Perte de mémoire chez une personne âgée : causes, signes d’alerte et quand consulter
La perte de mémoire est un symptôme aux causes multiples ; plusieurs d’entre elles se corrigent complètement une fois identifiées. Chez une personne âgée, un oubli isolé n’a rien d’anormal, tandis qu’une difficulté nouvelle qui gêne les gestes du quotidien doit conduire à consulter. Cet article pose cette frontière, détaille les causes les plus fréquentes de la perte de mémoire après 60 ans, dont les dix signes qui doivent alerter pour une maladie d’Alzheimer, et précise quand et comment consulter, en France comme à l’étranger.
Ce qu’il faut retenir
- Un oubli ponctuel et sans conséquence reste normal ; ce qui doit alerter, c’est une difficulté nouvelle qui gêne les actes de la vie quotidienne (s’habiller, cuisiner, gérer ses médicaments) ou qui rompt avec le fonctionnement antérieur de la personne (HAS).
- Plusieurs causes de perte de mémoire sont réversibles : dépression, somnifères et anxiolytiques, carence en vitamine B12, hypothyroïdie, troubles du sommeil, alcool. Traitées, elles s’améliorent.
- Chez une personne âgée, une dépression sévère peut abaisser un score de test cognitif au niveau d’un stade sévère de maladie d’Alzheimer : seul un avis spécialisé tranche (HAS).
- France Alzheimer recense dix signes qui doivent alerter, des pertes de mémoire répétées à la modification de la personnalité, à comparer au fonctionnement antérieur de la personne.
- Un trouble de mémoire brutal associé à une difficulté à parler, une faiblesse d’un membre ou un visage déformé impose d’appeler le 15 ou le 112.
- Le médecin traitant est le premier interlocuteur, avant toute consultation mémoire spécialisée ; attendre ou minimiser retarde la prise en charge des causes qui se corrigent.
- À l’étranger, l’évaluation commence chez le médecin de premier recours du pays de résidence ; un retour en France pour un bilan mémoire complet reste possible pour les retraités du régime français.
Sommaire
- Perte de mémoire : oubli normal ou signe qui doit alerter ?
- Les causes les plus fréquentes de perte de mémoire chez une personne âgée
- Les 10 signes qui doivent alerter, selon France Alzheimer
- Qui consulter, et à quel moment, pour une perte de mémoire ?
- Quand faut-il appeler le 15 ou le 112 ?
- Que se passe-t-il lors d’un bilan de mémoire ?
- Perte de mémoire : ce qu’il ne faut pas faire
- Comment faire évaluer sa mémoire quand on vit à l’étranger ?
- Questions fréquentes
Perte de mémoire : oubli normal ou signe qui doit alerter ?
Un oubli reste banal quand il porte sur un détail isolé et qu’il se corrige de lui-même : chercher un mot qui finit par revenir, égarer ses clés et les retrouver, oublier un rendez-vous qu’on n’avait noté nulle part. Il doit alerter quand il porte sur des faits récents, qu’il se répète et qu’il commence à gêner l’habillage, la cuisine, les courses ou la gestion des médicaments.
Chercher où l’on a posé ses clés arrive à tout âge, y compris à 40 ans. Ne plus savoir à quoi sert un trousseau de clés touche à l’usage de l’objet lui-même, pas seulement à son rangement : c’est ce type de rupture, entre oublier un fait et perdre le sens d’une chose familière, que le médecin cherche à repérer dans l’entretien.
La fréquence des trous de mémoire augmente avec l’âge, en période de surcharge, de stress ou d’émotion forte : c’est un fait établi, pas une anomalie à traiter. L’Assurance Maladie le dit sans détour, des oublis espacés dans le temps, sans autre symptôme, ne justifient pas de prendre rendez-vous. Le critère qui tranche n’est pas la fréquence des oublis mais la rupture avec le fonctionnement antérieur de la personne, et son retentissement sur la vie quotidienne.
La plainte mnésique, cette gêne de mémoire rapportée par la personne ou par son entourage, est le motif qui déclenche une évaluation médicale. La Haute Autorité de santé la considère comme inquiétante lorsqu’elle est isolée mais persistante, ou associée à des oublis complets d’événements marquants qu’aucun indice ne permet de retrouver, à une désorientation dans l’espace, à une difficulté à dater les événements, à un manque du mot répété, à une difficulté à utiliser des objets du quotidien, à un changement de caractère (irritabilité, perte d’initiative) ou à des conduites à risque comme une erreur de dosage sur les médicaments.
| Situation | Oubli bénin lié à l’âge | Signe qui doit alerter |
|---|---|---|
| Trouver ses mots | Le mot revient plus tard, la phrase se termine | Manque du mot fréquent, phrase abandonnée, discours moins fluide |
| Objet égaré | Retrouvé en retournant sur ses pas | Rangé dans un endroit incongru, introuvable même en refaisant le trajet |
| Usage d’un objet familier | Aucune hésitation sur son usage | Ne sait plus à quoi sert l’objet ou comment s’en servir |
| Repères dans le temps | On oublie la date et on la retrouve peu après | Perte durable de la notion du jour, du mois ou de la saison |
| Rendez-vous | Un oubli isolé, rattrapé par un agenda | Oublis répétés d’événements récents, mêmes questions posées en boucle |
| Gestion courante | Un paiement raté une fois | Difficulté durable à gérer ses factures, erreurs sur ses médicaments |
| Autonomie | Intacte | Aide nécessaire pour s’habiller, cuisiner, faire ses courses |
Entre l’oubli d’inattention et la maladie installée, il existe un stade intermédiaire : le déclin cognitif léger, un trouble objectivé aux tests alors que l’autonomie reste préservée dans les activités essentielles. Il reste distinct d’une démence et peut se stabiliser pendant des années. Certaines causes réversibles suffisent à le mimer, comme le rappelle la Fondation Alzheimer.
Les causes les plus fréquentes de perte de mémoire chez une personne âgée
Le vieillissement normal ralentit un peu la récupération d’un mot ou d’un souvenir, sans jamais toucher à l’autonomie. Au-delà, deux familles de causes se distinguent : celles qui se corrigent, une dépression, un médicament, une carence, une thyroïde ralentie, et les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer est la plus fréquente. Le bilan cherche toujours les premières avant d’envisager les secondes.
La dépression du sujet âgé abîme l’attention, l’élan et l’accès aux souvenirs, et elle se confond facilement avec un trouble neurocognitif : les deux coexistent souvent chez la même personne. La HAS le formule sans détour : en cas de trouble neurocognitif, une altération objectivée d’une ou plusieurs fonctions cognitives associé à une dépression sévère, le score d’un test cognitif peut descendre au niveau d’un stade sévère de maladie d’Alzheimer. Un mauvais score ne signe donc rien à lui seul, et un premier épisode dépressif chez une personne âgée doit être pris au sérieux par un avis spécialisé (psychiatre, gériatre ou neurologue) avant de conclure quoi que ce soit sur le plan cognitif.
Les médicaments figurent parmi les premières pistes à examiner. Les somnifères et les anxiolytiques altèrent temporairement la mémorisation, d’autant plus que la personne est âgée. S’y ajoute l’effet anticholinergique, qui bloque l’acétylcholine, le neurotransmetteur de la mémoire et de l’attention : on le retrouve dans des traitements du sommeil, des allergies, des nausées, de la dépression ou de l’incontinence, et son action se cumule d’un médicament à l’autre. La HAS recommande une révision de l’ordonnance avec l’ensemble des prescripteurs, pour repérer et retirer les molécules qui entretiennent la confusion. Un traitement ne s’arrête jamais de sa propre initiative : c’est au prescripteur de réviser l’ordonnance, complète en main, y compris ce qui a été acheté sans elle.
Le sommeil consolide les souvenirs, c’est le moment où le cerveau range ce qu’il a encodé dans la journée. Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité, comme dans le syndrome d’apnées du sommeil, perturbe cette consolidation. Les ronflements bruyants, les pauses respiratoires observées par le conjoint et la somnolence en journée sont des indices à signaler au médecin, même quand on vient consulter pour la mémoire.
Une carence en vitamine B12 ou en folates se recherche sur une simple prise de sang, selon le contexte clinique. Une hypothyroïdie se dépiste par un dosage de thyréostimuline (TSH), et l’Assurance Maladie précise que sous traitement, les symptômes disparaissent ; c’est pour cette raison que la HAS place la TSH en tête du bilan devant tout trouble cognitif avéré. La consommation excessive d’alcool est une cause reconnue de troubles mnésiques, notamment par les carences qu’elle entraîne, et elle figure parmi les facteurs de risque de maladie d’Alzheimer identifiés par l’Inserm. Dans cette même liste figure la perte d’audition : une oreille qui capte mal une conversation transmet une information appauvrie au cerveau, et la personne se retire peu à peu des échanges qui entretenaient sa mémoire. Un appareillage n’est pas un traitement de la mémoire, mais il fait partie du tableau.
| Cause | Type | Ce que le médecin recherche | Évolution une fois la cause traitée |
|---|---|---|---|
| Dépression | Réversible | Entretien, avis spécialisé en cas de doute avec un trouble neurocognitif | Amélioration cognitive possible sous traitement de la dépression |
| Somnifères, anxiolytiques, molécules anticholinergiques | Réversible | Révision de l’ordonnance avec les prescripteurs | Amélioration après allègement ou substitution du traitement |
| Carence en vitamine B12 ou folates | Réversible | Dosage sanguin selon le contexte | Correction de la carence |
| Hypothyroïdie | Réversible | Dosage de TSH, puis T4L si la TSH est anormale | Disparition des symptômes sous traitement |
| Syndrome d’apnées du sommeil | Réversible | Interrogatoire sur le sommeil, enregistrement du sommeil | Mémorisation améliorée par la prise en charge du sommeil |
| Consommation excessive d’alcool | Réversible en partie | Interrogatoire, recherche de carences | Amélioration à l’arrêt de l’intoxication chronique |
| Maladie d’Alzheimer | Neurodégénérative | Tests cognitifs, IRM, biomarqueurs si nécessaire | Pas de guérison, prise en charge pour ralentir et accompagner |
| Démence vasculaire | Vasculaire | IRM, facteurs de risque cardiovasculaires | Contrôle des facteurs de risque, séquelles persistantes |
Restent des causes qui n’entrent dans aucune des deux colonnes : le stress, l’anxiété, une fatigue importante, une crise d’épilepsie qui laisse une amnésie transitoire, une intoxication au monoxyde de carbone, les séquelles d’un traumatisme crânien. S’y ajoute un tableau impressionnant mais bénin, qui affole presque toujours l’entourage la première fois : l’ictus amnésique, une amnésie globale transitoire qui survient le plus souvent entre 50 et 70 ans. La personne pose les mêmes questions en boucle, oublie les réponses au fur et à mesure, puis tout redevient normal en quelques heures. Dix-sept pour cent des personnes concernées vivent plus d’un épisode (Assurance Maladie). Cela se signale au médecin, sans préfigurer une démence.
Quand aucune de ces causes ne se corrige, il faut envisager une maladie neurodégénérative. Elle s’installe lentement : les oublis portent d’abord sur les faits récents, puis s’ajoutent des troubles de l’orientation, du langage et des fonctions exécutives, avec une perte progressive d’autonomie. Selon l’Inserm, la maladie d’Alzheimer est rare avant 65 ans ; après cet âge, elle touche 2 à 4 % de la population générale, une proportion qui monte à 23 % à 80 ans. En France, 1 à 1,2 million de personnes vivent avec la maladie, et 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. D’autres maladies neurocognitives donnent des tableaux voisins, la maladie à corps de Lewy et la dégénérescence frontotemporale notamment, distinguées par la clinique, l’imagerie et parfois les biomarqueurs du liquide cérébrospinal.
Quatorze facteurs de risque modifiables sont aujourd’hui reconnus par l’Inserm : faible niveau d’instruction, sédentarité, tabagisme, consommation excessive d’alcool, hypertension, hypercholestérolémie, obésité, diabète, perte d’audition ou de vision, dépression, manque de contacts sociaux, pollution de l’air, traumatismes crâniens. Agir sur ces facteurs ne garantit rien à l’échelle individuelle ; laisser filer, à l’inverse, ne protège de rien.
Toutes les plaintes ne concernent pas la mémoire et tous les troubles de la mémoire ne sont pas dus à une maladie d’Alzheimer.
Les 10 signes qui doivent alerter, selon France Alzheimer
France Alzheimer regroupe dix signes qui concernent la maladie d’Alzheimer (la plus fréquente des maladies neurodégénératives, mais pas la seule). Pris isolément, ils restent souvent anodins ; associés et installés depuis plusieurs mois, ils doivent conduire à consulter. Le point de comparaison n’est jamais une moyenne : c’est le fonctionnement antérieur de la personne elle-même.
- Des pertes de mémoire qui perturbent la vie quotidienne : oublier une information tout juste donnée, redemander plusieurs fois la même chose, dépendre de pense-bêtes ou de proches pour des tâches gérées seul jusque-là.
- Des difficultés à planifier ou à résoudre un problème : suivre une recette connue, tenir un budget mensuel ou respecter un plan devient laborieux, avec des erreurs inhabituelles.
- Une difficulté à réaliser des tâches familières : se perdre dans la préparation d’un repas habituel, ne plus se souvenir des règles d’un jeu pratiqué depuis des années, ne plus savoir se servir d’un appareil du quotidien.
- Une confusion dans le temps ou l’espace : perdre le fil des dates, des saisons, ou ne plus se repérer dans un lieu pourtant familier.
- Des difficultés avec les repères visuels et spatiaux : mal évaluer les distances, les couleurs ou les contrastes, ce qui complique la lecture ou la conduite.
- De nouveaux problèmes de langage, à l’oral comme à l’écrit : chercher un mot simple, en substituer un autre qui n’a pas de sens, perdre le fil d’une conversation.
- Égarer des objets sans pouvoir revenir sur ses pas : ranger un objet dans un endroit incongru et ne plus réussir à refaire mentalement le trajet pour le retrouver.
- Une baisse du jugement : des décisions financières inhabituelles, une tenue inadaptée à la météo, un relâchement de l’hygiène qui détonne avec les habitudes.
- Un retrait de la vie professionnelle ou sociale : abandonner un loisir, un club ou des sorties, sans explication qui tienne.
- Des changements d’humeur et de personnalité : une anxiété, une méfiance ou une irritabilité nouvelles, un caractère qui devient différent de ce qu’il a toujours été.
Un signe isolé ne suffit pas. C’est leur association et leur installation dans la durée qui doit être rapportée au médecin traitant (France Alzheimer). Cette grille ne remplace pas l’entretien clinique : elle donne aux proches un repère concret pour comparer, mois après mois, ce qu’ils observent avec ce qu’ils connaissaient de la personne avant.
Qui consulter, et à quel moment, pour une perte de mémoire ?
Le premier interlocuteur est toujours le médecin traitant, jamais un spécialiste choisi seul ni une consultation mémoire prise en direct. Un rendez-vous se justifie devant des oublis répétés ou récents qui gênent la vie quotidienne ; c’est le médecin traitant qui décide ensuite d’orienter, ou non, vers un bilan plus approfondi.
Les signes qui justifient de prendre rendez-vous, selon l’Assurance Maladie, sont concrets : oublis répétés ou de fréquence croissante, gêne pour s’habiller, cuisiner, ranger ou faire ses courses, parole moins fluide, égarement ou oubli de sa destination en sortant, difficulté à lire, à jouer aux cartes, à calculer de tête, difficulté à faire des projets ou à structurer une idée. L’humeur compte aussi : une personne devenue dépressive, anxieuse ou agressive doit consulter.
Le témoignage de l’entourage pèse autant que celui de la personne elle-même, en particulier quand elle minimise ses propres difficultés. Un conseil que je donne systématiquement : venir avec des exemples datés plutôt qu’avec des impressions. « Il a laissé le gaz allumé deux fois en mars » donne au médecin une prise concrète ; « il n’est plus comme avant » n’en donne aucune.
C’est cet entretien qui décide de la suite : bilan biologique, imagerie, ou orientation directe vers une consultation mémoire selon ce que l’examen initial fait apparaître.
Quand faut-il appeler le 15 ou le 112 ?
Un trouble de mémoire d’apparition brutale, associé à un autre signe neurologique ou survenant juste après un traumatisme crânien, est une urgence : appelez le 15 ou le 112. En dehors de ces situations, une perte de mémoire persistante ou qui s’aggrave se traite par un rendez-vous chez le médecin traitant, sans urgence mais sans le laisser traîner non plus.
Un seul des signes suivants, associé à un trouble de mémoire soudain, suffit à justifier l’appel du 15 ou du 112. Il peut s’agir d’un accident vasculaire cérébral ou d’une première crise d’épilepsie. Ne perdez pas de temps.
- Engourdissement du visage, sourire impossible, lèvre tombante d’un côté
- Perte de force, engourdissement ou paralysie brutale d’un membre
- Difficulté à parler, à répéter une phrase ou à comprendre son interlocuteur
- Perte soudaine de l’équilibre
- Mal de tête intense, brutal et inhabituel
- Trouble de la vision, même temporaire
- Altération de la conscience ou désorientation dans le temps et l’espace
- Convulsions
Le 114 permet d’alerter les secours par SMS pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou dysphasiques. C’est une information à connaître avant d’en avoir besoin, le jour où elle sert vraiment.
Que se passe-t-il lors d’un bilan de mémoire ?
Le bilan commence par un entretien avec la personne et, si possible, avec un proche. Il date les troubles, retrace leur évolution et mesure leur retentissement quotidien. Le médecin traitant prescrit ensuite un bilan biologique, une imagerie cérébrale en cas de trouble avéré et récent, puis oriente si besoin vers une consultation mémoire.
- Dosage de thyréostimuline (TSH)
- Hémogramme et CRP
- Natrémie, calcémie, glycémie, albuminémie
- Bilan rénal
- Vitamine B12 et folates, selon le contexte
- Bilan hépatique, selon le contexte
- Sérologie syphilitique, VIH ou maladie de Lyme, selon le contexte
Cette liste vient du guide du parcours de soins de la HAS. S’y ajoute une imagerie cérébrale, demandée systématiquement pour tout trouble cognitif avéré et récent, afin de ne pas passer à côté d’un processus expansif intracrânien ou de séquelles d’accident vasculaire cérébral, et d’objectiver une éventuelle atrophie. Des tests cognitifs complètent l’examen, dont le plus connu est le MMSE : ils ne suffisent jamais, à eux seuls, à poser un diagnostic ni à en déterminer l’origine, et s’interprètent avec l’âge, le niveau socio-éducatif, l’état affectif et la vigilance de la personne.
Si le tableau reste incertain ou sévère, le médecin oriente vers une consultation mémoire, voire vers un centre mémoire de ressources et de recherche en CHU. L’Inserm recense plus de 400 sites de consultation mémoire répartis sur le territoire.
Il n’existe pas de médicaments pour renforcer et améliorer la mémoire.
Ce qui améliore les symptômes, c’est la cause traitée : changement de traitement, suivi psychologique, prise en charge des troubles du sommeil, arrêt d’une intoxication chronique. Une prise en charge orthophonique ou en atelier mémoire peut être proposée quand les troubles sont importants.
Perte de mémoire : ce qu’il ne faut pas faire
Attendre, en se disant que ça passera. Minimiser, en se disant que c’est l’âge. Ces réflexes retardent la prise en charge des causes qui se corrigent, parfois en quelques semaines une fois identifiées.
Un oubli qui gêne le quotidien n’est pas plus « normal » à 85 ans qu’à 60 : il a une cause, et cette cause se cherche. Se fier à un test de mémoire trouvé en ligne pour se rassurer, ou au contraire pour se faire peur, ne remplace pas un entretien avec un médecin qui connaît la personne : ces outils ne sont pas calibrés, ne tiennent pas compte du niveau d’études ni de l’état du jour, et un résultat isolé ne veut rien dire hors de ce contexte.
Fixer soi-même une échéance avant de consulter, « on verra dans six mois si ça continue », revient à laisser s’installer ce qui pourrait se corriger bien plus vite. Cacher le problème au médecin traitant, par gêne ou par peur du diagnostic, retire justement à ce médecin l’information dont il a besoin pour chercher en premier une cause réversible.
En tant qu’infirmière coordinatrice, j’ai accompagné des familles qui avaient repoussé un diagnostic pendant des années par crainte du mot lui-même. Je ne pose pas de diagnostic depuis mon expérience de terrain, mais je sais reconnaître le moment où une hésitation devient un renoncement. Un diagnostic posé tôt laisse du temps pour désigner une personne de confiance, exprimer des directives anticipées et organiser l’aide à domicile, pendant qu’elle peut encore décider. Posé tard, il ne laisse plus que des décisions prises dans l’urgence, à sa place.
Comment faire évaluer sa mémoire quand on vit à l’étranger ?
L’évaluation commence dans le pays de résidence, chez le médecin de premier recours local, exactement comme en France on commence par le médecin traitant. En Union européenne, dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni, le formulaire E 121/S1 délivré par la caisse de retraite avant le départ permet de s’inscrire au régime de sécurité sociale local, qui prend alors les soins en charge selon ses propres règles. Il est individuel et nominatif, un formulaire par personne, conjoint compris.
La caisse d’assurance maladie française reste compétente pour les soins reçus lors des séjours temporaires en France, et pour délivrer la carte européenne d’assurance maladie, valable deux ans au maximum. Hors de ces zones, les frais de santé ne sont plus couverts par l’Assurance Maladie française : la prise en charge dépend alors d’une éventuelle convention bilatérale, d’une adhésion à la Caisse des Français de l’étranger ou d’une assurance privée.
Selon le pays, l’accès à une consultation mémoire spécialisée suit des circuits différents de ceux de la France : demandez au médecin local comment fonctionne l’orientation hospitalière dans le système local, un centre équivalent au CHU français n’a pas toujours le même nom ni le même mode d’accès. Ce qui voyage bien, en revanche, ne dépend pas du pays : la liste complète des traitements, avec les molécules et les dosages, pas seulement les noms commerciaux (ils changent d’un pays à l’autre, et un médecin étranger ne devinera pas ce que contient une boîte française), les comptes rendus et bilans sanguins antérieurs, et si possible un proche qui témoigne de ce qu’il observe. Le bilan de première intention (TSH, hémogramme, vitamine B12, folates) se réalise dans n’importe quel laboratoire d’analyses.
La téléconsultation avec un médecin français peut compléter un suivi déjà engagé, entre deux passages en France, mais elle ne remplace pas un examen clinique complet, et les conditions de prise en charge d’une téléconsultation faite depuis l’étranger ne sont pas systématiques : mieux vaut vérifier auprès de sa caisse avant d’en faire un plan de suivi. Un retour en France pour un bilan mémoire complet reste possible, et les soins reçus lors d’un séjour temporaire en France restent pris en charge pour les retraités du régime français installés en UE/EEE. Quand ce déplacement se prépare, autant regrouper les rendez-vous et présenter le dossier complet en une seule fois plutôt que de le fractionner sur plusieurs voyages.
Les tests cognitifs sont sensibles au niveau socio-éducatif et culturel, donc à la langue. Passer un test de mémoire dans une langue qu’on parle correctement mais qui n’est pas la sienne fausse le résultat, en général vers le bas. Signalez au médecin que le français est votre langue maternelle, et demandez si le test peut être passé dans cette langue ou avec un interprète.
Questions fréquentes
La perte de mémoire est-elle toujours le signe d’une maladie d’Alzheimer ?
Non. La HAS rappelle que tous les troubles de la mémoire ne sont pas dus à une maladie d’Alzheimer. Une dépression, un médicament, une carence en vitamine B12, une hypothyroïdie ou un sommeil de mauvaise qualité altèrent la mémorisation, et ces causes se corrigent. C’est précisément ce que le bilan cherche en premier.
Un oubli occasionnel doit-il inquiéter ?
Non, s’il reste isolé et sans conséquence. La fréquence des trous de mémoire augmente naturellement avec l’âge, et des oublis espacés dans le temps, sans autre symptôme, ne justifient pas de rendez-vous (Assurance Maladie). Ce qui compte, c’est la rupture avec le fonctionnement antérieur et la gêne dans la vie quotidienne, à 60 ans comme à 85 ans.
Quels sont les 10 signes qui doivent alerter pour la maladie d’Alzheimer ?
France Alzheimer recense : pertes de mémoire qui gênent le quotidien, difficultés à planifier, difficulté à réaliser des tâches familières, confusion dans le temps ou l’espace, difficultés avec les repères visuels, nouveaux problèmes de langage, objets égarés sans pouvoir revenir sur ses pas, baisse du jugement, retrait social, changements d’humeur et de personnalité. Un signe isolé ne suffit pas ; c’est leur association et leur durée qui comptent.
Une dépression peut-elle imiter les troubles de la mémoire d’une démence ?
Oui, et c’est fréquent chez la personne âgée. La HAS indique qu’en cas de dépression sévère, le score d’un test cognitif peut être comparable à celui observé à un stade sévère de maladie d’Alzheimer. Un avis spécialisé est nécessaire pour distinguer les deux, d’autant qu’elles coexistent parfois chez la même personne.
Un test de mémoire suffit-il à poser un diagnostic ?
Non. Les tests de repérage ne suffisent ni à poser un diagnostic de trouble neurocognitif ni à en déterminer l’origine. Ils s’interprètent en tenant compte de l’âge, du niveau socio-éducatif, de l’état affectif et de la vigilance de la personne.
Existe-t-il un médicament pour améliorer la mémoire ?
Non. L’Assurance Maladie est explicite : il n’existe pas de médicament pour renforcer et améliorer la mémoire. Ce qui améliore les symptômes, c’est le traitement de la cause quand elle est identifiée : changement de traitement, suivi psychologique, prise en charge des troubles du sommeil, arrêt d’une intoxication chronique.
Une perte de mémoire brutale qui dure quelques heures, est-ce grave ?
Le plus souvent, il s’agit d’un ictus amnésique : une amnésie globale transitoire, bénigne, qui survient le plus souvent entre 50 et 70 ans et régresse en une demi-heure à quelques heures. Mais si le trouble s’accompagne d’un signe neurologique (parole, force, équilibre, vision), il faut appeler le 15 ou le 112 sans attendre.
Comment faire évaluer sa mémoire quand on vit à l’étranger ?
Par le médecin de premier recours du pays de résidence, avec un dossier complet (traitements en dénomination commune internationale, comptes rendus, bilans biologiques antérieurs). Le formulaire E 121/S1 ouvre l’inscription au régime local en UE/EEE/Suisse/Royaume-Uni. Un retour en France pour un bilan complet reste possible, les soins lors d’un séjour temporaire restant pris en charge pour les retraités du régime français.