retraité à l’étranger
- Questions fréquentes sur l’arthrose de la hanche
Comment reconnaître une arthrose de la hanche ?
L’arthrose de la hanche se manifeste par une douleur d’apparition progressive, le plus souvent au pli de l’aine, qui descend vers l’avant ou l’intérieur de la cuisse. Elle augmente à la marche et dans les escaliers, se calme au repos et ne réveille pas la nuit. Une boiterie s’installe avec le temps.
Le siège de la douleur est la première chose qui trompe. Selon l’Assurance maladie, elle se loge d’abord dans l’aine, peut s’installer dans la fesse, et parfois se manifeste au genou : une douleur projetée vers un genou pourtant sain. Des douleurs de genou explorées et radiographiées pendant des mois sans rien y trouver, alors que la hanche était en cause, cela se voit plus souvent qu’on ne croit. À l’inverse, une douleur du bas du dos vient presque toujours des lombaires, pas de la hanche.
Les signes de la vie quotidienne, eux, échappent souvent au médecin faute d’être rapportés : la difficulté croissante à enfiler ses chaussettes, parce que la rotation de la hanche est limitée, à ramasser un objet, à sortir d’une voiture, à monter un escalier. Au réveil, une raideur, avec un court temps de dérouillage, le temps qu’il faut le matin pour que la raideur de l’articulation disparaisse. Cette phase chronique se distingue enfin de la poussée congestive, un épisode d’inflammation passagère de l’articulation : quand le dérouillage dépasse quinze minutes et que la douleur réveille en fin de nuit, on a changé de régime, et la conduite à tenir change avec.
| Caractéristique | Douleur mécanique (arthrose chronique) | Douleur inflammatoire (poussée congestive) |
|---|---|---|
| Déclenchement | À l’effort : marche, escaliers, station debout | Présente dès le matin, même au repos |
| Effet du repos | Calme la douleur | Ne calme pas la douleur |
| Nuit | Ne réveille pas, sauf arthrose très évoluée | Peut réveiller en deuxième partie de nuit |
| Dérouillage matinal | Court | Plus de 15 minutes |
| Conduite à tenir | Maintenir l’activité physique adaptée | Repos relatif de l’articulation, consulter |
La douleur mécanique est celle qui se déclenche à l’effort et se calme au repos, à l’opposé de la douleur inflammatoire qui vous cueille au réveil. La coxarthrose touche environ 10 % des personnes de 65 à 75 ans, et deux tiers des cas apparaissent sans cause anatomique identifiable, le plus souvent après 60 ans.
Pourquoi la radiographie ne dit-elle pas l’intensité de la douleur ?
Le diagnostic associe un examen clinique et une radiographie des deux hanches, mais l’image et la douleur ne se superposent pas. Ameli parle de dissociation radio-clinique : une arthrose visible à la radiographie n’est pas forcément responsable de douleurs, et dans ce cas aucun traitement n’est utile.
L’examen clinique passe en premier. Le médecin mesure la gêne réelle, la distance de marche sans douleur, les mouvements qui la réveillent, les difficultés à s’habiller, puis vous regarde debout et marcher pour repérer une boiterie, allongé pour chercher une limitation de mobilité et une amyotrophie de la cuisse, cette fonte musculaire qui trahit des mois d’immobilité. La radiographie confirme ensuite : pincement de l’interligne, excroissances osseuses appelées ostéophytes, géodes.
Le point qui surprend le plus mérite d’être dit clairement. La douleur de l’arthrose ne vient pas du cartilage abîmé : le cartilage n’est ni innervé ni vascularisé, il ne peut pas faire mal. Elle vient de l’inflammation de l’articulation. Voilà pourquoi on voit des radios catastrophiques chez des gens qui marchent sans gêne, et des radios modérées chez des gens qui souffrent beaucoup ; l’Inserm écrit qu’il n’existe pas d’association systématique entre l’arthrose et la douleur. La conséquence est concrète : la radio sert au diagnostic et au suivi de l’évolution, pas à décider seule d’une opération.
Pourquoi bouger soulage-t-il alors que le repos aggrave ?
Parce que l’activité physique adaptée est le traitement de première intention de l’arthrose. L’arthrose provoque une faiblesse musculaire et des troubles de l’équilibre : moins on bouge, moins les muscles protègent l’articulation, et plus la gêne s’installe. La personne qui s’assoit pour ne plus avoir mal alimente ce qui la fait souffrir.
Un programme d’APA, associant des exercices spécifiques et ciblés de renforcement musculaire, de gain de mobilité articulaire et de proprioception et des exercices non spécifiques d’endurance et de renforcement musculaire, est le traitement de première intention dans l’arthrose. Son rapport bénéfice/risque est supérieur à celui des traitements médicamenteux.
La HAS donne deux repères faciles à retenir : réduire le temps total de sédentarité à moins de 7 heures par jour, et rompre les longues stations assises en bougeant au moins une minute toutes les heures. Ce n’est pas du sport, c’est de l’hygiène de vie, et ça se fait chez soi.
La contrepartie manque systématiquement aux articles qui vendent des séries d’exercices, et elle vaut pourtant aussi fort que le reste.
La poussée congestive de l’articulation arthrosique est une contre-indication à l’AP, car elle peut s’accompagner d’une chondrolyse.
La chondrolyse, en clair, c’est la destruction du cartilage. Pendant une poussée, forcer ne fait pas gagner du terrain, ça en fait perdre : l’activité physique y est contre-indiquée, on se met au repos relatif et on reprend à la fin de l’épisode. Et puisqu’on parle de ce qu’on peut vraiment espérer, autant le dire sans détour : aucun traitement ne régénère le cartilage. Les lésions ne régressent jamais et rien, à ce jour, ne contre l’évolution de la maladie (Inserm). Ce qu’on peut faire, c’est soulager la douleur, entretenir les muscles et retarder le retentissement sur la vie de tous les jours. C’est beaucoup ; ce n’est pas une guérison.
Les activités physiques adaptées à une hanche arthrosique
La marche quotidienne en dehors des poussées, la natation, le vélo : Ameli conseille de privilégier la natation et le vélo plutôt que la course, qui multiplie les microtraumatismes. Le programme d’exercices lui-même se construit avec un kinésithérapeute, qui l’adapte aux capacités de la personne et à ses autres maladies.
Vous ne trouverez pas ici de liste d’exercices à reproduire seul devant un écran, et ce n’est pas une prudence de façade. La HAS recommande d’apprendre un faible nombre d’exercices simples choisis pour vous, et prescrit la rééducation chez un kinésithérapeute en premier lieu dès qu’il existe une raideur, un déficit moteur ou un trouble de l’équilibre, ce qui est le cas de la plupart des hanches arthrosiques symptomatiques. Le kiné évalue, puis construit : c’est son métier, pas celui d’un article.
- Régulière plutôt qu’intense : démarrer à intensité modérée, voire faible, puis augmenter la durée
- Indolore : une activité qui réveille la douleur pendant et après n’est pas la bonne, ou pas à cette intensité
- Peu de mouvements bien appris, plutôt qu’un long enchaînement mal exécuté
- En décharge quand la marche devient difficile : natation, vélo, milieu aquatique
- Interrompue pendant une poussée congestive, reprise à la fin de l’épisode
- Encadrée par un kinésithérapeute dès qu’il existe une raideur ou une faiblesse musculaire
Un conseil très simple est pourtant mal suivi presque partout : la canne se tient du côté opposé à la hanche douloureuse. Tenue du même côté que la hanche malade, elle ne décharge rien ; tenue du bon côté, elle réduit réellement la charge sur l’articulation. Un détail d’aidant, tant qu’on y est : faites régler sa hauteur, une canne trop haute vous fait remonter l’épaule et vous fabrique une douleur de plus. Le poids, enfin. Perdre du poids en cas de surcharge allège les articulations et ralentit leur dégradation ; la HAS en fait, avec l’activité physique, l’un des deux piliers de la prise en charge. Ce n’est pas un détail de confort.
Ce qui aide vraiment, et ce qui ne sert à rien
Aident l’activité physique adaptée, la perte de poids en cas de surcharge, la kinésithérapie, la canne du bon côté et les antalgiques sur avis médical. Ne servent à rien les antiarthrosiques d’action lente : la HAS a conclu à un service médical rendu insuffisant, et l’Assurance maladie ne les rembourse pas.
Côté médicaments, l’ordre est simple. Le paracétamol est l’antalgique de première intention ; s’il ne suffit pas lors d’une poussée, les anti-inflammatoires prennent le relais sur une courte durée et à la dose minimale efficace, à cause de leurs effets digestifs et cardio-vasculaires, particulièrement chez la personne âgée. Je ne donne aucune posologie, c’est l’affaire de votre médecin, à qui il faut signaler tout ce que l’on prend, y compris les médicaments achetés sans ordonnance qui contiennent déjà un antalgique. Les infiltrations de corticoïdes, elles, agissent sur la douleur pendant les poussées, mais aucun effet sur la structure du cartilage : elles font passer un cap, elles ne réparent rien.
Dernière famille, les antiarthrosiques symptomatiques d’action lente, qui réunissent chondroïtine, diacéréine, insaponifiables d’avocat et de soja et glucosamine. La HAS les a réévalués : effets sur la douleur minimes et de pertinence clinique discutable, service médical rendu insuffisant, aucune place dans la stratégie thérapeutique, et donc plus de remboursement. Or ces mêmes substances continuent leur carrière, à doses très variables, sous forme de compléments alimentaires. Quand un produit sort du remboursement pour efficacité insuffisante et réapparaît le mois suivant en boîte colorée avec une promesse de cartilage neuf, le lecteur mérite de le savoir avant de payer. Sans dramatiser, ces produits ne sont pas anodins non plus : troubles digestifs, réactions cutanées, atteintes hépatiques, en particulier avec la diacéréine, dont l’ANSM a jugé le rapport bénéfice/risque défavorable.
| Mesure | Ce qu’elle apporte | Reconnaissance officielle |
|---|---|---|
| Activité physique adaptée | Réduit la douleur, entretient muscles et mobilité | Traitement de première intention (HAS, 2022) |
| Perte de poids si surcharge | Allège la charge, ralentit la dégradation | Composante principale de la prise en charge (HAS, ameli) |
| Kinésithérapie | Construit et encadre le programme | Prescrite en premier en cas de raideur ou de déficit (HAS) |
| Canne du côté opposé | Réduit la charge sur la hanche douloureuse | Recommandée (ameli, HAS) |
| Antalgiques sur avis médical | Soulagent la douleur des poussées | Paracétamol d’abord, AINS en cures courtes (ameli) |
| Infiltration de corticoïdes | Agit sur la douleur | Aucun effet sur la structure du cartilage (ameli) |
| Antiarthrosiques d’action lente | Effets minimes, discutables | Service médical rendu insuffisant, non remboursés (HAS, ameli) |
Quand la prothèse de hanche se discute-t-elle ?
Quand la douleur n’est plus contrôlée par les traitements médicaux et la rééducation, et qu’elle retentit lourdement sur la vie quotidienne, sur une arthrose évoluée radiologiquement. Les quatre conditions vont ensemble : c’est ce faisceau qui fait l’indication, jamais la radiographie seule.
Une radio très abîmée mais indolore n’ouvre pas la porte du bloc : en cas de dissociation radio-clinique, aucun traitement n’est utile. L’Assurance maladie pose le critère du côté du patient, l’importance des douleurs et leur impact sur la vie quotidienne, et c’est le médecin traitant qui adresse au chirurgien. L’âge, lui, n’est pas un critère d’indication : il intervient dans le choix du modèle de prothèse. On n’opère pas quelqu’un parce qu’il a 78 ans, et on ne lui refuse pas l’opération pour la même raison.
La décision se prend avec vous, parce que la seule personne qui sache ce que vous ne pouvez plus faire, c’est vous : combien de mètres avant de vous arrêter, si vous avez renoncé au marché ou à dormir une nuit entière. Ce sont ces données-là, pas l’image, qui pèsent. Deux chiffres pour être honnête jusqu’au bout, tous deux de l’Inserm : l’arthroplastie améliore le plus souvent nettement la qualité de vie, mais 20 % des patients continuent à souffrir après l’intervention, et une prothèse dure en général 15 à 20 ans. Ce sont des données de population, elles ne disent rien de ce qui vous arrivera à vous.
Vivre avec une coxarthrose, et se faire opérer, quand on est retraité à l’étranger
Une opération programmée dans un autre État de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen nécessite au moins une nuit d’hospitalisation. Elle est donc soumise à autorisation préalable de l’Assurance maladie, matérialisée par le document portable S2. Sans cette autorisation, aucune prise en charge n’est possible.
Avant les démarches, il y a le terrain. Beaucoup de retraités s’installent dans des villages du sud de l’Europe et découvrent que la carte postale est faite de pavés, de ruelles en pente et d’immeubles sans ascenseur, que la hanche encaisse tous les jours. Le choix du logement pèse autant que celui du kinésithérapeute : un plain-pied sur terrain plat vaut mieux qu’une jolie vue au troisième sans ascenseur. Les aménagements que recommande Ameli valent partout : supprimer les tapis, dégager les passages, installer des barres d’appui dans la salle de bains, multiplier les éclairages.
Une question revient dès qu’une prothèse se profile : se faire opérer sur place ou rentrer en France ? Si vous choisissez un autre État de l’UE ou de l’EEE, la pose d’une prothèse entre dans les soins programmés soumis à autorisation préalable. Et voici le point que presque tout le monde rate : si vous êtes assuré du régime français mais que vous ne résidez pas en France, vous ne déposez pas votre demande à votre caisse française, mais auprès de l’institution de votre lieu de résidence, qui la transmet à votre caisse d’affiliation (CLEISS). La décision doit être notifiée dans un délai de 14 jours, et l’absence de réponse au-delà vaut accord. En cas d’accord, la caisse délivre le document S2, « Droit aux soins programmés », qui mentionne les soins remboursables, le pays, l’établissement et les dates, à présenter sur place.
Une confusion à éviter, parce qu’elle coûte cher aux urgences : la carte européenne d’assurance maladie couvre les soins imprévus d’un séjour temporaire, elle ne couvre pas une opération programmée. Ce sont deux documents différents, et le S2 se demande avant de partir sur la table, pas après.
Questions fréquentes
Une douleur au genou peut-elle venir de la hanche ?
Oui. Ameli décrit une douleur projetée depuis la hanche vers un genou pourtant sain. C’est plus rare que la douleur du pli de l’aine ou de la fesse, mais cela explique qu’on explore parfois un genou sans rien y trouver. Une radiographie des deux hanches lève le doute.
Faut-il arrêter de marcher quand on a de l’arthrose de la hanche ?
Non, sauf pendant une poussée congestive. En phase chronique, la marche quotidienne est conseillée et l’activité physique adaptée est le traitement de première intention. La poussée congestive, elle, est une contre-indication à l’activité physique : elle impose un repos relatif de l’articulation jusqu’à la fin de l’épisode douloureux.
Les compléments à la glucosamine ou à la chondroïtine sont-ils utiles ?
La HAS a conclu que le service médical rendu des médicaments contenant ces substances était insuffisant : leurs effets sur la douleur sont minimes et de pertinence clinique discutable. Ils ne sont plus remboursés. Ces mêmes substances restent vendues, à doses très variables, sous forme de compléments alimentaires.
De quel côté faut-il tenir sa canne ?
Du côté opposé à la hanche douloureuse. Tenue du même côté que la hanche malade, la canne ne soulage pas l’articulation ; tenue du bon côté, elle réduit réellement la charge. Il faut aussi en régler la hauteur, une canne trop haute crée une douleur d’épaule.
Existe-t-il un traitement qui répare le cartilage de la hanche ?
Non. L’Inserm indique que les lésions du cartilage ne régressent jamais et qu’il n’existe pas encore de traitement pour contrer l’évolution de la maladie. Les traitements disponibles soulagent la douleur et entretiennent la fonction ; aucune molécule n’a démontré qu’elle enrayait la destruction du cartilage.
L’âge est-il une raison de refuser une prothèse de hanche ?
Non. L’indication repose sur la douleur non contrôlée et le retentissement sur la vie quotidienne, après échec des traitements médicaux et de la rééducation. L’âge intervient dans le choix du modèle de prothèse, avec l’état de santé et l’anatomie de la hanche, pas dans la décision d’opérer.
Peut-on se faire poser une prothèse dans son pays de résidence à l’étranger ?
Oui, mais la pose d’une prothèse nécessite au moins une nuit d’hospitalisation : dans l’UE ou l’EEE, elle est soumise à autorisation préalable, avec délivrance du document S2. Un assuré du régime français résidant hors de France dépose sa demande auprès de l’institution de son lieu de résidence, qui la transmet à sa caisse. Sans autorisation, aucune prise en charge.