Abattement fiscal des retraités : comment fonctionnent les deux mécanismes qui réduisent votre impôt
Les pensions de retraite bénéficient d’un abattement fiscal automatique de 10 % qui réduit le revenu pris en compte pour le calcul de l’impôt, prévu par l’article 158, 5-a du Code général des impôts. Malgré les débats budgétaires de fin 2025, cet abattement est intégralement maintenu pour la déclaration 2026 des revenus 2025, avec un plafond revalorisé à 4 439 € par foyer et un minimum de 454 € par retraité.
Un second mécanisme, réservé aux plus de 65 ans et aux invalides (article 157 bis du CGI), peut s’y ajouter et atteindre 2 820 € par personne éligible. Les deux se cumulent. Cet article explique leur fonctionnement, leurs montants et leurs limites.
- L’abattement de 10 % sur les pensions est maintenu pour la déclaration 2026. Le projet de le remplacer par un forfait de 2 000 € a été rejeté par l’Assemblée nationale le 13 novembre 2025 par 213 voix contre 17.
- Le plafond de l’abattement de 10 % est fixé à 4 439 € par foyer fiscal pour les revenus 2025, avec un minimum de 454 € par pensionné.
- L’abattement spécial de l’article 157 bis du CGI s’ajoute au 10 % pour les contribuables de plus de 65 ans ou invalides : jusqu’à 2 820 € par personne si le revenu net global ne dépasse pas 17 667 €.
- Pour un couple de retraités dont les deux membres sont éligibles au 157 bis, l’abattement spécial est doublé : jusqu’à 5 640 €.
- Les deux abattements sont cumulables et appliqués automatiquement par l’administration fiscale, sans aucune démarche.
- Le cumul théorique maximal peut atteindre plus de 10 000 € de réduction de la base imposable pour un couple modeste de plus de 65 ans.
- Les retraités français résidant à l’étranger conservent l’abattement de 10 % via la retenue à la source, mais ne bénéficient pas du 157 bis sauf exception.
Sommaire
- L’abattement de 10 % sur les pensions est-il maintenu pour la déclaration 2026 ?
- Comment fonctionne l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite ?
- Qu’est-ce que l’abattement spécial pour les plus de 65 ans et les invalides ?
- Comment calculer l’impact combiné des deux abattements sur votre impôt ?
- Quelles conséquences pour les retraités français vivant à l’étranger ?
- FAQ
L’abattement de 10 % sur les pensions est-il maintenu pour la déclaration 2026 ?
L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite est intégralement maintenu. Le projet du gouvernement de le remplacer par un forfait fixe de 2 000 € (article 6 du projet de loi de finances pour 2026) a été rejeté par l’Assemblée nationale le 13 novembre 2025 par 213 voix contre 17. Le budget 2026 a été adopté par 49.3 en janvier 2026 sans cette mesure.
Bon, retraçons ce qui s’est passé, parce que la chronologie compte. Le gouvernement a proposé, dans le PLF 2026, de remplacer l’abattement proportionnel de 10 % par un forfait fixe de 2 000 € par retraité. Sur le papier, l’objectif était de dégager 1,2 milliard d’euros d’économies dès la première année. En pratique, 39 % des retraités auraient vu leur impôt augmenter, et environ 500 000 personnes qui n’étaient pas imposables le seraient devenues. Seuls 12 % auraient été gagnants, principalement les petites pensions.
L’Assemblée nationale a voté des amendements de suppression de l’article 6, portés par le RN, LFI, la Droite républicaine, les Écologistes et le groupe LIOT. Le résultat a été sans appel : 213 voix pour la suppression, 17 contre. Seuls les membres du groupe Horizons ont voté majoritairement contre le maintien.
Le Sénat a tenté un compromis en proposant de maintenir le principe des 10 % mais de plafonner l’abattement à 3 000 € au lieu de 4 399 €. Cette piste n’a pas été retenue par la commission mixte paritaire. Le budget a finalement été adopté par 49.3 en janvier 2026, et l’abattement de 10 % est resté intact, avec ses règles inchangées.
Pour la petite histoire, ce mécanisme existe depuis 1978. Il a été créé sous le gouvernement Raymond Barre, en miroir de la déduction forfaitaire pour frais professionnels des salariés. La Cour des comptes en évalue le coût à environ 4,5 milliards d’euros par an. C’est une somme, et c’est pour ça que le sujet revient régulièrement dans les débats budgétaires. Mais pour l’instant, c’est réglé.
À retenir : l’abattement de 10 % est maintenu sans modification. Base juridique : article 158, 5-a du Code général des impôts.
Comment fonctionne l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite ?
L’abattement de 10 % est appliqué automatiquement par l’administration fiscale sur le montant total des pensions déclarées. Pour la déclaration 2026 portant sur les revenus 2025, il est plafonné à 4 439 € pour l’ensemble du foyer fiscal et ne peut pas être inférieur à 454 € par pensionné. Le contribuable n’a aucune démarche à effectuer.
Le fonctionnement est simple, mais deux subtilités échappent à beaucoup de gens. La première : le plafond de 4 439 € s’applique au foyer, pas à chaque personne. Si vous êtes un couple de retraités mariés et que vos pensions cumulées dépassent 44 390 €, l’abattement total est plafonné à 4 439 €. La seconde : le minimum de 454 € s’applique à chaque pensionné individuellement. Si vous ne touchez que 3 000 € de pension par an, votre abattement est de 454 € (pas de 300 €, qui serait le résultat de 10 %). Ce minimum ne peut pas créer un déficit.
L’assiette de l’abattement couvre toutes les pensions imposables : retraite de base, complémentaire, réversion, invalidité, pensions alimentaires. Les montants sont préremplis sur votre déclaration en cases 1AS ou 1BS. Le chiffre que vous voyez, c’est le montant net imposable transmis par les caisses. L’abattement n’apparaît pas sur la déclaration, il est calculé en aval par l’administration lors du traitement.
| Paramètre | Revenus 2024 (déclaration 2025) | Revenus 2025 (déclaration 2026) |
|---|---|---|
| Taux | 10 % | 10 % |
| Plafond (par foyer fiscal) | 4 399 € | 4 439 € |
| Minimum (par pensionné) | 450 € | 454 € |
| Revalorisation | +1,8 % | +0,9 % |
| Base légale | Article 158, 5-a du CGI | |
Prenons André, retraité seul, qui perçoit 24 000 € de pensions par an. Son abattement de 10 % s’élève à 2 400 €. C’est inférieur au plafond de 4 439 €, donc il est intégralement appliqué. Revenu imposable après abattement : 21 600 €.
Autre cas : un couple marié, Jean (18 000 €) et Marie (14 000 €), soit 32 000 € de pensions cumulées. L’abattement de 10 % donne 3 200 €. Toujours inférieur au plafond. Revenu imposable du couple : 28 800 €. Si leurs pensions cumulées atteignaient 50 000 €, l’abattement serait plafonné à 4 439 € au lieu de 5 000 €.
Un détail que peu de sites mentionnent : il est possible d’opter pour la déduction des frais réels au lieu du forfait de 10 %. C’est le même principe que pour les salariés. En pratique, c’est très rare pour un retraité, mais si vous avez des frais spécifiques documentés qui dépassent 10 % de vos pensions, l’option existe.
Qu’est-ce que l’abattement spécial pour les plus de 65 ans et les invalides ?
L’article 157 bis du CGI prévoit un abattement supplémentaire sur le revenu net global pour les contribuables de plus de 65 ans ou reconnus invalides. Pour la déclaration 2026 des revenus 2025, il atteint 2 820 € si le revenu net global ne dépasse pas 17 667 €, ou 1 411 € entre 17 667 € et 28 423 €. Il est doublé si les deux conjoints sont éligibles, portant le maximum à 5 640 €.
C’est un mécanisme que beaucoup de retraités ignorent. J’ai vu des cas où des personnes payaient plusieurs centaines d’euros d’impôt de trop, non pas parce que l’abattement n’était pas appliqué (il l’est automatiquement), mais parce qu’elles ne savaient même pas qu’il existait et ne vérifiaient pas leur avis d’imposition.
Les conditions sont les suivantes. Première condition : avoir au moins 65 ans au 31 décembre 2025 (c’est-à-dire être né avant le 1er janvier 1961) ou être titulaire d’une carte mobilité inclusion mention « invalidité » ou percevoir une pension militaire d’invalidité d’au moins 40 %. Deuxième condition : être domicilié fiscalement en France. Troisième condition : que le revenu net global du foyer ne dépasse pas 28 423 €.
Attention, cet abattement s’applique au revenu net global, pas seulement aux pensions. Si vous avez des revenus fonciers, des revenus de capitaux mobiliers ou d’autres sources, tout est pris en compte pour déterminer si vous êtes en dessous des seuils.
| Revenu net global du foyer | Abattement (1 personne éligible) | Abattement (2 personnes éligibles) |
|---|---|---|
| Inférieur ou égal à 17 667 € (revenus 2025) | 2 820 € | 5 640 € |
| Entre 17 667 € et 28 423 € (revenus 2025) | 1 411 € | 2 822 € |
| Supérieur à 28 423 € | Aucun | Aucun |
Ces montants sont obtenus par revalorisation de +0,9 % des seuils et abattements de l’année précédente (revenus 2024 : 2 796 €, seuils à 17 510 € et 28 170 €), conformément au dernier alinéa de l’article 157 bis qui prévoit une indexation sur la limite supérieure de la première tranche du barème IR.
Le piège, c’est l’effet de seuil. Il n’y a pas de transition progressive entre les deux tranches. Si votre revenu net global passe de 17 667 € à 17 668 €, votre abattement chute de 2 820 € à 1 411 €. Soit une perte sèche de 1 409 €. Pour un euro de revenu supplémentaire. J’ai vu ça arriver à des retraités qui avaient touché un petit revenu exceptionnel, un rachat partiel d’assurance-vie par exemple, qui les faisait basculer au-dessus du seuil. Tout ça pour dire que si vos revenus sont proches de 17 667 €, surveillez chaque euro.
Comme pour le 10 %, aucune démarche n’est nécessaire. L’administration applique l’abattement automatiquement à partir des informations de votre déclaration.
Comment calculer l’impact combiné des deux abattements sur votre impôt ?
Les deux abattements se cumulent dans un ordre précis. L’administration applique d’abord l’abattement de 10 % sur les pensions pour obtenir le revenu catégoriel net, puis déduit l’abattement 157 bis du revenu net global si les conditions sont remplies. Pour un retraité seul percevant 16 000 € de pension, le cumul réduit la base imposable de plus de 4 400 €.
Bon, alors prenons trois cas concrets. C’est la seule façon de rendre ça lisible.
Cas 1 : Marie, 68 ans, seule, pension de 16 000 € par an. L’abattement de 10 % donne 1 600 €. Revenu net après abattement : 14 400 €. Ce montant est inférieur à 17 667 €, donc Marie bénéficie de l’abattement 157 bis maximal : 2 820 €. Sa base imposable tombe à 11 580 €. Après application du barème progressif et de la décote pour les petits contribuables, Marie ne paie aucun impôt. Sans ces deux abattements, elle aurait été imposable sur 16 000 €.
Cas 2 : André, 70 ans, seul, pension de 28 000 €. L’abattement de 10 % donne 2 800 €. Revenu net : 25 200 €. Ce montant est compris entre 17 667 € et 28 423 €, donc André bénéficie de l’abattement 157 bis réduit : 1 411 €. Base imposable : 23 789 €. André économise au total 4 211 € de base imposable, ce qui représente une économie d’impôt d’environ 400 à 500 € selon sa situation.
Cas 3 : Marc (67 ans) et Sophie (66 ans), mariés, 14 000 € de pension chacun, soit 28 000 € au total. L’abattement de 10 % donne 2 800 €. Revenu net : 25 200 €. Les deux conjoints remplissent la condition d’âge, donc l’abattement 157 bis est doublé. Revenu entre les seuils → abattement de 2 × 1 411 € = 2 822 €. Base imposable : 22 378 €. Avec 2 parts fiscales, après application du barème et de la décote, le couple ne paie pas d’impôt.
| Situation | Pensions | Abattement 10 % | Abattement 157 bis | Base imposable |
|---|---|---|---|---|
| Marie, 68 ans, seule | 16 000 € | 1 600 € | 2 820 € | 11 580 € |
| André, 70 ans, seul | 28 000 € | 2 800 € | 1 411 € | 23 789 € |
| Marc et Sophie, couple 2 parts | 28 000 € | 2 800 € | 2 822 € | 22 378 € |
En théorie, le cumul maximal des deux abattements peut atteindre plus de 10 000 € de réduction de base imposable pour un couple modeste de plus de 65 ans : jusqu’à 4 439 € (plafond du 10 %) plus 5 640 € (157 bis doublé). En pratique, ce maximum ne concerne que les foyers dont les pensions cumulées dépassent 44 390 € tout en ayant un revenu net global inférieur à 17 667 €, ce qui est assez rare.
Un point que les calculs bruts ne montrent pas : ces abattements réduisent aussi le revenu fiscal de référence (RFR). Le RFR conditionne le taux de CSG applicable à vos pensions (exonération totale si RFR inférieur à 13 048 € pour une part, taux réduit de 3,8 % entre 13 049 € et 17 057 €). Il conditionne aussi l’exonération de taxe foncière pour les plus de 75 ans (si RFR inférieur à 12 679 € pour une part). Tout est lié.
À retenir : le 10 % s’applique d’abord sur les pensions, le 157 bis s’applique ensuite sur le revenu global. Les deux réduisent le RFR, ce qui peut déclencher des exonérations en cascade.
Quelles conséquences pour les retraités français vivant à l’étranger ?
Les retraités fiscalement domiciliés à l’étranger conservent l’abattement de 10 % sur leurs pensions via la retenue à la source prévue par l’article 182A du CGI. En revanche, ils ne bénéficient pas de l’abattement spécial de l’article 157 bis, sauf dans le cas très particulier des « non-résidents Schumacker » dont la quasi-totalité des revenus mondiaux est de source française.
En pratique, quand vous résidez à l’étranger et que vous percevez une pension française, la caisse de retraite applique une retenue à la source calculée sur le montant brut après déduction de l’abattement de 10 %. Le barème de cette retenue est spécifique : 0 % jusqu’à un certain seuil, puis 12 %, puis 20 %. C’est différent du barème progressif classique.
Pour l’abattement 157 bis, la jurisprudence est claire. Le Conseil d’État a confirmé dans une décision du 4 mai 1988 (n° 84482) que cet abattement ne bénéficie qu’aux contribuables dont l’ensemble des revenus est pris en compte pour le calcul du revenu imposable en France. Un non-résident dont seules les pensions de source française sont imposées en France n’y a pas droit.
L’exception porte un nom : le statut « Schumacker », du nom de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 14 février 1995 (affaire C-279/93). Si au moins 75 % de vos revenus mondiaux sont de source française, vous pouvez demander à être traité comme un résident fiscal et bénéficier de l’abattement 157 bis. En pratique, ça concerne surtout les retraités français installés dans un pays où ils n’ont quasiment pas d’autres revenus.
Dernier point : si vous résidez dans un pays lié à la France par une convention fiscale, vos pensions peuvent être imposées uniquement dans votre pays de résidence (c’est le cas le plus fréquent pour les pensions du privé). Dans ce cas, l’abattement français ne vous concerne plus, puisque vos pensions ne sont plus soumises à l’impôt français. Les pensions publiques (fonctionnaires d’État), elles, restent en général imposées en France. Il faut lire la convention applicable, pas un résumé. Si votre situation implique deux juridictions fiscales, prenez un avocat fiscaliste spécialisé en conventions bilatérales.
FAQ
L’abattement de 10 % s’applique-t-il aussi aux pensions de réversion ?
Les pensions de réversion sont traitées fiscalement comme les autres pensions de retraite. Elles bénéficient de l’abattement de 10 % dans les mêmes conditions, avec le même plafond de 4 439 € par foyer et le même minimum de 454 € par pensionné.
Faut-il remplir un formulaire pour bénéficier de ces abattements ?
Non. Les deux abattements sont appliqués automatiquement par l’administration fiscale. Les montants des pensions sont préremplis par les caisses de retraite en cases 1AS ou 1BS de la déclaration. Il suffit de vérifier que les chiffres sont exacts.
Le cumul des deux abattements peut-il me rendre non imposable ?
C’est tout à fait possible. Un retraité seul de plus de 65 ans percevant 16 000 € de pension voit sa base imposable descendre à environ 11 580 € après les deux abattements. Combiné avec la décote applicable aux contribuables modestes, ce montant aboutit à un impôt nul.
Que se passe-t-il si mon revenu dépasse de quelques euros le seuil de 17 667 € ?
L’abattement 157 bis passe de 2 820 € à 1 411 €, soit une perte de 1 409 € pour un euro de revenu supplémentaire. Il n’y a pas de lissage progressif entre les deux tranches. Si vos revenus sont proches de ce seuil, un rachat d’assurance-vie ou un revenu foncier ponctuel peut vous faire basculer.
L’abattement de 10 % s’applique-t-il aux rentes d’un PER ?
Les rentes viagères issues d’un plan d’épargne retraite bénéficient de l’abattement de 10 % comme les pensions classiques. Les sorties en capital suivent un régime différent : barème progressif avec abattement de 10 %, ou prélèvement forfaitaire de 7,5 % après abattement de 10 %, selon l’option choisie à la liquidation (article 163 bis du CGI).
Le plafond de 4 439 € est-il par personne ou par foyer ?
Le plafond est par foyer fiscal. Pour un couple de retraités mariés ou pacsés, l’abattement total de 10 % sur leurs pensions combinées ne peut pas dépasser 4 439 €. Le minimum de 454 €, en revanche, s’applique par pensionné. Cette distinction est la source de confusion la plus fréquente.