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Retraite à l’étranger : le guide pour préparer son départ

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guide pratique de la retraite à l'étranger

Au 31 décembre 2024, 1 065 125 retraités du régime général français résidaient à l’étranger, soit 7,1 % de l’ensemble des retraités. Le chiffre est en baisse continue depuis 2006, contrairement à ce qu’on lit encore dans beaucoup d’articles non mis à jour. Préparer sa retraite à l’étranger demande de trancher trois questions structurantes : le pays de destination, les démarches pour continuer à percevoir sa pension, et la fiscalité applicable selon la convention signée entre la France et le pays d’accueil.

Ce guide fait le point sur les chiffres officiels à jour, les étapes concrètes du projet, les démarches administratives réelles et la couverture santé selon les pays.

Ce qu’il faut retenir

  • Au 31 décembre 2024, 1 065 125 retraités du régime général résidaient à l’étranger, soit 7,1 % des retraités. L’effectif baisse de 11 000 sur un an et diminue de façon continue depuis 2006 (source CNAV).
  • La pension de retraite française peut être perçue partout dans le monde sans limite de durée. Il n’existe aucun « compteur 183 jours » qui suspendrait la pension : la règle des 183 jours concerne uniquement la résidence fiscale.
  • L’ASPA et l’ASI ne sont pas versées à l’étranger et exigent une résidence en France. C’est la seule vraie exception au principe de portabilité de la pension.
  • Un certificat de vie annuel doit être transmis à sa caisse de retraite pour éviter la suspension des versements. Les résidents d’Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Luxembourg, Portugal, Danemark et Pays-Bas en sont dispensés grâce à l’échange automatique de données entre administrations.
  • Depuis le 1er janvier 2024, le statut fiscal de Résident Non Habituel (RNH) au Portugal n’est plus ouvert aux nouveaux retraités. Les anciens bénéficiaires conservent leur statut jusqu’à la fin de leurs 10 ans.
  • Dans l’UE, l’EEE et la Suisse, le formulaire S1 délivré par la CNAV ouvre le droit aux soins du pays d’accueil. La CFE n’est pas nécessaire. Hors UE et sans convention bilatérale, la CFE santé ou une assurance privée internationale deviennent utiles.
  • Neuf retraités français expatriés sur dix vivent en Europe (51 %, dont 46 % dans l’UE) ou en Afrique (43 %). L’Asie et l’Amérique concentrent 3 % chacune.

Sommaire

Combien de retraités français vivent à l’étranger et où ?

Au 31 décembre 2024, 1 065 125 retraités du régime général résidaient à l’étranger selon la CNAV, soit 7,1 % de l’ensemble. C’est 11 000 de moins que l’année précédente, dans une tendance à la baisse continue depuis 2006. Neuf retraités expatriés sur dix vivent en Afrique (43 %) ou en Europe (51 %, dont 46 % dans l’UE).

Bon, alors il faut tout de suite nuancer la lecture de ces chiffres. La pension globale mensuelle moyenne versée à un retraité résidant à l’étranger est de 323 euros, pour une masse annuelle de 4,1 milliards d’euros. Cette moyenne basse n’est pas le signe de « petites retraites françaises versées au soleil ». Elle s’explique par la très forte proportion de droits dérivés (comprendre pensions de réversion) servis à des veuves qui vivent dans leur pays d’origine, notamment en Afrique où 61 % des retraités ne perçoivent qu’un droit dérivé. Ce sont souvent d’anciens travailleurs immigrés ou leurs ayants droit, pas des Français partis s’installer au Maroc après leur carrière à Lille.

Profil des retraités français à l’étranger

Le profil des retraités expatriés diffère sensiblement de celui des retraités résidant en France. La part des hommes y est plus importante qu’en métropole (46 % chez les plus de 80 ans résidant à l’étranger contre 37 % en France, source CNAV). L’âge moyen est légèrement supérieur. 2 885 centenaires du régime général vivaient hors de France fin 2024.

La répartition par continent donne une lecture claire du phénomène.

ContinentPart des retraités expatriésParticularité
Europe (UE + hors UE)51 %Droit direct majoritaire, formulaire S1 applicable dans l’UE
Afrique43 %Droit dérivé majoritaire (61 %), profil historique lié aux parcours professionnels franco-maghrébins
Asie3 %Droit direct, aucune convention sécu pour la plupart des pays
Amérique3 %Droit direct, conventions fiscales avec USA, Canada, Brésil, Mexique
OcéanieMarginalConventions fiscales avec Australie et Nouvelle-Zélande

Pour la petite histoire, plusieurs articles qu’on trouve encore en tête des résultats Google annoncent « 1 million de retraités français à l’étranger, en hausse de 10 % par an ». C’est faux sur les deux points : l’effectif tourne autour de 1,07 million et il diminue chaque année depuis 2006. Ces articles n’ont pas été mis à jour. Bref, j’y reviens.

À retenir : la baisse du nombre de retraités français à l’étranger depuis près de vingt ans tient en grande partie à la disparition progressive des générations de travailleurs immigrés retournés dans leur pays d’origine à la retraite.

Peut-on toucher sa retraite française en vivant à l’étranger sans limite ?

Oui, la pension de retraite française peut être perçue partout dans le monde sans limite de durée ni de jours passés à l’étranger. Contrairement à une idée reçue tenace, il n’existe aucun « compteur 183 jours » qui couperait la pension après six mois d’absence. La règle des 183 jours concerne uniquement la résidence fiscale, c’est-à-dire le pays dans lequel on est imposé.

La confusion est massive, et pas seulement chez les lecteurs. J’ai vu des cas où des conseillers bancaires eux-mêmes disaient à leurs clients retraités de « ne pas dépasser 6 mois à l’étranger pour ne pas perdre leur retraite ». C’est complètement faux. La pension de base (CNAV et régimes alignés) et la pension complémentaire (Agirc-Arrco et régimes spéciaux) restent versées où que vive le retraité, y compris dans un pays qui n’a aucune convention avec la France.

La règle des 183 jours concerne la résidence fiscale, pas la pension

Bon, autrement dit : si vous passez plus de 183 jours par an à l’étranger et que vous n’avez plus votre résidence principale ni vos intérêts économiques en France (critères de l’article 4 B du Code général des impôts), vous devenez résident fiscal étranger. Cela change le pays dans lequel vos revenus sont imposés, en application de la convention fiscale bilatérale. Cela ne change en rien le versement de votre pension.

Deux choses différentes donc : d’un côté, le droit à la pension, qui est universel et inconditionnel sur la durée. De l’autre, la fiscalité, qui dépend de votre résidence fiscale et de la convention signée entre la France et le pays d’accueil. Les confondre, c’est comme confondre le permis de conduire et la carte grise : les deux sont liés à la voiture, les deux n’ont rien à voir.

Les deux exceptions : ASPA et ASI

Il y a quand même deux exceptions, et elles sont importantes. L’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées, anciennement minimum vieillesse) et l’ASI (allocation supplémentaire d’invalidité) sont des allocations de solidarité soumises à une condition stricte de résidence en France métropolitaine ou dans les DOM. Un retraité qui part vivre à l’étranger perd le bénéfice de l’ASPA dès son départ. Le versement s’arrête automatiquement, il faut le signaler à sa caisse de retraite.

La démarche est réversible : au retour en France, il est possible de déposer une nouvelle demande. Mais tant que le retraité vit à l’étranger, l’ASPA n’est pas versée. C’est une vraie différence avec la pension de droit direct et la pension de réversion, qui elles sont portables sans limite.

Quelles sont les étapes clés pour préparer sa retraite à l’étranger ?

Préparer sa retraite à l’étranger demande 12 à 24 mois d’anticipation sérieuse. Choisir le pays, liquider sa retraite en France, signaler son départ à sa caisse de retraite, organiser sa couverture santé selon le pays, anticiper la fiscalité et les conventions bilatérales, gérer le transfert de ses comptes bancaires sont les étapes incontournables. Aucune n’est optionnelle.

Avant de détailler, une remarque de méthode. J’ai vu des cas où des retraités partaient après deux courts séjours d’une semaine dans le pays de destination. Ce n’est pas assez. Un séjour d’essai de plusieurs semaines, idéalement en morte-saison (pour voir l’envers du décor touristique), et dans des conditions qui se rapprochent de la vie réelle (location longue durée dans un quartier résidentiel, pas suite d’hôtel en bord de mer), est nécessaire avant de s’engager. Anticiper sans objet, c’est de l’angoisse. Anticiper en listant huit étapes concrètes, c’est de la méthode.

Étape 1 : choix du pays

Les critères à comparer sont connus mais souvent mal pondérés. Coût de la vie comparé à votre pension nette. Climat sur 12 mois, pas seulement l’été. Qualité et accessibilité des soins, y compris pour une pathologie lourde hypothétique. Sécurité au quotidien. Proximité avec la France (délai et coût d’un retour rapide en cas d’urgence). Existence d’une convention fiscale avec la France. Existence d’une convention de sécurité sociale. Facilité d’obtention d’un titre de séjour longue durée.

Étape 2 : liquidation de la retraite en France avant le départ

À la lettre : déposer sa demande de retraite via info-retraite.fr environ 6 mois avant la date de départ souhaitée. Obtenir un relevé de carrière à jour. Si vous avez exercé votre activité dans plusieurs pays européens, la coordination communautaire permet de totaliser les trimestres. C’est un des rares cas où la règle est simple et efficace.

Étape 3 : signaler son changement de résidence

La démarche se fait par courrier postal à votre caisse régionale (Carsat), avec votre nouvelle adresse, nom, prénom, numéro de sécurité sociale et justificatifs. Même chose à chaque changement de coordonnées bancaires. Ce n’est pas automatique, hein : tant que vous n’avez pas signalé, la caisse considère que vous vivez toujours en France, avec les conséquences que ça peut avoir sur les courriers et le certificat de vie.

Étape 4 : organiser le compte bancaire

Deux options. Conserver son compte français et recevoir la pension dessus, puis transférer selon les besoins vers un compte local. Ou ouvrir un compte local dans le pays d’accueil et y recevoir directement la pension par virement international. Les frais bancaires associés au virement international varient fortement d’une banque à l’autre, vérifiez avant de trancher.

Étape 5 : organiser la couverture santé

Les règles sont radicalement différentes selon le pays de destination. UE, EEE, Suisse : formulaire S1 via la CNAV. Pays à convention bilatérale de sécurité sociale : règles spécifiques à la convention. Pays sans convention : CFE santé ou assurance privée internationale. Le détail est dans la section dédiée plus bas.

Étape 6 : anticiper la fiscalité

Vérifier l’existence d’une convention fiscale entre la France et le pays d’accueil. La liste à jour au 30 juin 2024 est publiée par la Direction générale des Finances publiques sur le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). Identifier le type de vos pensions (publique, privée, sécurité sociale au sens de la convention) pour savoir quel pays les imposera. Suivre les obligations déclaratives des deux pays pendant l’année du déménagement, qui est un cas particulier.

Étape 7 : gérer son bien immobilier en France

Vente, location meublée non professionnelle, résidence secondaire. Trois options qui n’ont pas les mêmes conséquences fiscales. La détention d’un bien en France génère une obligation fiscale française (revenus fonciers, taxe foncière, IFI éventuel) quel que soit le statut de résidence. J’ai accompagné en 2023 une amie de Catherine qui avait oublié de déclarer ses revenus fonciers pendant deux ans au motif qu’elle « ne vivait plus en France ». La résidence fiscale à l’étranger n’exonère pas de l’impôt sur les revenus de source française.

Étape 8 : anticiper le retour éventuel

Beaucoup de retraités rentrent en France à 75-80 ans, par choix ou par nécessité (santé, veuvage, rapprochement familial). Prévoir à l’avance un logement disponible ou un filet familial en France évite une situation précaire. Ne pas vendre sa maison française « parce qu’on ne reviendra jamais » si on n’est pas sûr, tout simplement.

Quelles démarches pour continuer à toucher sa retraite à l’étranger ?

Trois démarches principales : signaler son changement de résidence et ses coordonnées bancaires à sa caisse de retraite, transmettre un certificat de vie chaque année pour justifier son existence, et mettre à jour sa situation fiscale. La plupart des démarches sont désormais dématérialisées via info-retraite.fr et l’application mobile « Mon compte retraite ».

Le certificat de vie, pièce maîtresse

Le certificat de vie est le document annuel qui justifie auprès de votre caisse de retraite que vous êtes toujours en vie. Obligatoire pour la plupart des retraités expatriés. Envoyé par la caisse de retraite chaque année, à faire remplir et viser par une autorité locale compétente : mairie, notaire, consulat de France. À retourner signé dans les délais, sous peine de suspension des versements.

Je ne parle pas en théorie. Ma première année au Portugal, en 2022, j’ai oublié de renvoyer mon certificat de vie dans les délais. La Carsat a suspendu mes versements pendant 3 mois. Ça m’a appris que ce n’est pas juste une paperasse, c’est un déclencheur. Le système est binaire : document reçu dans les délais, paiement maintenu. Document en retard, suspension automatique jusqu’à régularisation. Personne ne vous téléphone pour vous le rappeler.

Les quatre modalités de transmission

Il y a désormais quatre façons de transmettre le certificat de vie, à choisir selon votre équipement et votre pays de résidence.

  1. En ligne sur info-retraite.fr, rubrique « Ma retraite à l’étranger » depuis votre espace personnel. Le plus rapide pour ceux qui ont accès à internet et un compte activé.
  2. Sur l’application mobile « Mon compte retraite ». Même service que le site, en version mobile.
  3. Via l’application « Mon certificat de vie » avec reconnaissance faciale biométrique depuis un smartphone. Ouverte aux retraités éligibles, elle évite le déplacement en mairie ou au consulat. La version la plus confortable quand on y a accès.
  4. Par voie postale : Centre de traitement certificat de vie, CS 13 999 ESVRES, 37 321 TOURS Cedex 9, FRANCE. L’option historique, toujours valide, avec les délais postaux internationaux qui vont avec (comptez 2 à 4 semaines selon le pays).

Les huit pays dispensés de certificat de vie

Les retraités résidant en Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Luxembourg, Portugal, Danemark et Pays-Bas n’ont plus à fournir de certificat de vie. Les administrations de ces huit pays échangent directement les informations de vie avec les caisses françaises, par échange automatique de données. C’est un avantage pratique majeur, très peu mis en avant par les sites qu’on trouve en ligne.

En pratique, quand je suis arrivé au Portugal en 2022, le dispositif n’était pas encore totalement étendu. Il l’est devenu depuis. Mes amis installés à Lagos depuis 2024 ne reçoivent plus de certificat de vie à retourner. Je continue à en recevoir un par habitude administrative, mais je comprends qu’il ne devrait plus m’être demandé. Ce genre de transition n’est pas toujours limpide, il faut suivre.

Attestation de situation maritale

Demandée en plus du certificat de vie pour les bénéficiaires d’une pension de réversion. Elle permet à la caisse de vérifier qu’il n’y a pas eu remariage, ce qui entraînerait selon les régimes la cessation ou la réduction de la réversion. À la lettre : si vous touchez une réversion et que vous vous remariez, il y a des conséquences, ne l’oubliez pas.

Déclaration fiscale française même en étant non-résident

Devenir résident fiscal étranger ne vous dispense pas de toute déclaration française. Si vous percevez encore des revenus de source française (retraite publique restant imposable en France, revenus fonciers, plus-values immobilières), vous devez déclarer chaque année sur impots.gouv.fr, avec le formulaire 2042 et les annexes non-résident adaptées. Le centre des impôts des non-résidents (CINR) gère ces dossiers.

Comment fonctionnent les impôts et les conventions fiscales quand on est retraité à l’étranger ?

Quand un retraité passe plus de 183 jours par an à l’étranger et n’a plus ses intérêts principaux en France, il devient résident fiscal étranger. La convention fiscale bilatérale entre la France et le pays d’accueil détermine alors où chaque type de pension est imposable. En l’absence de convention, une double imposition reste techniquement possible.

Bon, le sujet est technique mais pas sorcier. La France a conclu des conventions fiscales avec plus de 120 États. Elles suivent presque toutes le modèle OCDE, qui définit la notion de résidence fiscale, la répartition du droit d’imposer par type de revenu et les mécanismes pour éliminer la double imposition. Le BOFiP publie la liste à jour des conventions en vigueur.

La notion de résidence fiscale

L’article 4 B du Code général des impôts fixe quatre critères pour établir la résidence fiscale française. Foyer en France. Lieu de séjour principal en France (plus de 183 jours). Activité principale en France. Centre des intérêts économiques en France. Un seul de ces critères remplis suffit à être considéré comme résident fiscal français.

Pour un retraité sans activité professionnelle, le critère du séjour principal (plus de 183 jours par an) est en général le plus simple à vérifier. Mais attention : le critère du centre des intérêts économiques peut vous rattraper si vous avez encore beaucoup de patrimoine en France (immobilier, placements financiers, comptes bancaires), même en vivant 10 mois par an à l’étranger. Noir sur blanc, l’administration fiscale peut requalifier votre résidence fiscale si elle estime que votre lien économique avec la France reste prépondérant.

Les trois types de pensions selon les conventions

Les conventions fiscales distinguent trois catégories de pensions, qui ne recoupent pas exactement la classification française usuelle. Il faut s’y habituer.

Type de pension (classification OCDE)Correspondance françaisePays d’imposition (règle générale)
Pension publiqueFonctionnaires d’État, militaires, collectivités territoriales (services rendus à l’État)En général, pays payeur (la France)
Pension privéeActivité dans le secteur privé, assurances vie, PEREn général, pays de résidence du retraité
Pension de sécurité socialeRégime général, Agirc-Arrco, régimes non salariésVariable selon les conventions

Cette classification est théorique, les conventions particulières peuvent dévier. J’ai vu des cas où un cadre supérieur à la retraite au Portugal se croyait imposé sur sa complémentaire Agirc-Arrco au Portugal (au titre d’une pension « privée ») alors que la convention franco-portugaise la traite comme pension de sécurité sociale, avec des règles différentes. Avant de signer quoi que ce soit, lisez la convention qui vous concerne. Elle est publique sur le site impots.gouv.fr.

Fin de la CSG, de la CRDS et de la CASA

Un effet concret et positif du changement de résidence fiscale : la CSG (9,2 %), la CRDS (0,5 %) et la CASA (0,3 %) ne sont plus prélevées sur les pensions dès lors que la résidence fiscale n’est plus en France. Pour une pension de 2 000 euros bruts mensuels, l’économie représente environ 200 euros par mois, soit 2 400 euros annuels. Ce n’est pas rien.

Double imposition et mécanisme de crédit

Quand une convention existe, la double imposition est généralement éliminée par l’un des deux mécanismes : exonération dans l’un des deux pays, ou crédit d’impôt imputé dans le pays de résidence pour l’impôt payé dans le pays source. En l’absence de convention, la double imposition reste possible, la France prévoyant en général un crédit d’impôt unilatéral pour atténuer l’effet, mais ce n’est pas automatique.

Point important depuis 2022 : l’échange automatique d’informations entre administrations fiscales (Common Reporting Standard de l’OCDE) rend la transparence obligatoire. Un retraité expatrié ne peut plus « oublier » de déclarer ses comptes bancaires dans les deux pays. Le CRS a réglé pas mal de situations ambiguës et resserré la surveillance sur les anciens RNH portugais qui ne payaient plus rien dans aucun des deux pays.

Comment organiser sa couverture santé selon le pays de destination ?

Trois cas de figure, bien distincts. Dans l’UE, l’EEE et la Suisse, le formulaire S1 délivré par la CNAV ouvre le droit aux soins du pays d’accueil aux frais du régime français. Dans un pays avec convention bilatérale de sécurité sociale, les règles de la convention s’appliquent. Sans convention, il faut souscrire à la CFE santé ou à une assurance privée internationale.

Cas 1 : UE, EEE, Suisse et formulaire S1

Le retraité demande à sa caisse de retraite française une attestation de droit aux soins, qu’on appelle couramment formulaire S1. Cette attestation, remise à l’organisme de sécurité sociale du pays de résidence, ouvre les droits aux soins dans ce pays aux conditions locales. Les dépenses sont remboursées entre administrations, le retraité n’a rien à avancer au-delà du reste à charge local habituel. Aucune cotisation supplémentaire à la CFE n’est nécessaire dans ce cas.

C’est important de le noter : je lis encore des articles qui affirment que « dans l’UE, il faut verser 3,5 % de sa pension à la CFE ». C’est faux, tout simplement. Dans l’UE, le S1 suffit, la CFE est inutile pour la santé. La confusion vient peut-être d’une généralisation abusive d’une disposition qui concernait autre chose à une autre époque. Dans la vraie vie, en 2026, vous n’avez rien à cotiser à la CFE si vous vivez en Espagne, au Portugal ou en Allemagne.

Cas 2 : pays à convention bilatérale de sécurité sociale

Une vingtaine de pays ont signé une convention bilatérale de sécurité sociale avec la France, distincte des conventions fiscales. Maroc, Tunisie, Algérie, Québec, États-Unis, plusieurs pays d’Afrique francophone, Israël, entre autres. Les règles varient d’une convention à l’autre. Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss) publie les textes à jour et les modalités pratiques par pays.

Cas 3 : pays sans convention bilatérale

Thaïlande, Bali, la plupart de l’Amérique latine hors Brésil, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est et d’Afrique subsaharienne. Pas de remboursement par la Sécurité sociale française. Trois options pour se couvrir.

Option A : la CFE santé (Caisse des Français de l’Étranger). Cotisation trimestrielle forfaitaire selon l’âge et la composition familiale, de l’ordre de 162 à 1 461 euros par trimestre selon l’offre et le profil, pour l’offre RetraitExpat Santé dédiée aux retraités (tarifs indicatifs 2025, à vérifier auprès de la CFE au moment de l’adhésion). Remboursement sur la base du tarif français, c’est-à-dire par exemple 18,55 euros pour une consultation chez un généraliste (70 % de 26,50 euros). Dans un pays où la même consultation coûte 80, 150 ou 300 euros, le reste à charge peut être massif.

Option B : assurance santé privée internationale (April International, Mondassur, Henner, Malakoff Humanis, entre autres). Couvre en général au réel, avec des réseaux de soins partenaires et un service d’assistance rapatriement. Les cotisations varient fortement selon l’âge et le pays, et augmentent avec l’âge du souscripteur, ce qui peut devenir coûteux à 75 ou 80 ans.

Option C : adhésion au régime local de santé du pays d’accueil, quand c’est ouvert aux étrangers résidents. Variable selon les pays, souvent avec des conditions d’ancienneté ou de niveau de revenus.

La CFE, précisions utiles

La CFE est une caisse de sécurité sociale volontaire. L’adhésion n’est pas obligatoire. Environ 200 000 personnes y sont affiliées, toutes catégories confondues (actifs, étudiants, retraités). Elle a deux branches très différentes qu’il ne faut pas confondre.

  • La CFE vieillesse, destinée aux actifs expatriés qui veulent continuer à valider des trimestres pendant leur expatriation. Cotisation calculée sur le salaire, plafonnée au plafond annuel de la sécurité sociale (47 100 euros en 2025). Sans objet pour un retraité qui a déjà liquidé sa pension.
  • La CFE santé, destinée à toute personne expatriée voulant conserver une couverture maladie alignée sur le régime français. Cotisation forfaitaire selon l’âge et la famille. Offre RetraitExpat Santé spécifique pour les retraités.

Cette distinction n’est pas un détail, plusieurs articles sur le web les mélangent et en tirent des affirmations fausses. Pour un retraité hors UE sans convention, c’est la CFE santé qui peut être utile, pas la CFE vieillesse.

Cas particulier Alsace-Moselle

Les retraités bénéficiant du régime local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle peuvent continuer à en bénéficier en s’expatriant dans un État de l’UE, sous réserve d’en informer la Carsat Alsace-Moselle dans les deux ans suivant l’attribution de leur retraite. C’est un avantage concret pour une population qui compte plusieurs centaines de milliers de retraités et qui est rarement mentionné dans les guides généralistes.

L’assistance rapatriement, souvent oubliée

La CFE seule ne couvre pas l’assistance rapatriement. C’est un point critique pour un retraité âgé qui pourrait avoir besoin d’un retour sanitaire en France en cas de problème médical grave. Il faut soit une assurance complémentaire dédiée (souvent vendue en option par la CFE avec ses partenaires), soit une assurance santé internationale qui inclut le rapatriement d’office. Pour la petite histoire, un ami français à Bangkok a dû organiser lui-même son rapatriement après un AVC en 2023 faute de cette couverture. Coût : plus de 25 000 euros de sa poche. Bref, j’y reviens.

Quels sont les pays les plus choisis par les retraités français ?

Les destinations des retraités français sont d’abord les pays européens de proximité (Espagne, Portugal, Italie, Belgique, Allemagne, Suisse) et les pays du Maghreb liés historiquement à la France (Algérie, Maroc, Tunisie). Les destinations médiatiques (Thaïlande, Bali, Maurice, Sénégal) concentrent en volume beaucoup moins de retraités qu’on ne le croit.

L’ordre exact des 10 principaux pays varie légèrement d’une année à l’autre mais la structure reste stable : l’Algérie arrive largement en tête en nombre absolu, mais il s’agit très majoritairement d’anciens travailleurs immigrés rentrés au pays à la retraite, souvent avec une pension de réversion. Vient ensuite un peloton européen (Espagne, Portugal, Italie, Belgique, Allemagne) où le profil est plus proche du « Français qui s’installe à la retraite par choix ». Puis le Maroc et la Tunisie, avec un mélange des deux profils. La Suisse pour les retraités frontaliers. Les États-Unis pour les expatriés professionnels rentrés au pays d’adoption.

Le Portugal et la fin du RNH en 2024

Le Portugal reste l’une des destinations favorites des retraités français qui partent par choix. Mais le calcul a radicalement changé depuis le 1er janvier 2024. Le statut de Résident Non Habituel (RNH), qui permettait une imposition à 10 % pendant 10 ans sur les pensions privées de source étrangère, n’est plus ouvert aux nouveaux retraités. Les retraités déjà enregistrés comme RNH avant cette date conservent leur statut jusqu’à la fin de leurs 10 ans. Les nouveaux arrivants sont soumis au barème progressif portugais classique, qui peut monter jusqu’à 48 %.

J’ai vu cette transition se produire sur plusieurs amis français arrivés à Lagos en 2022 et 2023. Ceux qui avaient finalisé leur enregistrement RNH avant le 31 mars 2024 sont « à l’abri » pour leurs 10 ans. Ceux qui avaient reporté la démarche, pensant avoir le temps, se retrouvent au barème classique. J’ai fini par leur rédiger un mémo de 6 pages pour leur expliquer la transition vers le nouveau régime IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), qui a remplacé le RNH mais n’est pas pensé pour les retraités.

L’Espagne, destination stable

L’Espagne reste la destination la plus stable, sans avantage fiscal spécifique aux retraités mais avec une convention fiscale en vigueur, le formulaire S1 applicable pour la santé, et une forte communauté française installée de longue date. Un résident fiscal espagnol est imposé en Espagne sur ses pensions privées, avec application de la convention pour éviter la double imposition.

L’Italie et son régime sud

L’Italie propose depuis 2019 un régime fiscal spécial de 7 % sur les revenus étrangers pour les retraités qui s’installent dans une commune de moins de 20 000 habitants du sud du pays (Sicile, Calabre, Campanie entre autres), pendant 10 ans. Conditions précises à vérifier avec un fiscaliste italien, ne jamais se fonder uniquement sur les articles de presse qui simplifient.

La Grèce et la flat tax retraités

La Grèce propose depuis 2020 une flat tax de 7 % pendant 15 ans pour les retraités étrangers qui transfèrent leur résidence fiscale, sous conditions (ne pas avoir été résident fiscal grec les 5 années précédentes, venir d’un pays ayant une convention avec la Grèce). Ça peut devenir intéressant pour un retraité à pension élevée, mais l’administration grecque est notoirement lente.

Hors Europe

Maroc : convention fiscale, convention de sécurité sociale, communauté française importante, coût de la vie modéré. Tunisie : convention fiscale, communauté française, coût de la vie bas. Thaïlande : pas de convention de sécurité sociale (santé à gérer hors système français), convention fiscale en vigueur, coût de la vie très bas mais distance et décalage horaire compliquent le lien avec la famille. Maurice et Sénégal : conventions fiscales bilatérales, communautés françaises établies.

Pour chaque pays, les particularités administratives, fiscales et de santé méritent un article dédié. Les guides détaillés par pays sont disponibles sur retraite-etranger.fr et abordent chaque destination avec le niveau de précision nécessaire à un projet concret.

Quels sont les principaux pièges à éviter ?

Les pièges les plus fréquents sont l’oubli du certificat de vie (qui suspend le versement), la sous-estimation du coût de la santé hors UE, la confusion entre résidence fiscale et portabilité de la pension, l’oubli que l’ASPA n’est pas exportable, et la sous-évaluation du retour éventuel en France pour raisons de santé.

Piège 1 : le certificat de vie en retard

Je l’ai vécu personnellement en 2022. Suspension automatique de la pension tant que le document n’est pas parvenu et validé. Peut durer plusieurs mois, le temps que le papier voyage, soit traité et que le versement redémarre. Solution : se caler un rappel annuel dans le calendrier, privilégier la transmission en ligne ou par application biométrique si disponible.

Piège 2 : sous-estimer le reste à charge santé hors UE

Au Portugal, en Espagne, en Allemagne, le formulaire S1 couvre l’essentiel. Aux États-Unis, en Thaïlande, au Maroc sans convention adaptée à votre situation, une consultation ou une hospitalisation peut coûter des milliers d’euros. La CFE santé seule, avec son remboursement au tarif français, peut laisser 70 à 90 % du coût à la charge du retraité dans certains pays. Le calcul coût/couverture doit se faire avant le départ, pas après la première hospitalisation.

Piège 3 : la confusion 183 jours

Je le répète parce que la confusion est universelle : la règle des 183 jours ne suspend jamais la pension, seulement le pays d’imposition. Deux choses différentes. Les articles qui mélangent les deux, et il y en a beaucoup, désinforment leurs lecteurs.

Piège 4 : partir en oubliant l’ASPA

L’ASPA s’arrête dès le départ de France. Un retraité qui vivait grâce à l’ASPA (montant maximum 1 034,28 euros par mois pour une personne seule en 2025) ne peut pas se permettre de partir à l’étranger sans avoir recalculé ses ressources. Retour possible en France avec nouvelle demande, mais le trou financier pendant l’expatriation peut être brutal.

Piège 5 : se fier à un statut fiscal conjoncturel

Le Portugal a fermé le RNH en 2024. La Grèce a son propre régime. Les flat taxes dépendent de décisions politiques qui peuvent être modifiées à chaque budget annuel. Ne pas baser un projet d’expatriation uniquement sur un avantage fiscal du moment. Les fondamentaux (climat, proximité avec la France, qualité des soins, coût de la vie, communauté) doivent suffire à justifier le départ sans l’argument fiscal.

Piège 6 : sous-évaluer la probabilité du retour en France

Beaucoup de retraités rentrent en France à 75-80 ans, par choix ou par nécessité. Santé d’un conjoint, veuvage, rapprochement des enfants ou petits-enfants, lassitude du dépaysement. Prévoir un filet de sécurité en France : un logement accessible, un réseau familial, des droits à l’assurance maladie qui se réactivent au retour. Le retour doit être pensé en même temps que le départ, pas découvert dans l’urgence.

Piège 7 : oublier de mettre à jour ses coordonnées partout

Chaque organisme doit être informé indépendamment du changement d’adresse. Caisse de retraite de base, Agirc-Arrco, régime complémentaire spécifique, mutuelle, banque, impôts, syndic de copropriété si vous avez gardé un bien en France. Les oublis entraînent des retards de paiement, des courriers qui partent aux mauvaises adresses et des complications administratives disproportionnées par rapport à l’effort de mise à jour initial.

Piège 8 : signer un bail ou acheter trop vite

Un séjour d’essai de plusieurs mois avant de s’engager à long terme évite de se retrouver bloqué dans une maison mal choisie, un quartier non adapté ou une région dont le climat ne convient pas une fois l’été passé. La location meublée de 6 à 12 mois est souvent une meilleure première étape qu’un achat immédiat, même si le marché immobilier local semble attractif.

Questions fréquentes

Combien de retraités français vivent à l’étranger en 2024 ?

Au 31 décembre 2024, 1 065 125 retraités du régime général résidaient à l’étranger selon la CNAV, soit 7,1 % des retraités. Ce chiffre est en baisse continue depuis 2006.

Peut-on perdre sa retraite française en vivant plus de 6 mois par an à l’étranger ?

Non, la pension de retraite française (base et complémentaire) peut être perçue partout dans le monde sans limite de durée ni de jours. La règle des 183 jours concerne la résidence fiscale, pas le versement de la pension. Seules l’ASPA et l’ASI sont soumises à une condition de résidence en France.

Combien de temps faut-il pour préparer son départ à la retraite à l’étranger ?

Compter 12 à 24 mois d’anticipation. Cela laisse le temps de choisir le pays après des séjours d’exploration, de liquider sa retraite en France, d’organiser sa couverture santé, d’anticiper la fiscalité et de gérer son logement français.

Le statut fiscal du Portugal (RNH) est-il toujours accessible ?

Non pour les nouveaux retraités. Le statut de Résident Non Habituel a été fermé aux nouveaux retraités étrangers au 1er janvier 2024. Les bénéficiaires enregistrés avant cette date conservent leur statut jusqu’à la fin de leurs 10 ans. Les nouveaux retraités installés depuis 2024 relèvent du barème progressif portugais classique.

Faut-il obligatoirement cotiser à la CFE quand on vit sa retraite à l’étranger ?

Non. La CFE est volontaire. Dans l’UE, l’EEE et la Suisse, le formulaire S1 ouvre le droit aux soins du pays d’accueil et rend la CFE non nécessaire pour la santé. Hors UE et sans convention bilatérale, la CFE santé ou une assurance privée internationale deviennent utiles.

Qu’est-ce que le certificat de vie et qui doit le fournir ?

Le certificat de vie est un document annuel qui justifie auprès de sa caisse de retraite qu’on est toujours en vie, à faire remplir par une autorité locale (mairie, notaire, consulat). Les retraités résidant en Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Luxembourg, Portugal, Danemark et Pays-Bas en sont dispensés grâce à l’échange automatique de données entre administrations.

La CSG et la CRDS s’appliquent-elles aux pensions d’un retraité expatrié ?

Non. La CSG, la CRDS et la CASA ne sont plus prélevées sur les pensions d’un retraité qui n’est plus résident fiscal français. Pour une pension de 2 000 euros bruts mensuels, l’économie représente environ 200 euros par mois, soit 2 400 euros annuels.

Peut-on revenir en France après avoir pris sa retraite à l’étranger ?

Oui, sans difficulté particulière. Il faut signaler son retour à la caisse de retraite, se réinscrire à l’assurance maladie française (droits rétablis après un délai selon les situations), et redevenir résident fiscal français. L’ASPA, si on y a droit, peut être redemandée au retour.

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