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Antidépresseurs et risque de chute chez la personne âgée

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Antidépresseurs et risque de chute chez la personne âgée

Les antidépresseurs font partie des médicaments associés à un risque de chute après 65 ans, comme les autres psychotropes. Ce risque est documenté et se surveille avec le médecin. Il ne justifie jamais d’arrêter un traitement de sa propre initiative, car la dépression laissée sans soin fait tomber elle aussi. Voici ce qu’en dit la Haute Autorité de santé, comment un antidépresseur peut favoriser une chute, et ce qu’un proche peut faire d’utile.

Ce qu’il faut retenir

  • La Haute Autorité de santé classe la prise de psychotropes parmi les facteurs prédisposants de chute après 65 ans.
  • La même liste retient le syndrome dépressif : une dépression non traitée expose aussi à la chute.
  • Sous antidépresseur, les effets les plus rapportés sont chutes, nausées, étourdissements, céphalées, et plus rarement l’hyponatrémie.
  • Un antidépresseur ne s’arrête jamais seul : l’arrêt est progressif et programmé par le médecin.
  • En 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en France.
  • Devant des chutes répétées, la première intervention recommandée est la révision de l’ordonnance par le médecin.

Sommaire

Les antidépresseurs augmentent-ils vraiment le risque de chute ?

Oui. La prise de psychotropes, dont les antidépresseurs, figure parmi les facteurs prédisposants de chute retenus par la Haute Autorité de santé chez les plus de 65 ans, et la chute compte parmi les effets indésirables les plus fréquents sous antidépresseur chez le sujet âgé. Ce risque se surveille au fil des consultations, sans condamner pour autant le traitement.

La HAS retient une longue série de facteurs prédisposants : âge supérieur à 80 ans, sexe féminin, antécédents de fractures, polymédication, prise de psychotropes, de diurétiques, de digoxine ou d’antiarythmiques de classe I, troubles de la marche et de l’équilibre, faiblesse des jambes, arthrose, baisse de la vue, déclin cognitif. Et le syndrome dépressif lui-même : le médicament et la maladie qu’il traite figurent côte à côte dans cette liste.

En maison de retraite, j’ai rarement vu une chute n’avoir qu’une seule cause. La personne voit moins bien, elle a mal aux genoux, elle prend sept médicaments, elle dort mal, elle sort peu. La HAS parle de chutes répétées dès deux chutes sur douze mois, et tient l’association de plus de trois facteurs de risque pour un signe de gravité en soi.

Santé publique France recense, chez les 65 ans et plus en 2024, 174 824 hospitalisations et 20 148 décès en lien avec une chute, avec un taux de mortalité 29 fois plus élevé après 85 ans qu’entre 65 et 74 ans. Chez une personne très âgée, une chute grave ouvre souvent la voie à une perte d’autonomie brutale.

Les mécanismes qui font tomber : sédation, tension, sodium

Quatre mécanismes sont documentés. La sédation ralentit la réaction au déséquilibre. L’hypotension orthostatique provoque un étourdissement au lever. L’hyponatrémie trouble la vigilance. Enfin, certaines classes ajoutent des effets anticholinergiques ou des troubles du rythme cardiaque. L’intensité est maximale à l’instauration et à chaque changement de dose.

La sédation est le plus intuitif de ces mécanismes. Un antidépresseur qui endort ralentit le réflexe qui, chez un sujet plus jeune, rattrape un faux pas. Au quotidien, le moment le plus à risque reste le lever nocturne pour aller aux toilettes, dans une chambre mal éclairée, avec un tapis qui traîne.

L’hypotension orthostatique, c’est-à-dire la baisse de la pression artérielle au passage à la position debout, est explicitement citée par l’Assurance Maladie parmi les effets indésirables des ISRS. C’est le vertige au bord du lit, au moment de se mettre debout.

L’hyponatrémie, la baisse du taux de sodium dans le sang, relie deux listes qu’on rapproche rarement. Effet indésirable reconnu des ISRS et des IRSN, elle est aussi, du côté de la chute, un facteur précipitant que la HAS demande de rechercher par un ionogramme chez une personne âgée qui chute. La prise de sang prescrite après une chute va chercher ce déséquilibre-là.

Restent les imipraminiques, les anciens antidépresseurs dits tricycliques. Leurs effets anticholinergiques et cardiaques justifient un électrocardiogramme avant l’instauration, et ils ne sont prescrits qu’en seconde intention, après échec des autres traitements. Si votre proche en prend, c’est un choix médical réfléchi, réservé à des situations où le reste n’a pas suffi.

Classe d’antidépresseur Effets pouvant favoriser une chute Place dans la prescription
ISRS (recapture de la sérotonine) Hypotension orthostatique, chute, hyponatrémie, agitation, tremblements, insomnie Première intention
IRSN (sérotonine et noradrénaline) Sédation, vertiges, céphalées, hyponatrémie, variations de tension, palpitations Première intention
Autres antidépresseurs Somnolence et sédation, surtout en début de traitement, hypotension pour certains Première intention
Imipraminiques (tricycliques) Effets anticholinergiques, troubles du rythme, aggravation cognitive possible Seconde intention, ECG préalable

Source : Assurance Maladie, prise en charge de l’épisode dépressif caractérisé chez le sujet âgé.

Les antidépresseurs sont-ils les seuls médicaments qui font tomber ?

Non, loin de là. Les benzodiazépines et les hypnotiques apparentés sont les prescriptions potentiellement inappropriées les plus fréquentes chez les 75 ans et plus, et les chutes comptent parmi leurs effets connus. La HAS cite aussi les diurétiques, la digoxine et les antiarythmiques de classe I. La polymédication est, à elle seule, un facteur de risque.

En 2019, d’après l’Assurance Maladie, près de 40 % des 75 ans et plus avaient reçu au moins une prescription potentiellement inappropriée, et les trois premières étaient des benzodiazépines ou des hypnotiques apparentés. Au-delà de douze semaines, ces médicaments exposent à des somnolences diurnes, à des chutes, à des troubles de la mémoire et à une dépendance, et la durée de prescription des hypnotiques est limitée à 4 semaines.

Les familles s’étonnent souvent qu’on s’attarde sur le petit somnifère du soir, celui qu’une mère prend depuis quinze ans et qui « ne lui fait rien ». Il ne l’endort plus vraiment, ce somnifère, mais il continue de peser sur son équilibre à quatre heures du matin.

Classe de médicaments Mécanisme pouvant favoriser la chute Repère officiel
Benzodiazépines et hypnotiques apparentés Somnolence diurne, troubles de la mémoire, chutes, dépendance Prescriptions inappropriées les plus fréquentes après 75 ans (Assurance Maladie)
Antidépresseurs Sédation, hypotension orthostatique, hyponatrémie, étourdissements Psychotropes retenus comme facteur prédisposant (HAS)
Antipsychotiques Altération de la démarche, somnolence, symptômes extrapyramidaux Risque accru de décès et d’AVC (Assurance Maladie)
Diurétiques, digoxine, antiarythmiques de classe I Hypotension, troubles du rythme, malaise Cités parmi les facteurs prédisposants (HAS)
Médicaments anticholinergiques Confusion, vision floue, rétention urinaire Effets anticholinergiques signalés chez le sujet âgé (Assurance Maladie)

Arrêter seul son antidépresseur, la fausse bonne idée

Quand un arrêt est décidé, il se fait progressivement, programmé par le médecin, après une phase de consolidation d’au moins douze mois suivant la rémission. Interrompre le traitement de son propre chef expose à des signes de sevrage et à une rechute dépressive, elle-même facteur de chute.

On n’arrête jamais un antidépresseur seul.

L’Assurance Maladie est précise sur la mécanique : l’arrêt se fait progressivement et de façon programmée en cas de rémission complète, soit après 12 mois minimum pour un premier et un deuxième épisode dépressif caractérisé (des symptômes installés presque tous les jours depuis au moins deux semaines), et après 24 mois minimum pour un troisième. Ce délai correspond au temps qu’il faut pour consolider la rémission et éviter la rechute.

La dépression du sujet âgé est une maladie grave, et elle reste insuffisamment diagnostiquée. Elle se dissimule derrière des plaintes physiques, une fatigue, un changement d’humeur, parfois des troubles de mémoire que la famille attribue à l’âge. Environ 40 % des cas échapperaient au repérage en médecine de premier recours, et sa prise en charge s’inscrit dans la prévention du risque suicidaire. Sa prévalence, selon l’Inserm, atteignait 5,5 % en 2017, en hausse depuis 2010.

Retirer le comprimé sans avis, c’est risquer une rechute qui fait tomber elle aussi, et priver le médecin de la décision. Le geste utile est plus simple : signaler ce qui change, les étourdissements, la somnolence dans la journée, les pertes d’équilibre, une confusion nouvelle, et les chutes, même sans gravité apparente.

Que fait le médecin après une chute sous antidépresseur ?

La HAS recommande une démarche en trois temps : d’abord chercher les signes de gravité, ensuite les facteurs de risque, enfin proposer des interventions. La révision de l’ordonnance arrive en tête de ces interventions : le médecin réexamine chaque ligne, l’antidépresseur compris, pour n’ôter que ce qui doit l’être.

La correction des facteurs de risque modifiables est la première étape du traitement.
  1. Chercher les signes de gravité : traumatisme, impossibilité de se relever du sol, syndrome post-chute, cette sidération des automatismes de la marche accompagnée d’une peur de tomber, ou maladie aiguë ayant causé la chute (trouble du rythme, AVC, infection, hypoglycémie).
  2. Chercher les facteurs de risque : hypotension orthostatique, hyponatrémie recherchée par ionogramme, troubles de la marche évalués par des tests standardisés, vision, chaussage, éclairage et encombrement du logement, sans oublier un dosage de la vitamine D.
  3. Réviser l’ordonnance, ligne par ligne, et corriger le modifiable : ce réexamen relève du médecin.
  4. Mettre en place la prévention : chaussage adapté, marche régulière, kinésithérapie d’équilibre, apports en calcium et vitamine D, aide technique à la marche, traitement anti-ostéoporotique si l’ostéoporose est avérée.

Un outil reste trop peu utilisé : le bilan partagé de médication, conduit par le pharmacien en lien avec le médecin traitant. Il s’adresse aux patients de 65 ans et plus ayant au moins une pathologie chronique et prenant au moins cinq molécules prescrites pour six mois ou plus, autant dire beaucoup de monde.

Le réflexe qui aide vraiment, pour un aidant : arriver en consultation avec la liste complète des médicaments (y compris ceux achetés sans ordonnance, le sirop pour la toux, le somnifère emprunté à une voisine, qui comptent tout autant), la date des chutes et leurs circonstances. Le moment où survient la chute, au lever du lit, la nuit, après le repas, aide le médecin à cibler la cause.

Réduire le risque de chute sans toucher au traitement

L’essentiel du risque se réduit sans toucher à l’ordonnance. La HAS recommande une intervention qui combine plusieurs axes : activité physique régulière, kinésithérapie de l’équilibre, chaussures adaptées, correction des facteurs environnementaux, apports en calcium et en vitamine D, aide technique à la marche si elle est nécessaire.

La kinésithérapie recommandée suit un cahier des charges précis. Elle associe un travail de l’équilibre postural, statique et dynamique, et un renforcement de la force musculaire des jambes, avec des exercices d’intensité faible à modérée poursuivis en autorééducation entre les séances. Côté nutrition osseuse, la HAS chiffre : un apport calcique alimentaire de 1 à 1,5 g par jour, et la correction d’une éventuelle carence en vitamine D par au moins 800 UI par jour.

La HAS signale aussi trois situations à haut risque, bonnes à connaître pour les proches : une ostéoporose avérée, la prise d’anticoagulants, et l’isolement social et familial. Ce dernier facteur, le moins attendu, figure pourtant noir sur blanc dans la recommandation.

Reste ce que la chute laisse derrière elle : la peur de tomber, la restriction des activités, le syndrome post-chute. La HAS demande de réévaluer la personne dans un délai d’une semaine pour les rechercher. Cesser de sortir de son fauteuil après une chute pourtant bénigne n’a rien d’anodin, même à 85 ans : c’est souvent le signe qu’il faut réagir vite, pas attendre.

Vivre à l’étranger sous antidépresseur : quelles précautions ?

L’expatriation crée deux risques concrets : la rupture de traitement, faute d’ordonnance valable sur place, et la perte du fil de la surveillance, faute d’interlocuteur unique. À l’étranger, le traitement a besoin d’un relais organisé : un médecin sur place, une ordonnance locale et une liste de traitements à jour.

Dans la plupart des pays de résidence, une ordonnance française ne suffit pas pour une délivrance en pharmacie. Il faut consulter un médecin sur place pour faire reprendre le traitement sur une ordonnance locale. Et la même molécule porte souvent un nom commercial différent d’un pays à l’autre : c’est le nom de la molécule, sa dénomination commune internationale, qui permet de faire le lien d’un pays à l’autre.

Entre le départ de France et l’installation, il s’écoule parfois plusieurs semaines sans médecin référent. C’est la période où la tolérance du traitement, les étourdissements, la somnolence, devrait justement rester sous l’œil de quelqu’un. C’est aussi celle où l’on est tenté de rationner ses dernières boîtes pour tenir jusqu’au prochain rendez-vous, une fausse économie qui met à sec au plus mauvais moment. L’approvisionnement se prépare avant le départ, tant qu’il reste des boîtes d’avance.

Un dernier point, que le cumul de prescripteurs rend redoutable. Un médecin en France, un médecin dans le pays de résidence, parfois un spécialiste, et personne n’a l’ordonnance complète sous les yeux. La liste écrite de tous les médicaments, tenue à jour et présentée à chaque consultation, reste le seul document qui empêche les doublons et les interactions dangereuses.

Questions fréquentes

Mon proche a chuté une seule fois : faut-il déjà en parler au médecin ?

Oui. Une chute, même sans blessure, est une information médicale. La HAS considère l’augmentation récente de la fréquence des chutes et les troubles de l’équilibre comme des signes de gravité, et recommande de réévaluer la personne dans la semaine pour rechercher une peur de tomber, une restriction des activités ou un syndrome post-chute.

L’hyponatrémie sous antidépresseur, est-ce fréquent ?

L’Assurance Maladie la classe parmi les effets indésirables les moins communs des antidépresseurs, mais elle la cite explicitement pour les ISRS et les IRSN. Elle compte ici parce que la HAS demande de rechercher une hyponatrémie par ionogramme chez une personne âgée qui fait des chutes répétées : c’est un facteur précipitant à corriger.

Peut-on demander à changer d’antidépresseur à cause du risque de chute ?

La question se pose au médecin, seul à même de peser le bénéfice et le risque selon le terrain, les autres maladies et les traitements associés. L’Assurance Maladie rappelle que le traitement est adaptable : la posologie peut être modifiée, la molécule peut être changée. Ce qui est exclu, c’est de le décider soi-même.

La psychothérapie peut-elle remplacer le médicament ?

Selon l’Assurance Maladie, l’accompagnement psychologique doit être systématiquement proposé et peut constituer l’unique traitement en cas d’épisode dépressif d’intensité légère. Pour un épisode modéré ou sévère, il complète le traitement médicamenteux. La décision revient au médecin.

Un somnifère est-il plus risqué qu’un antidépresseur pour les chutes ?

Les deux classes sont concernées. L’Assurance Maladie rappelle que les benzodiazépines et les hypnotiques apparentés sont les prescriptions potentiellement inappropriées les plus fréquentes chez les 75 ans et plus, que leur prise au long cours expose à des somnolences diurnes et à des chutes, et que la durée de prescription des hypnotiques est limitée à quatre semaines.

Que faut-il apporter à la consultation après une chute ?

La liste complète des médicaments, y compris ceux achetés sans ordonnance, la date et les circonstances des chutes, et les mesures de tension prises debout et couchée si elles ont été faites. C’est ce qui permet au médecin de conduire la révision de l’ordonnance recommandée par la HAS.

À retenir : le risque de chute lié aux médicaments se corrige avec le médecin, jamais en cachant un comprimé.

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